St-Domingue, 29octobre(APIC) La 4e Assemblée générale de l’épiscopat latino-américain ouverte le 12 octobre par le pape à St-Domingue s’est clôturée mercredi. Malgré un certain malaise, dû aux "tentatives de main-mise
romaine", et une relative confusion qui ont marqué les débats, l’Assemblée
a adopté dans la soirée de mardi un document final tenant fortement compte
des conclusions des groupes de travail sur la promotion humaine et les cultures indigènes et afro-américaine. "Un document modeste mais utile au travail pastoral", a commenté Mgr Luciano Almeida Mendes, modérateur de la
commission de rédaction.
Le malaise qu’a connu l’Assemblée avait déjà été ressenti lors de sa
préparation. Beaucoup d’intervenants ont regretté le peu de temps laissé
aux commissions, notamment pour approfondir la discussion sur la pauvreté
et la promotion humaine. Ils ont mis en cause la méthode de travail et déploré le peu de cas que la présidence a fait des discussions réalisées au
cours des trois ans de préparation, et condensées dans un document préparatoire jugé excellent par la majorité des évêques.
Un travail pénible
Ignace Berten, dominicain belge, présent à St-Domingue en qualité d’expert, a confirmé ces faits: "le travail de la deuxième semaine a été marqué
par beaucoup de confusion avec le sentiment de bien des évêques d’être tout
à fait désorientés. Pourquoi a-t-on rangé au placard le document de travail? Pour repartir à zéro? Pourquoi partir de la confession de foi plutôt
que du regard sur la réalité et les défis du présent?".
La première divergence est apparue à propos de la demande d’une
célébration publique de pénitence. Les protestations des opposants ont été
publiées dans le bulletin de presse officiel alors que l’intervention des
33 évêques partisans de la célébration était passée sous silence.
Finalement la présidence a décidé qu’il n’y aurait pas de célébration
publique, le programme de l’assemblée prévoyant déjà une eucharistie
pénitentielle un autre jour. En fait au cours de cette messe le repentir
n’a été évoqué que très marginalement.
Lundi 20 octobre, le préambule avec sa partie christologique a passé de
justesse la rampe du vote à la majorité des deux tiers mais avec 700 amendements pour 22 paragraphes. La première version du texte concerant le regard sur l’histoire a pour sa part été rejetée. Mgr Kraütler, "l’évêque des
Indiens" a déclaré à ce propos: "Si on me demande de voter: ’Je crois en
Dieu le Père tout-puissant’, je ne vais évidemment pas voter non . Mais
est-ce cela qu’il est pour moi urgent de dire à mon peuple?".
Un travail incohérent et inutile
Ignace Berten juge assez sévérement le travail accompli par certaines
commissions: "Il était théoriquement interdit aux évêques de communiquer
les documents: comment pouvaient-ils alors travailler avec leurs propres
experts? (...) De fait les documents ne sont sortis que par effraction.
Tout dépendait d’une commission à l’autre. J’ai traaillé sur les documents
des commissions Ethique et Sécularisme, documents particulièrement incohérents et mauvais. Apparament un travail totalement inutile, en raison de
blocages dans les commissions."
Les textes jugés importants: le préambule théologique, l’histoire, la
sainteté de l’Eglise, la famille et la vie religieuse ont été "investis par
l’appareil de la curie", estime Ignace Berten.
D’autres commissions par contre ont fait un excellent travail: sur les
cultures indigènes et afro-américaine, sur la pauvreté, sur la terre, sur
l’écologie.
Le 23 octobre, la présidence poposa au vote de l’assemblée le résultat
du travail de la commision sur le message final. Alors qu’on avait prévu un
seul "message aux peuples d’Amérique latine", la commission propose quatre
messages: aux gouvernements, aux hommes politiques, aux familles, aux
médias. Refus sec de l’assemblée qui renvoie la commission à sa copie.
La commission de rédaction, se remet alors au travail et prépare une
première mouture du document final qui comporte 70 pages. Accouchement
difficile dit-on, puisque Mgr Luciano Mendes est entouré d’évêques réputés
conservateurs et qu’on parle d’une ’commission de censure’ imposée par le
cardinal Sodano. Le document est divisé en quatre parties: la réflexion
christologique et l’histoire, la nouvelle évangélisation, la promotion
humaine, la culture chrétienne et en conclusion trois pages de "lignes
pastorales prioritaires.
Certains évêques ne cachent pas alors leurs frustrations face à la
présidence qui ne facilite pas les échanges. C’est notamment le cas de Dom
José Maria Pires, premier évêque noir du Brésil.
Un document final pastoral
Le document final voté mardi par les évêques est un texte plus étoffé
que la première mouture et surtout plus équilibré. Dans la partie consacrée
à l’évangélisation, le document accorde une attention particulière à la
progression des sectes. On prévoit notamment face à ce défi "une participation plus vivante, active et engagée de nos peuples". La partie consacrée à
la promotion humaine dénonce l’appauvrissement croissant, le néo-libéralisme, la corruption, l’inéquitable distribution des terres, l’exploitation
de la nature, l’absence de droits pour les travailleurs et le manque de démocratie. Dans la partie consacrée à la théologie de l’inculturation, le
texte mentionne la reconnaissance des cutures autonomes de l’Amérique latine, la formation de la solidarité avec les Indios et les afro-américains et
le soutien à la lutte pour la restitution des territoires aux indigènes.
Rappelons que ce document final doit encore être soumis à ratification
du pape avant sa publication définitive. Par ailleurs les évêques ont
adressé un "message aux peuples d’amérique latine" dans lequel ils réaffirment l’option préférentielle pour les pauvres. (apic/cip/mp)