Soudan: remous autour de la visite du pape à Khartoum (080293)
Des mains entachées du sang de chrétiens soudanais...
Kampala/Khartoum, 8février(APIC) "Aidez nous à faire entendre le cri de
notre peuple dans le monde". Ce nouvel appel en faveur du Soudan, ce sont
encore quelques prêtres et pasteurs qui le lancent pour marquer l’étape
soudanaise de Jean Paul II, mercredi, à Khartoum. Une ultime étape qui continue de susciter des remous tout au long de ce nouveau périple africain du
pape. Ce dernier, personnellement conscient du danger, n’avait-il pas prévenu dès le départ: "Il y a toujours des risques à prendre dans la vie".
Dans une lettre envoyée au pape et datée du 4 février, ces prêtres et pasteurs espèrent que cette visite "constituera un nouveau défi de l’Evangile". Mais, écrivent-ils, vous devez savoir, "très Saint-Père, que vous serrerez", à Khartoum, "des mains entachées du sang de chrétiens soudanais".
Du Bénin à l’Ouganda, le pape s’est donc attaché à livrer quelques signes qui éclairent cette initiative. Avant la rencontre avec les différentes confessions religieuses prévues à Khartoum, il avait été accueilli à
Parakou, dans le nord du Bénin, par une délégation musulmane. Plusieurs
fois aussi, il a ponctué ses discours et homélies de références à la liberté religieuse. Et au sanctuaire des Martyrs Ougandais, ce thème trouvait
une illustration particulièrement forte.
Cette idée de venir forcer le destin à Khartoum a suscité un débat chez
les 8 évêques soudanais. Ils savent déjà que l’extrême confusion qui règne
apparamment dans cette région ne simplifie pas les choses, et que les accrochages entre clans rivaux de la rébellion ont facilité l’action gouvernementale et aggravé le sort de la population qui continue à fuir les zones
bombardées. Ils sont par exemple plus de 70’000 aujourd’hui à avoir passé
la frontière ougandaise.
"Un nouveau défi de l’Evangile"
La lettre envoyée à Jean Paul II a été rédigée à l’issue de la troisième
assemblée générale du nouveau Conseil soudanais des Eglises, qui regroupe
les confessions chrétiennes et qui vient de se tenir à Kaya, dans le sud du
Soudan. La lettre est signée par 9 pasteurs et prêtres, dont 2 évêques anglicans et 2 évêques catholiques, Mgr Paride Taban, de Torit, et Mgr Joseph
Gasi, de Tombura-Yambio, deux diocèses restant sous contrôle de la guérilla.
"Nous espérons que votre visite constituera un nouvau défi de l’Evangile", écrivent-ils en faisant allusion au défi de l’Eglise en Afrique
qu’avait lancé le pape Paul VI en 1969. "Nous vous demandons de porter à
Khartoum notre message, notre espérance et notre vie". "A Khartoum, on déroulera un tapis rouge et vous entendrez des discours officiels. Vous devez
savoir que ce sont les mêmes qui conduisent une offensive militaire contre
nous". Les auteurs parlent d’une colonne de camions militaires faisant route vers Yei et de bombardements actuels sur Mindri, Amadi et Luois.
"Ce sont les mêmes qui ont aggravé la discrimination religieuse dans le
Sud, restreint sévèrement la proclamation de l’Evangile faisant obstacles à
beaucoup d’activités de l’Eglise (...) Ce sont les mêmes qui pratiquent
l’esclavage, capturent et vendent des enfants africains (...) Ce sont les
mêmes qui persécutent, torturent et tuent des prêtres, des pasteurs, des
soeurs, des catéchistes, des évangélisateurs (...) Ce sont les mêmes qui
ont élevé un rideau de silence autour de nous".
Et les auteurs d’ajouter: "Quand, à Khartoum, ces gens serreront vos
mains, vous devez savoir, très Saint-Père, que vous serrerez des mains entachées du sang des chrétiens soudanais". Puis de conclure: "Nous n’haïssons pas les Arabes et les musulmans du nord. Nous savons même qu’ils sont
fatigués de cette guerre et veulent la paix (...) Nous sommes conscients de
nos péchés. Nos divisions, nos attitudes tribales se sont aggravées et prolongent la souffrance de notre peuple (...) Nous voulons que ce rideau de
silence soit levé, que nos raisons soient connues et notre dignité reconnue".
Jean Paul II n’a pour l’instant pas fait connaître sa réaction à cette
lettre. Mais dans son entourage, on fait remarquer que cette lettre, qui se
dit représentative de la majorité des Eglises chrétiennes du sud du Soudan,
ne l’est pas pour autant de la majorité des évêques catholiques soudanais.
(apic/dchi/pr)