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    Synode sur la synodalité Les conclusions du processus synodal attendues prochainement
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    Des ombres, des lumières... mais le sentiment qu’il a été une réussite

    Spécialiste de l’Afrique, le professeur Cheza analyse le Synode (190594)

    Louvain, 19mai(APIC) "J’ai le sentiment que le Synode des évêques pour

    l’Afrique est une réussite". Maurice Cheza, professeur à la Faculté de

    théologie de l’Université catholique de Louvain résume en une phrase le regard qu’il jette aujourd’hui sur l’événement, avec ses ombres et ses lumières. Spécialiste de l’Afrique, il a suivi le Synode à Rome en qualité d’observateur.

    Certains craignaient avant le Synode que les évêques ne se sentent pas

    chez eux à Rome. Or, explique-t-il, dès le début du Synode, les évêques se

    sont sentis en confiance. La célébration solennelle d’ouverture avait intégré de très nombreux éléments culturels africains (chants provenant de la

    plupart des régions catholiques du continent, psaume responsorial selon le

    rite éthiopien, procession de l’Evangile selon le rite copte et en langue

    arabe, procession des offrandes à la manière zaïroise). Les Africains ont

    éprouvé la joie de prier selon leur spécificité culturelle dans la basilique Saint-Pierre elle-même. Le lendemain, le cardinal Thiandoum, rapporteur

    général du Synode, parlait de l’inculturation comme un droit et non comme

    une concession. Ces deux faits ont créé une excellente atmosphère.

    Les évêques se sont exprimés en toute liberté, certes, mais "l’autocensure ne fut pas absente". Les évêques ont beaucoup parlé des laïcs, mais

    assez peu du besoin de nouveaux ministères. La question de la "famine eucharistique" (c’est-à-dire la carence de messes pour des chrétiens éloignés

    des centres urbains) n’a guère été évoquée que dans des carrefours. Elle

    est évidemment liée au souhait d’ordonner comme ministres de l’eucharistie

    des hommes mariés "mûrs et éprouvés". La question reste bloquée. Le cardinal Tomko fut sans équivoque à cet égard. Les évêques ont estimé plus sage

    de ne pas insister maintenant sur ce sujet, qui ne fait sans doute pas

    l’unanimité entre eux.

    Mariage? Une question particulièrement débattue

    Quels ont été les sujets les plus fréquemment abordés? D’après un document émanant du Secrétariat du Synode, les sujets principaux abordés dans

    les interventions des deux premières semaines se classent dans l’ordre suivant: justice (40), inculturation (35), laïcs (30), communautés ecclésiales

    vivantes (27), dialogue (18). Ce classement n’indique pas s’il s’agit d’interventions à titre individuel ou au nom d’une Conférence épiscopale. Mais

    il est certain que ce sont les questions de paix, de justice et d’inculturation qui ont été le plus fréquemment abordées.

    Les questions pastorales liées au mariage ont été débattues: les évêques

    souffrent de voir une majorité des chrétiens adultes écartés des sacrements

    parce qu’ils ne sont pas mariés à l’église. Dans sa législation actuelle,

    le mariage chrétien passe mal en Afrique. Il fut également question d’un

    droit canonique africain.

    "Au cours d’une conversation avec un évêque, j’ai parlé des nombreux

    membres de nos sociétés qui sont eux aussi exploités et exclus. J’aurais

    voulu suggérer que les pauvres du Nord et du Sud ont intérêt à s’unir pour

    combattre tout ce qui, dans le Sud et dans le Nord, crée des injustices. Sa

    réponse a été: "Par délicatesse, nous n’avons pas voulu souligner ce qui ne

    marche pas dans votre société".

    Les quatre grandes "aires culturelles chrétiennes"

    Les Africains peuvent-ils penser le christianisme autrement que les Occidentaux? "Il me semble difficile voire injuste de se lancer dans des comparaisons, mais je pense qu’il serait éclairant d’esquisser, de manière

    très schématique, ce que l’on pourrait appeler quatre grandes "aires culturelles chrétiennes".

