Un journaliste engagé et dérangeant
Vienne, 3 mars(APIC) Le docteur Frantisek Sykora, un journaliste
catholique slovaque connu à l’étranger, vient d’être "remercié" par le
journal qui l’employait comme rédacteur, l’hebdomadaire catholique "Katolicke Noviny" à Bratislava. Médecin pneumologue à la retraite âgé de 69
ans, F. Sykora était entré en journalisme à la chute du communisme, il y a
deux ans, après que la presse catholique eût retrouvé sa liberté.
La destitution soudaine de cette personnalité connue au-delà des frontières nationales pour son franc-parler et ses analyses sans complaisance
des dangers de "cléricalisme" dans son pays, a surpris les milieux de la
presse catholique d’Europe centrale. F. Sykora avait été élu à l’unanimité
il y a deux ans premier président de l’Association pour la promotion du
travail des médias dans le domaine religieux en Europe de l’Est (CLIRCA),
une organisation qui regroupe des éditeurs et des journalistes de l’Est et
de l’Ouest fondée en 1990 et dont le siège est à Vienne.
En automne dernier à Fribourg, lors du premier Symposium européen de
l’UCIP, l’Union catholique internationale de la presse, le docteur Sykora
avait relevé le manque de moyens matériels et de potentiel humain auxquels
devaient faire face les Eglises et les médias dans l’actuelle Europe de
l’Est. Il relevait également que les conséquences sociologiques et théologiques du Concile Vatican II "doivent encore être digérées" en Europe de
l’Est, et que dans ces pays, le laïc ne voit pas encore son identité reconnue dans l’Eglise.
Selon le journaliste autrichien Franz Gansrigler, vice-rédacteur en chef
de l’hebdomadaire catholique "Die Furche" à Vienne, c’est l’abbé Farkas,
directeur à temps partiel de l’association St-Adalbert, la grande entreprise de presse catholique slovaque de Trnava qui édite "Katolicke Noviny",
qui l’a licencié. La décision de "remercier" F. Sykora a été justifiée pour
raison d’âge, ajoute F. Gansrigler, mais il y a d’autres motifs. Des interviews et des conférences données dans divers pays européens - Frantisek Sykora maîtrise parfaitement plusieurs langues et il était un orateur demandé
à l’étranger - auraient ainsi suscité la mauvaise humeur de plusieurs membres de la Conférence épiscopale régionale slovaque.
Il semble, aux dires du vice-rédacteur en chef de "Die Furche", que le
travail des journalistes catholiques en Slovaquie ne va pas être facilité
par cette mise à pied sans appel. Frantisek Sykora a pris une part non négligeable au développement de "Katolicke Noviny", un hebdomadaire tirant à
quelque 140’000 exemplaires distribué dans tous les diocèses de la Slovaquie. (apic/fg/be)