Sri Lanka: 60’000 disparus en 3 ans (091190)
Le cri d’alarme d’une Commission européenne d’observation
Bruxelles, 9novembre(APIC) Comme la Roumanie l’an dernier, la crise du
Golfe et la guerre qui couve en cet endroit du monde accaparent l’attention
de l’opinion publique et des médias. Il n’empêche que le monde, ailleurs,
continue de tourner, avec son lot de misères et d’horreurs. De retour du
Sri Lanka, une mission d’observation composée de deux députés britanniques
et de deux juristes, un Hollandais un Belge témoigne. Au cours d’une conférence de presse organisée mardi 7 novembre à Bruxelles, le juriste belge
Bernard Dewit, avocat bruxellois membre de l’Association des Juristes démocrates, a dressé un bilan qui laisse perplexe: 60’000 disparus en trois
ans. Le paradis touristique est aujourd’hui devenu le paradis des paramilitaires.
Les conclusions tirées de sa visite sur place se résument en quelques
mots: il faut parler plus du Sri Lanka si l’on veut que la lumière se fasse
sur les nombreuses disparitions.
Le 27 octobre dernier disparaissaient au Sri Lanka deux membres du "Legal Advice Centre", un groupe partenaire d’"Entraide et Fraternité", l’organisation catholique chargée du Carême de partage en Belgique francophone.
Un Comité de solidarité, les "Amis du Legal Advice Center", s’est formé à
Londres. C’est à leur initiative, et avec l’appui d’"Entraide et Fraternité" que cette mission s’est rendue au Sri Lanka.
"Apparemment, tout fonctionne bien au Sri Lanka", explique Bernard Dewit: "Il y a des partis, un parlement, des journaux. Pourtant, cette démocratie n’est que formelle. Le lot quotidien des habitants, c’est la violence". Les chiffres cités par l’avocat belge ont de quoi faire sursauter:
dans les régions visitées - le centre et le sud du pays -, on déplore au
moins 60’000 disparus en trois ans. Dans le district de Candy, par exemple,
une cinquantaine de personnes disparaissent chaque semaine. Et ceci sans
parler de l’est et du nord, déchirés par la guerre menée par les Tamouls.
Le rôle de la police
L’avocat belge se garde cependant de tirer des conclusions hâtives: "On
ne peut pas accuser formellement le gouvernement d’être responsable de toute cette répression. Il faut, par contre, lui reprocher un manque de volonté pour faire la lumière sur ces disparitions".
Les membres de la mission d’observation ont pu constater que les disparitions sont le plus souvent l’oeuvre de policiers agissant en dehors de
leur service, généralement ivres et cherchant à terroriser la population.
Pendant longtemps, leur violence était à mettre en relation avec la lutte
contre le mouvement révolutionnaire JVP. Mais aujourd’hui, ce mouvement est
décimé. Or la répression continue de s’en prendre à quiconque conteste
l’ordre social. Et le gouvernement laisse faire.
"On ne peut parler de dictature, commente Bernard Dewit. "Il existe des
espaces de liberté, mais leur maintien n’est pas garanti. Même le parti
d’opposition de l’ancienne présidente Bandaranaike est menacé".
Quel soutien?
La mission envoyée d’Europe s’est refusée à entrer dans le débat politique interne au Sri Lanka. Elle a limité ses observations aux droits de
l’homme, mais elle a été très ferme sur ce point: "Il faut parler beaucoup
plus du Sri Lanka, spécialement à l’intention des touristes qui s’y rendent. Il faut aussi que l’aide internationale soit conditionnée à un plus
grand respect des droits de l’homme, de la même façon que la Banque Mondiale ou le Fonds Monétaire International conditionnent leur aide à des critères économiques.
L’avocat bruxellois juge capital de soutenir les nombreuses associations
de défense des droits de l’homme qui existent malgré tout au Sri Lanka et
dont certaines sont issues des Eglises. Parmi elles, les "Mères des personnes disparues", une organisation récente, encore peu structurée, mais présente dans toutes les régions du pays.
Le Sri Lanka peut-il sortir de cette situation de violence? Deux jours
après son retour à Bruxelles, Bernard Dewit répond: "Il faut d’abord que le
gouvernement sri lankais décide de changer d’attitude et accepte de poursuivre en justice les auteurs des disparitions. Mais c’est aussi toute la
politique économique qui devrait être modifiée. Les jeunes, dans le centre
et le sud du pays, n’ont pas d’avenir; il n’est pas exclu que de cette
frustration renaisse un autre mouvement révolutionnaire analogue à celui du
JVP. D’autant plus que le Sri Lanka est durement touché par la crise du
Golfe". (apic/cip/pr)