    Les chrétiens africains ont un désir intense d’être (enfin) respectés

    dans leur identité, dans leur dignité et dans leur être vital. Une phrase

    du Message final est révélatrice: "Qu’on cesse de nous rendre ridicules et

    insignifiants sur l’échiquier du monde...". Par ailleurs, la culture africaine préfère le consensus au conflit et imagine l’unité de manière hiérarchisée.

    La culture chrétienne de l’Eglise des pauvres en Amérique latine donne

    une grande place à ce qui est vécu à la base. La société est traversée par

    des conflits d’intérêts: ce ne sont pas les pauvres qui ont inventé la lutte des classes. Les riches et les "appauvris" n’ont pas la même conception

    de Dieu, mais le Dieu de Moïse et le Dieu de Jésus-Christ ont pris le parti

    du pauvre.

    La culture chrétienne d’Europe occidentale reçoit de plein fouet l’interpellation d’une société en recherche de nouveaux repères et qui produit

    en même temps de bons et de mauvais fruits. Ces chrétiens européens restent

    marqués par le Concile. Ils acceptent le pluralisme, la sécularisation et

    la modernité comme des réalités dans lesquelles l’Evangile doit être annoncé.

    La culture chrétienne "vaticane", enfin, cherche à maintenir une conception traditionnelle et unitaire de la foi chrétienne; elle se méfie des

    tendances centrifuges et des courants modernes.

    Cultures incompatibles?

    Ces cultures sont-elles incompatibles? N’ont-elles rien en commun? Pour

    le professeur Cheza, chacune se construit une image des trois autres et

    réalise avec elles des alliances partielles en fonction de ses propres visées. Le danger est de "moraliser" les différences. Par exemple, l’autonomie de la personne si chère à l’Occident actuel est souvent traduite chez

    les autres par le mot "individualisme", qui glisse lui-même spontanément

    vers le sens d’"égoïsme".

    Dans une certaine mesure, poursuit-il, la culture vaticane peut trouver

    des appuis dans la culture africaine (pour les questions démographiques,

    par exemple) et elle établirait volontiers un cordon sanitaire entre

    l’Afrique et l’Occident "déchristianisé et matérialiste". Un exemple: les

    responsables du Synode ont vu d’un mauvais oeil des initiatives comme celle

    du SEDOS qui a organisé de nombreuses conférences pendant toute la durée du

    Synode. Une revue française ultra-conservatrice a même parlé de "Synode parallèle". Les milieux romains ont montré leur méfiance non seulement envers

    les courants théologiques européens actuels, mais aussi envers un grand

    nombre de théologiens africains.

    Tout en souhaitant une plus grande autonomie de l’Eglise sur leur continent, les chrétiens africains ont une grande confiance dans le pape, dans

    lequel ils voient une des rares personnalités dans le monde à les apprécier

    et à les aimer.

    64 propositions...

    Pour le reste, conclut le professeur Cheza, le Synode a également transmis au pape un cahier de 64 propositions dont la teneur n’est pas connue.

    Dans leur obsession du secret, les organisateurs du Synode ont fait voter

    et signer les Pères sur l’exemplaire de la mouture définitive des propositions, puis l’ont ramassé en fin de séance, si bien que les Pères eux-mêmes n’ont pas pu garder ce texte.

    Ces propositions seront remises au pape. Celui-ci, aidé d’un Conseil

    post-synodal, élaborera dans les prochains mois le texte d’une exhortation

    apostolique qui tiendra compte de tous les travaux auxquels le Synode a

    donné lieu dans ses différentes étapes. En outre, le pape ira lui-même en

    plusieurs pays d’Afrique porter les conclusions du Synode. Les évêques eux

    aussi vont rapporter en Afrique les fruits du Synode. "A plusieurs d’entre

    eux, j’ai demandé si cela passerait par une relance du SCEAM (Symposium des

    Conférences épiscopales d’Afrique et de Madagasacar). Il m’a été répondu

    que la structure actuelle du SCEAM n’est pas très efficace, mais que les

    questions travaillées au Synode seraient reprises dans les Conférences régionales (les neuf grandes régions d’Afrique) et dans les conférences épiscopales nationales. (apic/cip/pr)

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