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    Synode sur la synodalité Les conclusions du processus synodal attendues prochainement
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    Son mandat

    Sida/Genève, pasteure Dominique Roulin

    Je suis en Suisse depuis 1987 comme pasteure. Je travaillais en France

    avant. J’ai été dès le début sollicité par les malades du sida, des jeunes

    étudiants, puisque je travaille en milieu étudiant ici, pour un accompagnement dans le domaine du sida. Face à ces demandes, j’ai interpellé l’Eglise

    nationale protestante de Genève en disant "Qu’est-ce qu’on fait". L’Eglise,

    qui commençait alors une réflexion sur le Sida, nomma une Commission spéciale, dont je faisais partie, pour faire un rapport pour le consistoire

    sur la question du Sida. Pour voir un peu quelle position prenait l’Eglise

    protestante de Genève sur le sida. Suite à ce rapport, qui a été voté au

    Consistoire, qui disait notamment que la maladie n’était pas une punition

    de Dieu, mais que c’était un virus; qu’il fallait accueillir, écouter et

    accompagné les gens, j’ai denouveau demandé au Consistoire ce que cela voulait dire au niveau de la pratique. L’an dernier, à l’unanimité, le Consistoire a voté un mandat pour un pasteur à mi-temps pendant trois. Ce que

    nous appelons les postes à mission temporaire. Pendant trois ans, je suis

    nommé à mi-temps dans le domaine du sida. Deux lignes directrices dans mon

    travail: l’accompagnement et le soutien des malades et de leur famille;

    formation et information à l’intérieur de l’Eglise et aussi à l’extérieur

    de l’Eglise dans la mesure où je peux aller parler des questions éthiques

    que soulèvent le sida... dans les collèges, les foyers d’étudiants...

    Formation?

    Il y a une formation qui a été mise sur pied dans l’Eglise de Genève

    pour tous les ministres, pasteurs et diacres, sur le sida durant trois

    après-mid par semaine. Aller dans les conseils de paroisse, dans les paroisses, dans les groupes de jeunes pour donner l’information pour qu’eux

    mêmes deviennent des relais par rapport aux autres.

    Parisienne d’origine, âgée de 33 ans. L’autre mi-temps? Je suis directrice du Centre universitaire protestant (CUP), qui est un foyer d’étudiant: 65 personnes y habitent en prvenance d’une trentaine de pays du monde... Je m’occupe de la gestion et de l’animation de ce lieu. Ce deuxième

    mi-temps m’oblige à sortir du milieu du sida car on est vite englouti et

    c’est très difficile comme travail et cela me donne une implication dans un

    monde de jeune, pas forcément touché par le sida, mais qui peut l’être et

    qui est très concerné.

    Votre formation de pasteure... et parallèlement, vous avez souvi une

    formation spéciale pour s’occuper des jeunes et des sidéens?

    Pour le sida, je me suis formé sur le terrain à travers tout le réseau

    social et médical qui existe à Genève, puis aussi en suivant des journées

    de formation organisée par sur la question en France ou en Suisse. Dans mon

    parcours, j’ai été formé, au niveau des jeunes, depuis longtemps parce

    qu’avant je travaillais à Paris dans un foyer protestant qui lui trtavaillait en milieu populaire. Là déjà, j’avais été en contact avec la drogue et

    avec le sida. Mais c’était le tout début. J’avais commencé à me former,

    mais j’ai toujours eu cette sensibilité là. Ma formation théologique était

    empreinte d’une certaine sensibilité d’engagement et de service auprès des

    gens ...

    Déclic, à un moment, et quel cheminement pour votre choix.

    Je ne suis pas sur d’avoir complètement choisi moi. Pour prendre un langage très pastoral ou très ecclésial, je dirais qu’à un moment je me suis

    sentie appelée. J’ai toujour eu une vocation de vouloir m’engager auprès de

    gens défavorisés, les adolescents ou le milieu d’immigré à Paris. Et lorsque je suis arrivée à Genève, j’arrivais dans un milieu d’étudiants tout-àfait différent, un milieu assez privilégié, assez de facilité, mais qui a

    en même temps beaucoup de problèmes.

