"Les droits de l’homme, un luxe pour les riches?"
Soleure, 13juin(APIC) Plus d’une centaine de délégués de l’Action des
chrétiens pour l’abolition de la torture (ACAT Suisse) se sont retrouvés
samedi à Soleure pour leur assemblée annuelle. Sur le thème "Droits de
l’homme et compassion", les participants ont réfléchi aux situations concrètes de violation de dignité de la personne humaine en Suisse. Les délégués ont en outre voté une motion déplorant le maintien de la légitimation
de la peine de de mort dans le Catéchisme de l’Eglise catholique.
A partir de la question "les droits de l’homme sont-ils un luxe pour les
riches?" les participants se sont penchés au cours d’une table ronde sur
quelques éléments de la réalité suisse. Quel est le comportement des chrétiens face aux personnes dont les droits et la dignité sont bafoués? Si la
Suisse ignore heureusement la torture au sens physique du terme, les situations d’exclusion et de rejet constituent aussi des violations des droits
de l’homme. L’abbé Joseph Kalamba, du Zaïre, prêtre de la paroisse de Bellach (SO), a souligné les difficultés d’intégration des Africains et le refus et la peur des différences, y compris dans les Eglises. Il a déploré
notamment le manque de structures d’accueil adéquates dans l’Eglise catholique.
Maurice Gardiol, diacre protestant, aumônier des requérants d’asile à
Genève, a plaidé pour une interprétation plus large des droits de l’homme
qui intègre non seulement les droits politiques et civils, mais aussi les
droit économiques et sociaux. Les Etats démocratiques occidentaux sont rapidement tombés dans une politique défensive basée sur des mesures d’exception. Opinion confirmée par le pasteur Hans Schuppli, responsable de la
maison d’accueil "Jochengruppenhaus" à Lutzelflüh qui souligne que de nombreux cas d’expulsion de réquérants confrontent indirectement au risque de
la torture. Et de déplorer qu’à force de dire sur les tous les tons "il y a
trop d’étrangers en Suisse" on entretienne la xénophobie.
Les drogués sont souvent des étrangers dans leur propre pays, témoigne
Sr Sara Martina qui s’occupe de toxicomanes en ville de Soleure. "La seule
formule d’aide est en définitive de se tourner vers eux et de porter secours". La première chose à faire est de leur redonner le droit d’être
écoutés et reconnus, estime Soeur Sara.
Veronika Thurneysen, quant à elle, pasteur à la paroisse réformée de Soleure et aumônier de prisons, a montré combien la détention préventive prolongée, l’absence de visites, de courrier, l’impossibilité de téléphoner ou
simplement le manque de cigarettes peuvent constituer une forme de torture
psychique des détenus.
Sensible à ces défis, l’ACAT Suisse afin de prévenir l’exclusion, l’indifférence et la violence qui s’installent aussi en Europe, a créé une Commission Vigilance chargée d’entretenir des relations et des contacts avec
les autorités responsables à tous les niveaux et d’élaborer une série de
dossiers pédagogiques et éducatifs destinés aux groupes régionaux ACAT et
aux jeunes en général.
Le Catéchisme catholique en question
Sur la même lancée, les participants ont adopté une motion exprimant
"leur tristesse et leur désapointement face au maintien de la légitimation
de la peine de mort par l’Eglise catholique-romaine dans son nouveau Catéchisme". Si le Catéchismne condamne la torture comme contraire à la dignité
de la personne humaine, pourquoi ne pas condamner la peine de mort qui
constitue "une torture bien plus cruelle puisqu’elle place l’individu devant une mort programmée par la volonté humaine? Elle ne laisse aucune
chance au repentir et à la rédemption."
Au chapitre statutaire, on note l’élection au comité suisse de Philip
Grant, de Genève, représentant la Dynamique ACAT-Jeunes et de Claudine
Payot, de Magden (AG). (apic/mp)
Encadré
96 appels, 418 personnes, 49 pays
L’ACAT s’érige contre la torture utilisée encore systématiquement dans la
majorité des pays. Elle appelle les chrétiens de toutes confessions à s’engager, au nom du Christ, pour l’abolition de la torture et de la peine de
mort par l’information, la prière et l’action. L’ACAT Suisse, qui compte
quelque 2’500 membres, a lancé l’an dernier 96 appels concernant 418 personnes réparties dans 49 pays. Et elle a pu enregistrée 26 libérations. Les
ACAT nationales sont réunies au sein de la Fédération internationale de
l’ACAT (FIACAT), organisation non gouvernementale ayant un statut consultatif auprès de l’ONU, du Conseil de l’Europe et de la Commission africaine
des droits de l’homme. (apic/mp)