Le sud "attend de voir" avant de crier victoire
Abuja, 3mai(APIC)(APIC) Le gouvernement soudanais n’imposera pas l’islam
comme religion d’Etat et ne fera pas appliquer la "sharia" (loi islamique)
dans tout le pays, tout comme il renoncera à s’auto-proclamer "République
islamique": c’est ce qu’a annoncé une délégation gouvernementale lors de
négociations avec l’Armée populaire de libération du Soudan (SPLA), du colonel John Garang. Si le gouvernement se dit prêt à des "concessions, le
sud, lui, "attend de voir" avant de crier victoire.
Au cours des négociations tenues entre des représentants du gouvernement
et de la SPLA qui viennent de se dérouler à Abuja, au Nigéria, le ministre
des Affaires économiques Ali el-Hag Mohammed a annoncé qu’un "droit pénal
alternatif sera introduit, qui tiendra compte des valeurs et des traditions
des populations du Sud". Selon le ministre, "personne au Soudan ne doit à
l’avenir être l’objet de discriminations en raison de sa religion, de la
couleur de sa peau ou de sa race". "Toutes les fonctions et tous les services doivent être accessibles à tous les Soudanais", a-t-il déclaré.
Nhial Deng, porte-parole de la SPLA, s’est pour sa part réjoui de ces
"assurances", estimant toutefois qu’elles "ne vont pas assez loin". Des réserves qui vont, selon lui, dans le sens de "nombreux Soudanais". Je
crains, a-t-il dit, "qu’il ne s’agisse que de belles promesses sur lesquelles le gouvernement peut revenir à tout moment".
Depuis neuf ans maintenant, la guerre civile ravage le Sud du Soudan, le
pays le plus étendu d’Afrique. Une guerre dans laquelle l’armée gouvernementale est engagée dans une grande offensive contre l’Armée populaire de
libération, qui lutte contre la discrimination exercée par le Nord arabe et
musulman à l’encontre des populations du Sud, noires, peuplé en majorité
d’animistes et de chrétiens. Le régime fondamentaliste islamique de Khartoum, auquel "Médecins sans frontières" a récemment décerné "la palme de
l’horreur", a déclenché la guerre civile en imposant la sharia (1983). Le
gouvernement est en outre accusé de perpétrer un "génocide" contre les ethnies non arabes et non musulmanes.
Le 2 octobre dernier, le pape avait dénoncé devant les évêques soudanais
la politique d’islamisation forcée et "le manque de liberté religieuse pour
l’Eglise catholique". Trois jours plus tard, le Saint-Siège élevait à son
tour une "ferme protestation" suite à la fermeture d’une paroisse et de
l’expulsion de plusieurs missionnaires. La venue de Jean Paul II au Soudan
à ensuite attiré l’attention du monde entier sur le sort des populations
oubliées du Sud. Des négociations de paix se sont ouvertes le 6 février
dernier entre le gouvernement et l’opposition du Sud. Lors de son bref passage à Khartoum quatre jours plus tard, le pape avait plaidé en faveur d’un
règlement international du conflit. (apic/cip/pr)