    Un jeune étudiant haïtien se trouvait au CUP pendant un certain temps

    jusqu’au moment de son décès. il avait le sida. Il m’a demandé de l’accompagner. Et là ce fut vraiment le déclic, parce que j’ai vécu avec lui l’accompagnement jusqu’à la mort. Il m’a fait prendre conscince d’un tas de

    choses, aussi sur moi, sur mes peurs, sur mes angoisses, le sida comme il

    s’attrape, comment il ne s’attrape pas... Qu’est-ce que je pouvais faire.

    J’ai un certain charisme, il croche avec ce genre de personnes... alors je

    fonce.

    Par rapport à Paris, où les gens sont plus anonymes et où les associations travaillent à grand échelle, Genève à un avantage: c’est une petite

    ville, les gens se connaissent, donc un réseau social peut vite et bien

    fonctionner. Et dans le domaine du sida, ce réseau est très performant. A

    Genève: L’Association "Groupe sida", qui coordonne toutes les activités sur

    le sida au niveau genevois - je fais partie du comité -; etc. On fait appel

    les uns aux autres si besoin.

    Un cas unique en Suisse, votre ministère? C’est une première en Suisse

    romande. En Suisse alémanique, il y a un pasteur sida à Zurich. Une équipe,

    catholique et protestante. Pasteur Heiko Sovel.

    Collaboration des autres Eglises, et notamment catholique? Payée par les

    protestants genevois. Sur le terrain, on ne fait pas de différence au niveau confessionnel. Il ne s’agit pas de demander si ils sont catholiques,

    juifs, musulmans ou protestant. Au niveau des Eglise, la position de

    l’Eglise catholique est assez difficiele à comprendre. Il n’a a pas de position officielle., mais il y a une collaboration avec certains prêtres qui

    sont sur le terrain, cela inoficiellement.

    L’Eglise catholique a été approchée pour une éventuelle collaboration?

    Non, mais c’est une chose que l’Eglise nationale protestante fera. A cause

    de ce ministère que j’ai et des problèmes que je rencontre, on pourra questionner et interroger l’Eglise catholique en disant "mais qu’est-ce que

    vous faites dans la mesure où mil y a cette demande dans le terrain. A Genève, un prêtre, très connu et qui intervient. Il n’est pas renié par sa

    hiérarchie.

    En quoi consiste précisémment votre travail?

    La plupart du temps, parce que je suis pasteur et que je ne suis pas

    phisiothérapeute, assistante sociale, médecin, etc, j’offre la possibilité

    d’un partage et d’une écoute autre. Quand on vient me voir, il n’y a pas un

    objectif "Je viens te voir pour me guérir", pour ceci ou pour cela. Je

    viens pour partager ce que je suis en train de vivre en gaité ou en tristese, en joie ou en pleure. Et ça c’est très important. Et puis il y a toutes

    les questions spirituelles qui jaillissent parce qu’on est confronté à la

    maladie qui est mortelle et que, quand on a 25 ans et qu’on apprend qu’on a

    une échéance de vie très rapprochée, il y a des questions qui rejaillissent, même chez des gens qui n’ont pas un itinéraire spécial pour rejeter

    la foi. Que fait-on de ces questions existentielles. J’offre un espace pour

    pouvoir discuter, partager ces questions là, et puis aussi, lorsque la maladie est très avancée, pour faire une préparation par rapport à la mort,

    Pour essayer aussi de faire en sorte que la fin se passe le mieux possible.Pour les personnes concernées, mais aussi pour l’entourage. C’est important de se préparer... pas d’accélérer le processus, forcément, mais de

    se dire "j’aurais certaines affaires... j’essaie d’être en paix avec moimême. C’est toujours mieux si on part plus tranquillement que si on part

    angoissé.

    Difficile, cette approche avec des gens qui savent qu’ils vont mourir à

    plus ou moins long terme? Comment se passe le dialogue?

