Soudan: situation des chrétiens dans le pays (200192)
Khartoum, 20 janvier(APIC) Si la situation des chrétiens ne change pas au
Soudan, "toutes les belles paroles d’un meilleur avenir pour de nombreux
citoyens soudanais demeureront sans valeur et l’avenir s’annonce plus
difficile encore ". C’est en ces termes assez vifs que s’est exprimé Mgr
Erwin Josef Ender, pro-nonce apostolique, dans une lettre ouverte au gouvernement soudanais. La lettre fait état de nombreuses violations de la liberté religieuse et de cas de persécution dont sont victimes les communautés chrétiennes.
Selon l’archevêque de Khartoum, Mgr Gabriel Zubeir Wako, auquel le prononce se réfère, "le gouvernement lui-même fait la guerre aux chrétiens.
Nous ne croyons plus aux déclarations publiques de liberté religieuse parce
que la pratique est complètement différente des déclarations émises par le
Président de la République en personne". Les activités de l’Eglise sont restreintes dans de nombreux domaines. A Dueim, on a confisqué tous les documents de l’Eglise catholique, y compris son sceau et on a interdit aux
chrétiens de se réunir pour prier.
A Kenana, Sennar, Khashm el Guirba et Gedaref on a fait cesser toutes
les constructions de l’Eglise en cours, bien qu’elles aient bénéficié de
permis de construire en règle. A Méroé, à Khartoum et dans plusieurs zones
du nord Soudan, les chrétiens ne sont pas autorisés à avoir de lieu de
prière. Dans l’armée, les soldats chrétiens ne peuvent pas bénéficier de
cours de formation religieuse comme c’est le cas pour les musulmans. L’admission à l’université est conditionnée à une instruction religieuse musulmane et il n’est fait aucune mention de la religion chrétienne.
L’obtention ou le renouvellement de permis de séjour pour les missionnaires étrangers se heurtent à de nombreux obstacles. Un missionnaire canadien a été expulsé du pays sans raison valable en juillet 1991. Le personnel religieux soudanais ne peut sortir du pays qu’avec l’autorisation du
ministère des Affaires religieuses. Cas plus graves enfin, en août 1991, un
prêtre et quatre catéchistes ont été jetés en prison à Dongola. En septembre, le Père Debertolis a été expulsé de Damazin, région où vivent plus de
10’000 chrétiens, sous prétexte qu’il n’y avait pas de bâtiment d’église.
Le clergé et la hiérarchie musulmane affichent, selon la lettre, un
grand mépris pour le christianisme qu’ils qualifient de religion étrangère
et pour les chrétiens qu’ils traitent d’infidèles ivrognes.
Mgr Ender pose pour terminer une question directe au gouvernement: "ces
faits sont-ils connus des responsables politiques, si oui, pourquoi ces injustices ne sont-elles pas poursuivies et punies? " (apic/snop/mp)