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    "Si Bush bombarde l’Afghanistan, nous payerons un prix très élevé!" lancent en chœur les journaliste

    Sur les 125 millions d’habitants que compte le Bangladesh, seuls 0,3% sont chrétiens, toutes confessions confondues. Ils sont donc une cible toute désignée pour les fondamentalistes musulmans qui tirent profit des menaces américaines contre l’Afghanistan, lance Rosaline Costa, qui anime dans la capitale Dhaka la publication "Hotline Newsletter". La militante des droits de l’homme est une routinière des réunions de l’UCIP, l’Union catholique internationale de la presse, une organisation dont le siège est à Genève. Cette année, Rosaline a failli manquer à l’appel: agressée l’an dernier par des islamistes, elle n’est pas encore bien remise de son col du fémur brisé.

    Vers une "talibanisation" de toute la région

    La militante précise que les fondamentalistes du parti Jamaat-e-Islami mobilisent pour les élections du 1er octobre. Aidés par l’"effet Bush", ils comptent marginaliser la tendance laïque emmenée par la Ligue Awami, le parti de cheikh Mujibur Rahman, artisan de l’indépendance et premier président du Bangladesh assassiné en 1976. Les ONG incitent quasiment toutes à voter pour un gouvernement séculier, de peur de l’instauration d’une "République islamique" et d’une "talibanisation" rampante du pays.

    Les ONG, même les musulmanes, sont toutes considérées comme "chrétiennes", car elles reçoivent des financements de l’Occident. La mentalité des fondamentalistes est telle qu’ils ont coupé et déraciné il y a quelques années des millions d’arbres le long des routes parce que plantés justement par de telles ONG. Ces projets environnementaux réalisés essentiellement par des femmes ont été réduits à néant, sous prétexte que ces jeunes arbres allaient plus tard "christianiser" tout le pays par les mouvements d’air qu’ils génèrent. "La mentalité est à ce point primitive...", déplore Rosaline Costa.

    Un bombardement américain, coup de pouce aux islamistes

    L’année dernière encore, les islamistes s’en sont pris même aux grandes ONG, brûlant leurs bureaux, menaçant leurs membres, les accusant d’être à la solde de l’Occident. "Nous vivons sur un baril de poudre. En cas de bombardement américain, ils s’en prendront à nous à nouveau. Ce sera aussi un coup de pouce aux fondamentalistes pour les prochaines élections. Avec les conséquences que l’on connaît pour les intellectuels, les musulmans libéraux, la société civile, les minorités chrétiennes, bouddhistes, hindoues et tribales..."

    Rosaline Costa considère l’utilisation du mot "croisade" par le président Bush comme très dangereux pour les populations de la région, car il vise l’ensemble de la communauté musulmane: "On en peut pas blâmer tous les musulmans, car au Bangladesh, 95% des musulmans sont modérés; nous cohabitons avec eux depuis des siècles. Mais si les Américains interviennent massivement dans la région, nous serons tous en danger, car les musulmans considéreront que tous les musulmans sont agressés."

    Réactiver le dialogue islamo-chrétien au Pakistan pour éviter le pire

    Directeur de la Commission nationale "Justice et Paix" de la Conférence des évêques catholiques du Pakistan à Faisalabad, le Père Khalid Rashid Asi affirme que les chrétiens du pays vivent désormais dans la peur. Solidaires de l’Afghanistan, les fondamentalistes, qui les considèrent comme des "étrangers", les ont menacés de mort en cas d’attaque.

    Pour éviter le pire - les menaces américaines ont radicalisé une situation déjà volatile - l’Eglise a réactivé les commissions de dialogue entre chrétiens et musulmans sous l’égide de l’évêque de Faisalabad, Mgr Joseph Coutts. Les évêques catholiques et les autres leaders chrétiens (ils représentent 5% des 148 millions de Pakistanais) ont condamné les attentats terroristes visant les Etats-Unis et invité à une journée de prière.

    Si les leaders musulmans modérés ont également dénoncé les attaques, les extrémistes ont menacé de brûler des églises, les écoles et les hôpitaux chrétiens en cas d’attaque américaine ou de participation de leur gouvernement à la chasse au terroriste présumé Oussama Ben Laden. La police pakistanaise a renforcé la surveillance des édifices religieux chrétiens. La violence contre les chrétiens pakistanais est leur "pain quotidien", pourtant leur situation s’est brutalement aggravée, car les fondamentalistes accusent désormais les chrétiens d’être financés par les Américains. (apic/be)

    Centre catholique des médias Cath-Info

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