    C’est tellement varié. J’ai en mémoire deux personnes décédées récemment. L’une était un jeune homme qui avait beaucoup d’amis et un réseau

    d’amitié, très entouré. Et qui ne parlait avec moi que de la mort. Il savait que j’étais la seule personne avec qui il pouvait en parler sans tabou

    sans rien. On avait surtout des échanges téléphonques.. Mais il m’appelait

    lorsque ça n’allait pas. Il me diaait j’en ai marre, je veux arrêté tout de

    suite, qu’est-ce que je peux faire, je veux partir tout de suite, je veux

    plus de sondes. ça suffit, je veux plus. On en discutait... une fois que la

    discution était faite et qu’on avait parlé de cela, il me rappelait le lendemain pour me dire qu’il avait changé d’avis. L’autre avec une jeune femme

    qui en parlais jamais et que je voyais régulièrement. Un femme que j’ai

    suivi prsque quotidiennement et qui, lors d’une de ces hospitalisation m’a

    dit, en éclatant en sanglot: "J’ai peur, peur de cela, je ne veux pas qu’on

    touche à mon cerveau, je ne veux pas d’acharnement thérapeutique. Qu’est-ce

    que je peux faire, une fois que j’aurai résolu cette question là, j’irai

    mieux. On a alors fait un papier comme quoi elle ne voulait pas d’acharnement thérapeutique. Elle a vécu encore pendant quelque mois, pleine de joie

    de vivre.

    Qu’est-ce qui viennent chercher chez vous?

    L’écoute... la compréhension. La pluspart du temps, eux et elles me disent, c’est d’avoir vraiment l’impression que je comprends. Ils viennent

    vous voir délibérement, vous contacter? La plupart... à 90% ce sont eux qui

    viennent. Quelque fois je suis appelé par une association ou par une assistante sociale ou un médecin.

    Comment les malades supportent leur maladie? Il n’y a pas de réponse unique: autant il y a de personnes atteintes, autant il y a de façons de vivre le sida différemment. Ce qui est certain: il y a toujours une phase de

    rejet de cette maladie quand on l’apprend. Quand on apprend sa séropositivité, il y a souvent une phase de rejet, une négation... non, non,c’est pas

    possible, plus ou moins longue suivant les personnes, de plusieurs années

    même. J’ai quelqu’un qui vient me voir, il a nié pendant deux ans complètement. Une période durant laquelle il n’en avait parlé à personne. Dès le

    moment ou il avait appris sa maladie. Une négation totale. Et après, il y a

    une phase d’acceptation. Et une fois qu’on l’a accepté, que cela fait partie de sa vie, il faut bien vivre avec. Il faut alors trouver comment vivre

    avec.

    Quand le sida se déclare, c’est à nouveau le même cheminement. On a accepté sa séropositivité.... sans être malade. Et d’un seul coup on tombe

    malade. Il faut refaire tout le même procédé. Avec la même phase de négatio, la même phase d’acceptation, même si on peut monnayer un espoir.

    Il n’y a pour l’instant pas d’espoir de guérison dans le sidan. Aucun.

    Pas de lassitude, pas de découragement, pour vous par rapport à cette

    évidence?

    Si je connaissais la lassitude ou le découragement, j’arrêterais. Je reçois énormément des gens qui viennent me voir. Je reçois autant que je donne. Je reçois énormément car les questions qui se posent sont aussi des

    questions qu’on doit se poser, que tout un chacun doit se poser dans sa

    vie. Une part de mon travail est aussi que les questions soient retransmises dans les Eglises et ailleurs pour se dire "posons nous aussi la question de savoir qu’est-ce qu’on fait de notre vie. Qu’est-ce qu’on chosi de

    prioritaire dans notre vie. Qu’est-ce qu’on a envie. Des questions qu’on ne

    se pose pas car on se dit qu’après tout... si je suis pas content de ce que

    je fais maintenant, j’ai l’espoir que cela change un jour. J’imagine que je

    veux vivre 50 ans, ou plus. Quand on a une maladie qui est mortelle, on ne

    peut pas avoir ce raisonnement. S’il m’arrive d’être fatigué, c’est parce

    qu’émotionnelement je suis touché. Chaque personne que j’accompagne, c’est

    quelqu’un avec qui je partage tellement de choses et lorsqu’elle disparaît,

    cette personne, cela me touche. C’est un nouveau deuil à chaque fois.

    Différence au niveau de l’information, par rapport à avant? Les gens acceptent mieux cette maladie, une peur qui diminue, par rapport à l’angoisse

    que suscitait le mot sida?

