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    L’Eglise doit descendre dans la rue (241093)

    Soleure: rencontre interdiocésaine des Conseils pastoraux à Dulliken

    Dulliken, 24octobre(APIC/Marie-José Portmann) L’Eglise doit aller au devant des gens et ne plus attendre qu’on vienne à elle. A l’issue de leur

    session annuelle d’échanges, tenue vendredi et samedi à Dulliken (SO), les

    délégués des Conseils de pastorale des diocèses et des cantons ont convenu

    de se donner pour priorité un changement de mentalité au sein de l’Eglise

    catholique qui est en Suisse.

    Préparée par les Conseils pastoraux de St-Gall, de Fribourg et du Jura,

    la rencontre, présidée par Soeur Maria Crucis Doka, de Lucerne, avait pour

    thème "l’exclu en tant que révélateur social". Les débats se sont nourris

    de la réflexion de Christian Kissling, de la Commission "Justice et Paix"

    et de Marie-Rose Blunschi, d’ATD Quart Monde.

    Le premier intervenant a posé des repères: le chômage n’est pas un phénomène passager, il appelle des mesures au plan de la société plutôt que de

    l’économie. La crise peut être une chance dans le défi qu’elle nous pose,

    pour une répartition plus juste du travail. Pour Christian Kissling,

    "l’Eglise doit assumer son rôle de modèle et d’incitation".

    La charité ne suffit plus

    La seconde oratrice a souligné que malgré les apparences, les familles

    défavorisées n’acceptent jamais sans réagir la précarité de leur quotidien.

    Elles luttent chaque jour pour sauvegarder et affirmer leur dignité humaine. Elles ont développé leur propre manière de penser, d’appréhender la

    vie, leur propre culture. Pour prendre conscience dans leur milieu et dans

    la volonté de la société de vaincre l’exclusion, elles ont besoin d’autres

    personnes engagées à long terme à leurs côtés.

    Comptant des représentants des Caritas du Jura et du Tessin, de la défense des chômeurs du littoral neuchâtelois et animé par Marlène Messerli,

    de Caritas Suisse, le groupe de discussion romand a évoqué la notion d’"un

    salaire d’existence". Une forme de rémunération des services entre les personnes, relevant de l’échange, du don, du troc, des relations conviviales.

    Ce "secteur quaternaire" d’utilité sociale pourrait être complémentaire

    ou alternative à l’économie de production. Les intervenants ont insisté sur

    le rôle de précurseur de l’Eglise: il lui appartient d’imaginer de nouveaux

    modèles, avec une dimension spirituelle. En mettant par exemple sur pied

    des réseaux de solidarité au sein des paroisses. L’échange de savoir et

    d’expérience suscitera la rencontre et dynamisera les communautés.

    Le collaborateur de l’Eglise n’est pas un messager

    "Il faut se demander ce que peuvent nous donner les pauvres plutôt que

    ce que nous pouvons sacrifier pour eux", a relevé l’un des groupes de travail alémaniques. La charité ne suffit plus. Il s’agit de justice.

    "Un collaborateur de l’Eglise n’est pas un manager. Par le biais de la

    formation permanente, il doit intégrer une nouvelle manière de penser,

    changer la dynamique. La rue doit devenir le lieu d’action de l’Eglise...

    Aller voir, sentir ce que les démunis vivent et se défaire de l’idée que

    les personnes, disqualifiées par la misère puissent rallier d’elles-mêmes

    la communauté. C’est le devoir de l’Eglise d’entrer dans la sphère privée

    de la société", devait relever le second groupe de discussion germanophone.

    Pour avancer dans le dossier, la coordination interdiocésaine, dirigée

    par Paul Stadler de St-Gall, propose de s’appuyer sur des mouvements qui

    connaissent depuis longtemps le problème du chômage.

    La prochaine réunion des Conseils pastoraux des diocèses suisses aura

    lieu en octobre 1994 à Genève. Elle abordera le thème de l’oecuménisme.

    (apic/mjp/pr)

    ENCADRE

    Questions aux évêques suisses

    S’agissant de l’exclusion au sein de l’Eglise, les Conseils pastoraux

    ont posé une question aux évêques suisses, par le truchement de Mgr Otmar

    Màder, évêque de St-Gall: "Comment vous situez-vous par rapport au droit

    ecclésial réglant l’accès aux sacrements?" Certaines réalités sociales, qui

    ne permettent plus de construire une famille traditionnelle bien établie ne

    sont pas prises en compte par la juridiction. Il en est ainsi des divorcésremariés qui ne peuvent recevoir ni la confession ni la communion. "L’Eglise doit recevoir les gens comme ils sont et ne pas poser d’autres conditions, ont conclu les délégués samedi à Dulliken". (apic/mjp/pr)

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