Sicile: Jean Paul II sur les terres de la mafia
Palerme, 9mai(APIC) Le pape Jean Paul II a appelé samedi à Trapani les
Siciliens à briser les chaînes ancestrales de la haine et de la vengeance.
Son voyage du 8 au 10 mai dans le sud de l’île avec des étapes dans les
ports de Trapani et d’Agrigente, ainsi qu’à Erice, Mazara del Vallo et Caltanisetta aura été centré entre autres sur la lutte contre la mafia.
Cette visite de Jean Paul II a vu ressurgir les polémiques à propos de
ce que la presse italienne appelle ’l’éveil tardif de l’Eglise sicilienne’,
accusée comme d’autres secteurs de la société de l’île, de ne pas avoir reconnu assez tôt que la mafia n’était pas le meilleur moyen de défendre la
spécificité sicilienne face à un Etat italien jugé centralisateur et accapareur. Jeudi dernier, "L’Osservatore romano" a publié une lettre ouverte
de la veuve du juge Paolo Borsellino, assassiné l’an dernier. Agnese Borsellino disait attendre du pape des indications pour de nouveaux engagements, et prier pour que "l’Eglise qui est en Sicile présente toujours de
façon cohérente le message chrétien dans ses idéaux fondamentaux et dans
les personnes qui doivent en être les pasteurs, les guides et les témoins
peu complaisants, disposés à prendre des risques pour ne pas compromettre
par la moindre collusion l’authenticité de l’enseignement du Christ".
"Je viens vous annoncez l’espérance" a dit le pape à son arrivée à Trapani, faisant ainsi écho à la lettre de Mme Borsellino. "Quand on enseigne
la loi de l’amour, la charité surnaturelle brise les chaînes ancestrales de
la haine et de la vengeance." Le pape a demandé aux Siciliens d’être conscients des conditions sociales et culturelles qui aujourd’hui portent atteinte, quelquefois subrepticement, à l’intégrité et à la pureté de la vie
chrétienne. Et d’ajouter: "Lorsque le mensonge se répand au point de devenir une expression de la vie collective, survient ce péché social qui, prenant possession des organismes et des stuctures, déchaîne des puissances
oppressives et occultes terribles. Nous avons alors ces formes de criminalité organisée qui mortifient et brisent les consciences, ôtent la sérénité
et humilient l’espérance chez tous. C’est à ces défis violents et mafieux
que votre engagement de foi doit répondre avec un humble courage."
L’indispensable dialogue science - foi
Visitant à Erice le Centre d’études et de congrès Ettore Miorana, du nom
d’un des pères de la bombe atomique italienne, Jean Paul II a réaffirmé que
le dialogue entre la science et la foi n’est pas seulement possible mais
indispensable. Il s’est engagé à éliminer les obstacles qui pourraient encore en empêcher la croissance constante. Jean Paul II a également commenté
les paroles inscrites sur des plaques de bronzes inaugurées à l’occasion de
sa visite. "La science et la foi sont toutes les deux des dons de Dieu",
affirme la première. En disant cela, "on indique la raison la plus profonde
qui les (la science et la foi ndlr) appelle à établir un rapport constructif et cordial: Dieu fondement commun des deux, Dieu, raison ultime de cette logique de la création explorée par la science et source de la révélation par laquelle il se donne librement à l’homme (...) L’Eglise reconnaît
sans hésitation que tout progrès scientifique authentique, et donc aussi
tout progrès technologique, qui soit vraiment au service du bien-être intégral de l’homme, doit être considéré comme un don inestimable de Dieu."
Le texte de la seconde plaque de bronze dit: "Comme au temps des lances
et des épées, ce qui tue aujourd’hui, au temps des missiles, avant les armes, c’est le coeur de l’homme." Commentaire de Jean Paul II: "Il faut reconnaître qu’un telle distinction facile en théorie , est plus difficile
dans la pratique, car dans la vie concrête, la recherche scientitique et la
technologie sont liées de par leur nature."
Se félicitant de l’activité du Centre au service des chercheurs du tiers
monde, Jean Paul II a également fdénoncé les inégalités croissantes qui
"provoquent une nouvelle guerre froide entre le Nord et le Sud de la planète".
Entre Europe et monde arabe
A Mazara del Vallo, le pape a rappelé que la ville est un carrefour entre la civilisation européenne et chrétienne et la civilisation arabe et
musulmane où se vit en permanence le défi de la tolérance et du dialogue.
Cette ville détient en effet, à cause de l’immigration africaine, le record
de la proportion des étrangers par rapport à la population autochtone. Ce
qui implique des problèmes sociaux délicats, surtout dans le domaine du
travail. "Seule la lumière de la conscience et de la loi morale permet de
trouver des solutions équitables aux questions graves que l’on rencontre
dans la vie de chaque jour et dans l’organisation de la société." S’adressant au clergé, Jean Paul II est revenu sur la question de la mafia. "Votre
ministère n’est certainement pas facile et se trouve quelquefois devoir
faire face à une mentalité mafieuse qui inspire des attitudes qui défient
fortement votre activité pastorale. Prenant note de tout ce que l’épiscopat
et le clergé siciliens ont fait pour guérir cette île de la plaie mafieuse,
je vous exhorte tous à persévérer avec une confiance renouvelée dans cet
engagement dont l’importance est vitale pour le futur de toute la communauté." (apic/cip/mp)