    J’aimerais pouvoir dire oui. Je ne suius pas sur que cela soit aussi

    vrai que cela. Il y a toujours une peur, une angoisse. Tant qu’on a pas

    rencontré des gens concernés, on a toujours cette angoisse parce qu’on a

    pas partagé quelque chose de pas vécu. Je pense que ce qui a changé, c’est

    que les personnes elles-mêmes concernées, se sont rendue compte qu’il fallait qu’elles témoignent et qu’elles se rendent public pour que les choses

    puissent changer. Et que la prévention, simplement par le fait de dire meetz un préservatif, changez votre comportement, etc, cela ne suffisait pas.

    Mais la proximité avec les gens touchés offre une prévention beaucoup plus

    importante. Et je crois que ça les gens concernés l’ont compris, en tout

    cas sur l’Europe. Les gens acceptent maintenant de témoigner et d’aller

    dans les lieux. Ca ça change beaucoup, et ça enlève la peur. Chaque fois

    que je vais parler du sida, j’ai toujours une personne concernée avec moi.

    Si vous avez en face de vous des gens qui ont le sida, il y a des choses

    qui vont se passer dans cette proximité et il y va être de l’ordre du vécu

    d’une xpérience. Rien n’a peut-être changé dans la mentalité des gens, mais

    comme les gens concernés commencent à comprendre l’importance de leur témoignage, alos c’est en train de changer. Et plus on ira dans ce sens là,

    et plus ça changera. Il ne s’agit pas de banaliser le sida - c’est pas banal comme maladie -, mais de le remettre à sa place: c’est-à-dire de dire

    que c’est qu’une maladie et que même si on a le sida, on peut vivre, même

    si le temps est limité.

    Des contacts, avec les familles des malades et quels genres de contacts?

    Vous êtes chargé par le malade de mettre au courant une famille? Cela

    m’est arrivé. La question de dire ou de ne pas dire sa maladie représente

    souvent un problème. Mais je crois que la plupart du gros problème, c’est

    de le dire à sa mère, à ces parents, mais surtout à sa mère... Moi, je ne

    le dit jamais à la place des gens. Je fais toujours un travail avec les

    gens concernés pour qu’ils trouvent le moment, le temps où c’est le mieux

    pour eux de le dire. Il y a un moment où la vie n’est plus possible sans le

    dire. On travail la dessus: si tu ne le dis pas, comment tu vas vivre, et

    si tu le dis, qu’est-ce que ça change. Chaqun fait petit à petit et à son

    rythme sa démarche. Et chaze fois que c’est dit, la plupart du temps, c’est

    bien accepté. Il y a néanmoins des familles qui rejettent comlpètement leur

    enfant, car ils apprennent l’homosexualité de leur gosse ou la drogue... et

    c’est cela qui leur est insuportable. Il y a parfois des coupures qui sont

    radicales.

    Je rencontre les familles la plupart du temps au moment du décès. Lorsque c’est vraiment la fin. Et c’est un travail de deuil et d’accompagnement

    qu’il faut faire. Les services funèbres... mais j’assure toujours un suivi

    après.

    Avec les familles ou les amis des décédés. J’essaie aussi de trouver des

    relais aussi.

    Lorsque les familles ont coupé les ponts... coment les malades l’acceptent... Il est arrivé qu’on rétablisse des ponts coupés. Mais la plupart du

    temps, c’est impossible, et la souffrance est totale pour la personne qui

    se sait malade et qui va partir, de devoir partir comme un chien abandonné.

    Il faut alors trouver d’autres amis, d’autres familles de subsitution. En

    fait, c’est pas la peine de recréer à tout prix un contact qui sera faux,

    si c’est pour se blesser encore plus.

    Les familles, mais aussi le milieu professionnel?

    Alors là c’est très variable. Généralement, la plus part du temps les

    gens ne le disent pas dans le milieu professionnel. Mais dit-on toujours

    dans ce milieu ce qui concerne sa vie privée? Est-ce important qu’il sache

    que l’employé est malade du sida? Certains malades disent à juste titre

    qu’ils le disent à des amis, parce que le dire, cela implique qu’on va partager quelque chose de soi dans l’intimité, tandis qu’avec des collègues de

    travail, on a pas toujours cette intimité, cette communication. Et cela

    évite la plupart du temps une discrimination... il y en a bien assez comme

    ça.

    Attitudes des Eglises face au sida

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