au chef des "Tigres de libération de l’Eelam tamoul" (LTTE)
"Un des plus beaux jours de mon sacerdoce"
Jaffna, 2février(APIC) Mgr Kenneth Fernando, évêque anglican de Colombo,
a rencontré à la mi-janvier, dans la presqu’île de Jaffna, M. Prabhakaran,
le chef des "Tigres de libération de l’Eelam tamoul" (LTTE). Mgr Fernando
est cinghalais. Il était accompagné de deux évêques tamouls, Mgr Sundaranayagam, évêque catholique de Jaffna et de Mgr Ambalawanar, évêque protestant du sud de l’Inde.
Les trois évêques ont eu d’abord une conversation commune avec le chef
des "Tigres tamouls". Puis ce dernier les a reçus individuellement. "J’ai
vécu hier l’un des plus beaux jours de mon sacerdoce", a dit le lendemain
l’évêque anglican. Au cours de l’entretien avec M. Prabhakaran, il demandé
la libération de deux prisonniers en signe de bonne volonté. Sa requête a
été aussitôt satisfaite.
En compagnie de l’un de ses prêtres, Mgr Fernando a pu rendre visite à
une quarantaine de prisonniers cinghalais dont certains sont détenus depuis
trente mois. Le sud du pays, a-t-il souligné, n’est pas assez informé de ce
qui se passe au nord. "Il est indispensable de renouer les communications,
de permettre aux personnes, aux idées et aux marchandises de circuler librement dans les deux sens". Mgr Fernando a aussi convié les chrétiens à
s’unir pour la paix: "Tous, Cinghalais et Tamouls perdraient beaucoup si le
pays devait être divisé. La paix est un bien trop précieux pour qu’on la
laisse aux seuls soins des hommes politiques. Il faut que les religions
s’en mêlent".
Le Père Emmanuel, jésuite, vicaire général du diocèse catholique de
Jaffna, a félicité l’évêque anglican de son courage et de son esprit de solidarité et l’a remercié en disant: "Vous nous avez visités dans notre prison". Un dirigeant religieux hindou a lui aussi exprimé sa reconnaissance à
Mgr Fernando: "Nous n’appartenons pas à la même religion. Unissons-nous cependant et ensemble essuyons les larmes de notre peuple".
La situation politique et militaire
Dans le conflit déclanché depuis plus d’une décennie par les séparatistes tamouls, l’année 1991-1992 a été marquée par une modification des rapports de force en faveur du gouvernement sri-lankais, sans pour autant que
soit écartée l’éventualité d’une division du pays.
En août 1991, la bataille lancée contre l’armée régulière pour annihiler
le camp de l’Elephant Pass, contrôlant l’accès de la péninsule de Jaffna,
au nord du pays, tourna au détriment des LTTE. Les forces de Colombo reprirent l’offensive à partir de septembre, s’emparant de quelques bases et des
îles entourant Jaffna. Au début 1992, des ouvertures étaient faites, de
part et d’autre, en vue de négociations, mais les tenant d’une ligne dure
les firent avorter. (apic/eda/ba)