Silence des autorités après l’assassinat de Jurg Weis au Salvador (010988)
"Solidarité chrétienne avec l’Amérique Centrale"
Lucerne, 1erseptembre(APIC) Dans une lettre adressée à René Felber, chef
du Département fédéral des Affaires Etrangères, le mouvement "Solidarité
chrétienne avec l’Amérique Centrale" à Lucerne demande que toute la lumière
soit faite sur les circonstances de l’assassinat la semaine dernière au
Salvador du théologien Jurg Weis, membre du Secrétariat Amérique Centrale à
Zurich. Ce mouvement se déclare en outre préoccupé par le silence du Conseil fédéral, "qui pourrait être interprété par une partie de la population
suisse comme de l’indifférence de la part de la Suisse officielle".
La "Solidarité chrétienne avec l’Amérique Centrale" se déclare profondément touchée par l’assassinat de Jurg Weis et souligne que plus les circonstances de cette mort deviennent claires, plus la colère grandit face à
ce qui s’est passé. Le mouvement affirme que Jurg Weis a été détenu au Salvador sans base légale et assassiné après de cruelles tortures, en toute
connaissance de cause, si ce n’est participation des autorités. Il demande
au Conseiller fédéral René Felber de mettre sur pied une commission d’enquête indépendante pour éclaircir cette affaire, dont le rapport exhaustif
devrait être publié. Il demande également que la "Suisse officielle" au
Salvador fasse pression pour que les responsables de cet assassinat soient
déférés devant les tribunaux et que l’on adresse aussi des protestations
officielles à Washington, qui soutient le gouvernement salvadorien.
Le Département des Affaires Etrangères dément être resté inactif
De son côté, le Département des Affaires Etrangères se défend face aux
reproches du "Tages Anzeiger" selon lequel M. Hold, ambassadeur suisse au
Guatémala, responsable également pour le Salvador, en était resté à la version officielle et n’avait pas tout fait pour éclaircir les circonstances
de la mort de Jurg Weis. Son porte-parole, Michel Pache, a déclaré à
l’agence APIC, que tout avait été fait : le consul responsable pour le Salvador s’est immédiatement rendu sur place, puis l’ambassadeur Hold, dont le
rapport est parvenu ce jeudi à Berne. Michel Pache relève que l’on ne peut
pas faire un travail d’enquête indépendante, "car cela serait considéré
comme de l’espionnage". "On ne peut pas aller nous-mêmes enquêter dans un
pays étranger, souligne-t-il, c’est de la compétence des autorités judiciaires et de la police de l’Etat concerné".
Michel Pache affirme que Jurg Weis était, selon la version officielle
salvadorienne, entré légalement au Salvador comme touriste il y a deux mois
et qu’il avait demandé la prolongation de son autorisation de séjour. Il
confirme que l’ambassadeur suisse n’a pas vu le corps de Jurg Weis. La
première partie du rapport de l’ambassadeur Hold (la seconde n’est pas
encore parvenue à Berne) révèle que Jurg Weis était dans une région
considérée comme très dangereuse : il y a eu 28 bombardements de janvier à
juillet, des enlèvements, des accrochages... Michel Pache considère que
"Jurg Weis se promenait un peu comme en touriste sur la plage, un peu à la
légère".
A la demande de sa famille et du Secrétariat Amérique Centrale, le corps
de Jurg Weis est autopsié depuis deux jours par le professeur Dirnhofer, de
l’Institut médico-légal de Bâle. Les conclusions provisoires en ont été
présentées au cours d’une conférence de presse jeudi à Genève. L’autopsie
révèle qu’il y a au moins neuf impacts de balles dans la région de la
poitrine et du ventre et que la boîte crânienne a été détruite, mais l’on
ne sait pas encore de quelle façon. Des traces de coups sur diverses
parties du corps ont été relevées, mais il est vraisemblable que la mort a
été causée par balles. (apic/be)