"L’Afrique doit se prendre en charge et dépasser une mentalité de victime"
Sierre, 28février(APIC) "L’Afrique doit se prendre en charge et dépasser
une mentalité de victime", a déclaré samedi soir à la gande salle de l’Hôtel de ville de Sierre Mgr Jean Zoa, archevêque de Yaoundé. Invité dans le
cadre de la campagne 1993 de l’Action de Carême, intitulée "Vive l’Afrique", l’archevêque du Cameroun a estimé que l’Afrique a aussi sa part de
responsabilité dans la crise actuelle qui la frappe si durement.
Au cours d’une conférence-débat, l’archevêque de Yaoundé a traité des
défis auxquels doit faire face aujourd’hui le continent africain: syncrétisme, mission, développement, inculturation, apprentissage des droits de
l’homme, de la démocratie, de la gestion des richesses et du pouvoir.
Non au fatalisme
Aujourd’hui, à l’instar de nombreux autres pays du continent africain,
la situation économique du Cameroun est "catastrophique", selon l’archevêque de Yaoundé, étant donné la baisse du prix des matières premières, la
corruption, l’endettement et la pléthore de fonctionnaires. Face à cette
réalité peu réjouissante, Mgr Zoa affirme qu’il faut réagir contre le fatalisme "qui finit par voir dans le sous-développement un système normal".
Pour le prélat camerounais, "l’Evangile suppose le développement; les chrétiens doivent créer les conditions de sa prise en charge par l’Afrique elle-même. Un développement qui est "fruit de la foi en un Dieu créateur,
responsabilisant et personnel", qui mobilise chacun contre la maladie,
l’ignorance et la misère et qui soit au service de la dignité de l’homme.
Dans ce mouvement, l’Eglise du Cameroun doit s’interroger sur la perception et le rôle du laïc. "Depuis cent ans, notre Eglise n’a pas encore compris le sens et la nécessité du laïcat. Elle n’a pas saisi les tâches
d’initiation à la vie militante: "Si beaucoup de chrétiens sont à la tête
d’Etats, ils n’ont pas du tout des réactions de responsables, ils défendent
leur pouvoir!"
Eduquer les consciences
L’archevêque de Yaoundé constate un vide à ce niveau-là: il faut initier
les chrétiens africains à la liberté, à la démocratie, à l’économie, à la
politique, afin de promouvoir un laïcat authentique et véritable. Les chrétiens doivent aussi apprendre à distinguer entre ce qui leur appartient et
ce qui appartient à la communauté et ne pas perdre le lien qui existe entre
argent et travail. Refus donc de "l’argent facile" qui corrompt, illustré à
satiété par l’exemple du maréchal Mobutu. Selon Mgr Zoa, c’est une éducation des consciences dont l’Afrique a besoin en ce domaine, "l’un des besoins fondamentaux de l’Afrique aujourd’hui".
Au plan religieux, Mgr Zoa estime qu’il faut éviter le syncrétisme entre
la foi chrétienne et le culte des ancêtres. Pour cela, il faut évangéliser
le sentiment religieux en Afrique et "resituer les sacrements face aux coutumes", dont beaucoup comme la dot et l’habitude des fêtes grandioses, bloquent l’évolution de la société. Comme la superstition du reste: "l’Afrique
aujourd’hui a plus besoin de spécialistes et de scientifiques que de marabouts!". Dimanche, Mgr Zoa a présidé la messe de 10h à la cathédrale de
Sion en compagnie de Mgr Agré, évêque de Yamoussoukro, en Côte d’Ivoire, et
de Mgr Salina, Evêque-Abbé de St-Maurice et président du Conseil de fondation de l’Action de Carême. (apic/be)
Encadré
Mgr Zoa est archevêque de Yaoundé, capitale du Cameroun, un pays d’Afrique
de l’Ouest, sur le Golfe de Guinée, d’une superficie de quelque 475’000
km2. Sur 12 millions d’habitants, le pays compte 5 millions de chrétiens,
catholiques et protestants, et entre 500’000 et un million de musulmans.
200 ethnies, 200 langues et 70 partis politiques font du Cameroun une
véritable mosaïque culturelle. Indépendant depuis 1960, le Cameroun a connu
près de trois décennies de dictature (A. Ahidjo à la présidence durant 22
ans, auquel a succédé Paul Biya). Une dictature "acceptée par tous", estime
Mgr Zoa, avant que le pays ne commence, il y a trois ans, sa marche vers la
démocratie. (apic/cor/be)