Conférence du professeur Hubert Doucet, éthicien clinique
Sion, 17juin(APIC) "Il faut repenser notre système de santé": c’est le
cri d’alarme qu’a lancé mardi à Sion au cours d’une conférence le professeur Hubert Doucet, éthicien clinique et doyen de la Faculté de l’Université de Saint-Paul d’Ottawa (Canada). Invité par "La Chance de l’homme", il
s’est exprimé sur "Le progrès médical, ses coûts et ses limites. Choix de
société et éthique". L’occasion pour lui de mettre le doigt sur les déviations et contradictions de notre système de santé et surtout de rappeler la
responsabilité et la solidarité de la société tout entière face aux défis
toujours plus pressants qui lui sont lancés par le monde médical.
L’explosion des coûts dans le domaine de la santé nous oblige à des
choix de société, a affirmé avec force le professeur Doucet. Le problème
financier, en révélant les limites de notre système de santé, met la société devant un choix existentiel: voulons-nous continuer à construire notre
système de santé sur le droit de chacun ou sur une solidarité collective?
En d’autres termes, quel sens voulons-nous lui donner? La question est
clairement posée, et les dangers sont réels si la société l’élude, a ajouté
le conférencier: elle risque alors d’opérer un tri entre les patients, ne
soignant que ceux qui ont des chances de s’en sortir.
Pour le professeur Doucet, repenser notre système de santé c’est revenir
aux intuitions qui ont présidé à la création des services de santé: la réduction des inégalités sociales. Ainsi, "il faut cesser de voir la santé
dans une perspective individuelle, il faut la repenser en termes de bien
commun"; il est urgent également de redéfinir le rôle de la société dans le
domaine de la santé: ne doit-elle pas privilégier les soins à la personne
malade (système infirmier) plutôt que la guérison de maladies individuelles
(système médical).
Un système de santé porteur de contradictions
Dans sa conférence, le professeur Doucet a décrit avec lucidité le
système de santé actuel pour en situer les limites. Basé sur une
technologie de plus en plus sophistiquée et sur des compétences toujours
plus poussées, ce système est devenu au fil des décennies "une véritable
cour des miracles où rien n’était trop beau ni trop dispendieux pour la
santé". L’accès illimité au soins de santé, le progrès médical qui a
toujours permis de considérer la limite comme temporaire et un langage
habité de termes d’infini, sont autant d’éléments d’une culture
scientifique du XVIe siècle qu’il faut réviser, selon l’orateur.
Car le système de santé actuel "n’a plus les moyens de ses rêves". Le
professeur Doucet a relevé quelques contradictions nées d’une technologie
toujours plus performante: si le respect de la vie doit entraîner des efforts pour la prolonger, notre système de santé "a développé la maladie
chronique" en permettant à des nouveau-nés et à des personnes en fin de vie
d’exister, transformant ainsi les hôpitaux en "lieux qui créent et accueillent la chronicité"; le succès a entraîné "beaucoup de souffrances personnelles et beaucoup de distorsions sociales". Faudra-t-il en revenir au
vieil adage médical "guérir rarement, soulager souvent, réconforter toujours"? Le professeur Doucet en est persuadé: c’est sur ce chemin, a-t-il
conclu, que la médecine doit s’engager.
Hubert Doucet, est membre de comités d’éthique clinique de différents
hôpitaux d’Ottawa et de Montréal. Il est en outre membre consultant du Département de pédiatrie de l’hôpital l’Ontario oriental. Présent à Sion dans
le cadre d’une session de formation, il animera du 22 au 26 juin un séminaire intitulé "Soins paliatifs et éthique clinique" destiné aux médecins,
au personnel soignant et aux aumôniers. (apic/id/pr)