Marche de protestation pour "500 ans de deuil"
St-Domingue, 13octobre(APIC) (Jacques Secrétan) Une centaine de Dominicains, noirs et créoles, sont arrivés lundi àprès-midi à St-Domingue au
terme d’une marche de protestation de trois jours. La chemise parée d’un
ruban de crêpe noir, ces hommes et ces femmes ont commémoré "500 ans de
deuil". Ils ont exalté la valeur des civilisations décimées depuis 500 ans,
se déclarant descendants des Indiens Tainos qui habitaient l’île d’Hispaniola avant l’arrivée de Colomb et des conquistadores.
Au terme de leur cheminement qu’ils ont qualifié de ’chemin de croix’,
(via crucis), les opposants ont souligné que le 12 octobre est
traditionnellement le jour de la race en Amérique latine et dans les
Caraïbes. "De quel droit a-t-on construit le phare?", ont scandé les
manifestants exprimant ainsi leur opposition au gigantesque mausolée de
Colomb construit au dessus de St-Domingue sur un terrain dont ont a expulsé
plus de 10’000 familles.
"Nous avons du sang indien dans les veines, parce que nous le sentons",
ont déclaré plusieurs participants à la marche "500 ans de deuil". Ils ont
souligné que leur indignation ne se limite pas aux célébrations officielles
du 500e, mais tient à la situation d’exploitation perpétuée jusqu’à l’heure
actuelle par les patrons et par les riches qui payent des salaires de misère aux travailleurs dominicains. "Certains de ces puissants sont dominicains, mais d’autres viennent de l’étranger, en particulier des Etats
Unis", indique Isabel Estevez, une secrétaire de 24 ans, de Cotui, à 120 km
de la capitale.
Les quotidiens publiés mardi à St-Domingue, ont surtout mis en exergue
le discours du pape à l’ouverture de la 4e Assemblée de l’épiscopat latinoaméricain (CELAM), relevant notamment la préoccupation de l’Eglise face aux
sectes. Les journaux dominicains ont consacré en outre des pages entières
aux protestations massives organisées ailleurs en Amérique latine, mais ils
ont dédié un espace modéré aux protestations locales. Dans plusieurs villes
de province, des bombes incendiaires ont été lancées, alors que des jeunes
gens masqués ont brûlé des pneus et affronté la police dans un quartier populaire de St-Domingue, dénonçant "500 ans d’extermination". Selon la police, une cinquantaine de personnes au moins ont été arrêtées dans la capitale.
Il a trois semaines, une manifestation s’était soldée par la mort de
l’avocat et défenseur des droits de l’homme Efraïm Ortiz, abattu à bout
portant par un policier en civil, aujourd’hui en instance de jugement. Le
jour de l’enterrement du militant, une seconde personne avait été tuée.
(apic/Jacques Secrétan/mp)