Soudan: Les chrétiens dans les (030393)
Rencontre avec l’évêque soudanais Macram Max Gassis, en exil en Europe
Genève, 3mars(APIC) Ce qui se passe au Soudan est bien pire qu’en Bosnie
ou en Somalie, près d’un million de personnes ont déjà trouvé la mort, a
dénoncé mercredi à Genève Mgr Macram Max Gassis, évêque catholique d’El
Obeid. Aujourd’hui en exil forcé en Europe, l’évêque du plus grand diocèse
du Soudan affirme que le régime fondamentaliste islamique au pouvoir viole
non seulement la liberté religieuse des chrétiens, mais est coupable d’un
véritable "génocide" contre les ethnies non arabes et non musulmanes.
De passage à Genève pour témoigner dans le cadre de la Commission des
droits de l’homme de l’ONU, Mgr Macram Max Gassis a estimé que le gouvernement du général Omar Hassan Ahmed el-Béchir tente de récupérer la visite
que le pape a effectuée à Khartoum le 10 février dernier. Mais avec l’islam
fondamentaliste, "qui n’est pas une religion, mais une puissance politique
et économique", on ne peut mener aucun dialogue, estime-t-il.
Derrière les fondamentalistes sunnites soudanais, qui ne sont pas 5 %,
se profile l’ombre de Téhéran. Ainsi, révèle-t-il, l’Iran des ayatollahs a
donné l’an dernier quelque 600 millions de dollars au gouvernement de Khartoum pour acheter des armes à la Chine. Des armes qui ne sont pas seulement
utilisées contre les populations non arabes - animistes et chrétiennes - du
Sud, mais contre l’ensemble de la population. D’autre part, affirme-t-il
encore, entre 2 à 3’000 militaires iraniens sont engagés pour soutenir les
services de sécurité soudanais et n’hésitent pas à utiliser la torture et
les exécutions.
Des chrétiens sans voix, soumis à la "charia"
Contrairement à ce qu’affirme le gouvernement soudanais, la "charia", la
loi islamique, est non seulement imposée au Nord, mais également dans le
Sud du Soudan, peuplé d’ethnies noires non-musulmanes. Ainsi les chrétiens
n’échappent pas aux peines islamiques comme l’amputation de la main des voleurs ou la lapidation pour adultère. Ils n’ont plus aucune voix, aucune
publication et les services de sécurité ont averti l’Eglise que si elle
voulait publier les textes des allocutions de Jean Paul II au Soudan, il
fallait les expurger de tout ce qui avait trait à la réalité du pays.
La dictature militaire au pouvoir au Soudan a reçu "la palme de l’horreur" de Médecins sans frontières pour ses violations des droits de l’homme. Avant l’arrivée au pouvoir d’Omar Hassan Ahmed el-Béchir, l’évêque d’El
Obeid, au sud-ouest de Khartoum - qui est le seul au sein de la Conférence
épiscopale du Soudan à parler parfaitement arabe - a joué des années durant
un rôle de "liaison" entre l’Eglise et le gouvernement soudanais.
Pour avoir en 1988 dénoncé devant le Congrès américain l’esclavage qui
subsiste dans son pays ainsi que les persécutions ethnico-religieuses et
l’usage de l’arme alimentaire pour soumettre les populations et propager
l’arabisme et l’islam contre les non-arabes et les non-musulmans, l’évêque
a connu les geôles du régime. A son retour, Mgr Macram Max Gassis avait été
arrêté et interrogé par les services de sécurité, avant d’être finalement
libéré sous caution. L’évêque d’El Obeid, qui est délégué par la Conférence
épiscopale du Soudan pour faire prendre conscience au monde de la tragédie
soudanaise, cherche à mettre son pays à l’ordre du jour du Conseil de Sécurité de l’ONU. (apic/eg/be)