Soutenir les paysans guatémaltèques dans leur droit à la terre (020492)
Sion, 2avril(APIC) "Je ne suis pas un intellectuel. Je suis un évêque de
la forêt. Je lutte pour la dignité de l’homme aux côtés des paysans et des
Indiens du Guatémala expulsés de leurs terres par ceux qui ont de l’argent,
mais pas de conscience". Ces termes forts, à la mesure du drame que vivent
quodiennement les indigènes, ont été prononcés mardi 31 mars à Sion par
l’évêque d’El Petén, dans le nord du Guatémala, Mgr Rodolfo Francisco Bobadilla, venu témoigner à l’invitation de l’Action de Carême et de Pain pour
le Prochain. Mgr Bobadilla était accompagné par Maria Eugenia Berger, une
avocate, guatémaltèque également, qui a évoqué son action en faveur des
paysans dépossédés de leurs terres.
L’action de Mgr Bobadilla s’appuie sur l’Evangile, qu’il tente de vivre
au quotidien dans un diocèse qui couvre le tiers du territoire guatémaltèque. Pour le seconder, l’évêque peut compter avec la collaboration de 10
prêtres, 27 religieuses et 2800 catéchistes. "Lutter contre ce qui s’oppose
au plan du Créateur pour redonner à l’homme sa dignité" c’est, pour cet
évêque dans la mouvance de la théologie de la libération, défendre les paysans chassés de leurs terres par des "soi-disant propriétaires" qui font
valoir de faux titres de propriété.
De moyen de subsistance, la terre devient objet de spéculation destiné à
enrichir les plus fortunés. L’évêque d’El Petén s’est placé résolument aux
côtés des paysans démunis - ils ne savent ni lire ni écrire - afin qu’ils
puissent faire valoir leur droit à la terre.
Le prélat est soutenu dans son action par ses confrères du Guatémala
qui, dans une lettre pastorale de 1988 intitulée "Les cris de la terre",
dénonçaient une législation trop favorable à la spéculation et aux grands
propriétaires, parfois secondés par l’armée et les forces de l’ordre lorsqu’ils expulsent les petits paysans. L’Eglise catholique au Guatémala n’est
d’ailleurs pas insensible à la commémoration du 500e anniversaire de "la
découverte" de l’Amérique: les évêques du pays préparent pour le mois de
mai une lettre pastorale qui affirmera leur volonté de lutter aux côtés des
plus démunis.
"Trouver un chemin pacifique et efficace"
L’aide apportée aux petits paysans est à la fois légale et technique, a
expliqué de son côté Maria Eugenia Berger. Cette juriste a ouvert il y a
six ans un bureau dans le diocèse d’El Petén. Soutenu financièrement par
l’Action de Carême, ce bureau permet aux paysans guatémaltèques d’obtenir
les papiers nécessaires pour, en l’absence de titres de propriété, faire
valoir leurs droits face aux autorités et aux grands propriétaires.
Au Guatémala, 80% des terres sont aux mains de riches qui représentent
2,5% de la population. Malgré des ressources naturelles abondantes, le pays
ne jouit pas d’une autosuffisance alimentaire: plus de 60% de la production
agricole est destinée à l’exportation. la politique agricole du gouvernement est peu favorable au développement du pays: les terres distribuées
sont le plus souvent à bas rendement et les paysans ne reçoivent ni crédits, ni aide technique. Le travail de Maria Eugenia Berger revêt dans ce
sens une importance considérable dans un pays où la terre est l’objet de
tels enjeux. Mais la tâche est délicate, dans la mesure où le problème
n’est pas seulement économique, mais aussi politique et culturel.
1992: des défis pour l’Eglise en Amérique latine
Mgr Bobadilla a pour sa part appelé les habitants du vieux continent à
la solidarité avec les paysans du Guatémala "pour ne pas céder aux pressions des puissants". Soulignant qu’il ne faut pas oublier le passé - dans
ses aspects positifs aussi bien que négatifs -, les conférenciers ont évoqué en ces termes le 500e anniversaire de "la découverte" de l’Amérique:
"Commémorer oui, célébrer non. Car les pauvres n’ont rien à célébrer". Tous
deux ont mis en lumière un autre défi auquel est confrontée l’Eglise catholique aujourd’hui au Guatémala: le rapatriement de 43’000 Guatémaltèques du
Mexique.
Autre souffrance en cette année 1992 pour l’Eglise d’Amérique latine: le
transfert de 10’000 familles miséreuses de la capitale de Saint-Domingue
avant les festivités du 500e anniversaire de l’évangélisation du continent.
Un déplacement voulu pour construire des structures d’accueil destinées à
héberger les invités. Amer, Mgr Bobadilla accuse le gouvernement: "Il n’a
pas de coeur pour les pauvres. (apic/id/pr)