Débat entre le cardinal Schwery et l’architecte Botta
Sion, 31mars(APIC) La salle du Grand Conseil à Sion était pleine pour accueillir mardi 30 mars l’évêque du diocèse, le cardinal Henri Schwery, et
l’architecte tessinois Mario Botta pour un débat sur le thème "Construire
une église aujourd’hui". Le débat a été suivi du vernissage de l’exposition
"Progetto per una chiesa a Mogno", qui présente les esquisses, les dessins,
les plans et les maquettes de l’architecte pour l’église du village tessinois de Mogno, détruite par une avalanche il y a quelques années.
Animée par Bernard Wyder, historien de l’art, la discussion a permis de
redire le sens de l’architecture au service d’un lieu de culte et de souligner sa nécessaire correspondance avec les valeurs culturelles de son
époque. Mgr Schwery a commencé par rappeler que la liturgie a une grande
place dans l’architecture religieuse. Pour Mario Botta, "tout l’art a déjà
une forte charge sacrée car il est l’expression de formes spirituelles".
Construire une église représente pour l’architecte tessinois "un engagement doublement important: c’est donner une forme à une institution humaine
qui parle de valeurs spirituelles". Au-delà de sa valeur strictement
fonctionnelle - "l’organisation de l’espace y dépasse le fonctionnel" -,
l’église est "un lieu de mémoire, de prière et de rassemblement qui témoigne de valeurs symboliques et reflète la sensibilité d’aujourd’hui".
Pour le cardinal Schwery, l’église doit être signe - car j’ai besoin de
signes pour croire -, mais un signe en relation avec la culture d’aujourd’hui, dans un langage nouveau". Même s’il y a parfois bien du chemin à
faire pour que se rencontrent les gens d’Eglise et les artistes.
L’architecture porteuse de valeurs éthiques
Aux yeux du cardinal l’architecte a pour mission d’"exprimer l’éternel
en termes nouveaux". Mario Botta dit retrouver aussi, lorsqu’il construit
une église, "des valeurs ancestrales qui sont le but de la création artistique. L’architecte a une dette envers le passé. Il faut que dans l’église
d’aujourd’hui toute l’histoire soit présente et qu’elle soit capable de témoigner pour l’homme d’aujourd’hui dans un langage nouveau". Et le cardinal
Schwery d’ajouter: "L’Eglise a l’ambition d’inculturer la foi: il lui faut
pour cela trouver un langage propre et signifiant".
L’architecte tessinois a encore mis en garde contre la banalisation: "Il
ne faut pas tout accepter sous prétexte de nouveauté! La construction d’une
église exige une grande humilité, une grande modestie et une grande rigueur
pour arriver à une synthèse la plus honnête possible". Car "l’architecture,
loin d’être l’équivalence de la foi, veut aider les gens à s’approcher
d’elle. Elle est l’expression de valeurs éthiques plus qu’esthétiques".
(apic/id/pr)