Soeur Emmanuelle en Suisse (230491)
Genève, 23avril(APIC) Au moment où elle s’apprête à fêter ses 60 ans de
vie religieuse dans la Congrégation des Soeurs de Notre-Dame de Sion, Soeur
Emmanuelle continue de parcourir les airs et les routes afin de sensibiliser le monde à la détresse des laissés pour compte de la civilisation. Vendredi dernier, en compagnie de Kemal Tadros, responsable des foyers de
l’espoir au Soudan, elle était l’invitée du centre culturel St-Boniface à
Genève. Elle a répondu aux questions posées sur le sens de son engagement
aux côtés des chiffonniers du Caire ainsi que sur la signification que
prend pour elle l’Evangile vécu aujourd’hui. Elle a aussi longuement parlé
de la situation des enfants au Soudan, pays ravagé par la guerre civile et
la sécheresse.
Au début de sa conférence, Soeur Emmanuelle a rappelé que c’est à l’âge
de 62 ans qu’elle a pu réaliser "son rêve de jeunesse". Après avoir enseigné durant 40 ans, elle obtient de ses supérieures l’autorisation de se
consacrer aux chiffonniers du Caire. C’est dans ce monde de misère que depuis plus de 20 ans elle tente de vivre l’Evangile au quotidien. "Etre
chrétien, affirme-t-elle, c’est essayer d’aimer. C’est vouloir faire passer
le bonheur de l’autre avant le sien". "Un soir, je n’avais plus une goutte
d’eau - c’était en été au Caire, ce qui signifie 40 degrés même la nuit je n’avais plus une miette de pain. Ma voisine m’a donné toute son eau et
son dernier morceau de pain. Elle a su aimer".
Les enfants du Soudan
Après avoir ouvert des écoles et des centres de soins et d’hygiène en
Egypte, elle les confie à une Congrégation de religieuses coptes. Soeur Emmanuelle prend en 1987 le chemin d’un autre pays africain, le Soudan. Un
pays aux prises avec une guerre civile qui dure depuis 30 ans et des sécheresses chroniques. Le bilan est tragique: 1 million de personnes sont mortes. De plus, 2 millions de personnes ont dû quitter leur maison. Enfin des
milliers d’enfants originaires du Sud du pays, la partie chrétienne du Soudan, doivent chaque jour quitter leurs familles pour essayer de trouver de
quoi survivre dans le Nord, spécialement à Khartoum, la capitale. Ils arrivent en haillons, d’une maigreur squelettique au terme d’un voyage de 300 à
500 kms, sans autre nourriture et boisson que celles qu’ils auront mendiées
en cours de route. Pour tout moyen de locomotion, leurs jambes, et "pour
les plus chanceux", une place sur le toit d’un train. Leur espoir, une fois
arrivés dans la capitale: retrouver un cousin qui pourra au moins les héberger la nuit afin de ne pas tomber aux mains de la police. Leur moyen de
subsister: le vol quand ce n’est pas la prostitution.
Responsable des foyers de l’espoir, Kemal Tadros témoigne: "l’Eglise
catholique s’occupe de 23’000 enfants dans divers jardins d’enfants et écoles primaires, elle donne chaque jour un repas à 25’000 d’entre eux". De
son côté, poursuit Kemal Tadros, "Soeur Emmanuelle est venue nous aider à
démarrer notre oeuvre humanitaire. La semence qu’elle a plantée est devenue
un grand arbre". En parlant de cette manière, Kemal Tadros entend rendre
hommage à celle qu’il a présentée comme "envoyée par Dieu pour aider son
peuple".
Des projets concrets
Pour pallier à la situation de détresse extrême de certains enfants, Soeur Emmanuelle peut aussi compter sur une aide matérielle extérieure. Divers projets ont été mis en place. 74 écoles "de bambou" accueillent des
enfants pour leur donner une véritable éducation. A l’heure actuelle, 140
élèves de ces écoles ont pu entrer dans les classes intermédiaires. Des homes accueillent pour le moment 150 enfants de la rue. Dans chacun de ces
homes un père et une mère adoptifs donnent à ces enfants l’amour qu’ils ne
trouvent pas dans les rues de la ville. Une ferme a été aménagée en "école
d’agriculture". Elle a permis à un premier groupe de 40 enfants d’apprendre
les rudiments de l’agriculture et de l’élevage. Il faut aussi mentionner le
projet médical qui vise à donner des soins gratuits: les médecins sont des
volontaires soudanais et les médicaments arrivent par les amis de Soeur Emmanuelle.
Au terme de son témoignage au centre St-Boniface, Soeur Emmanuelle a
rappelé sa dette envers les pauvres. "Ce sont eux qui m’ont évangélisée",
a-t-elle affirmé. Elle a cité encore ces paroles prophétiques de saint Basile le Grand qui l’avait fortement motivée au moment de rejoindre les
chiffonniers du Caire: "Le pain qui demeure inutile chez toi c’est le pain
de celui qui a faim; la tunique suspendue dans ta garde-robe, c’est la tunique de celui qui est nu; la chaussure qui est de trop chez toi, c’est
celle du pauvre va-nu-pieds; l’argent que tu as enfoui ou économisé, c’est
l’argent du pauvre; tu commets autant d’injustices que tu pourrais répandre
de bienfaits". (apic/ecl)