Séville: 4ème voyage de Jean Paul II en Espagne (130693)
Séville, 13juin(APIC) Le pape Jean Paul II, au cours d’une messe solennelle sur le "Campo de Feria" de Séville, à laquelle ont participé 1’400
prêtres et évêques et plusieurs centaines de milliers de fidèles, a clôturé
dimanche le 45e Congrès eucharistique international, organisé à l’occasion
du Ve centenaire de l’évangélisation de l’Amérique. Arrivé la veille à Séville, "porte du Nouveau Monde", pour sa 4e visite pastorale en Espagne qui
s’achèvera mercredi à Madrid, le pape a été accueilli à l’aéroport par le
roi d’Espagne Juan Carlos, les autorités civiles et les évêques espagnols.
La raison première de cette nouvelle visite était la participation à la
clôture du Congrès eucharistique de Séville, qui veut confirmer l’élan de
la nouvelle évangélisation engagée par l’Eglise depuis une décennie. Lors
de son homélie de dimanche, après avoir rappelé plusieurs aspects de la
spiritualité eucharistique, Jean Paul II a souligné qu’il ne peut y avoir
d’intercommunion tant qu’il n’y a pas pleine unité ecclésiale dans la foi.
Pas d’intercommunion avant la pleine unité de l’Eglise
"Dans cette célébration solennelle du Congrès eucharistique, a notamment
déclaré le pape, j’ai à l’esprit spécialement tant d’autres frères d’autres
Eglises chrétiennes qui désirent recevoir la sainte Eucharistie; l’Eglise
connaît bien tout ce qui, en vertu du baptême, nous unit à ces frères bienaimés, mais elle sait aussi que la communion eucharistique est un signe de
la pleine unité ecclésiale dans la foi". Jean Paul II "prie instamment le
Seigneur pour que le jour tant attendu arrive, dans lequel, unanimes dans
la foi, nous puissions participer tous ensemble au festin eucharistique".
Lien indissociable entre l’Eucharistie et la justice sociale
Le pape a évoqué ensuite le lien indissociable entre l’Eucharistie et la
justice, en déplorant que le monde soit marqué par tant d’injustices: "cette situation s’oppose à l’idéal de la ’koinonia’ ou communion de vie et
d’amour". Saint Paul, a-t-il poursuivi, nous rappelle que le fait de manger
le corps du Christ dans la division et dans la discrimination est une contradiction inacceptable. "On ne peut guère recevoir le corps du Christ et
se sentir éloignés de ceux qui ont faim et soif, sont exploités ou étrangers, sont en prison ou malades".
Samedi, dans un premier discours prononcé à l’aéroport de Séville, Jean
Paul II avait tenu à saluer et à défendre l’action évangélisatrice de l’Espagne dans le Nouveau Monde. "Aucun lieu de la Péninsule ibérique, a déclaré le Souverain pontife, n’est mieux adapté pour proclamer au monde que
l’amour du Christ dans l’Eucharistie est un phare qui illumine la vie et
l’histoire des générations, des peuples, des continents. C’est ce dont témoigne cette pléiade de missionnaires espagnols (...) qui ont ouvert à la
foi chrétienne de nouveaux et larges horizons". Auparavant, le roi d’Espagne, saluant Jean Paul II, avait déclaré que le monde a plus que jamais besoin de l’engagement du pape pour la paix.
Rappelant le Pavillon du Saint-Siège à l’Exposition universelle de Séville l’an dernier, Jean Paul II a souligné qu’il devait "faire connaître
la dimension évangélisatrice d’une réalité vivante et féconde, dont le centre se trouvait en Espagne il y a 500 ans, et qui, de nos jours, à la fin
du XXe siècle, se perpétue avec une vitalité et un dynamisme renouvelés".
Nécessité d’une nouvelle évangélisation
Dans une Espagne de plus en plus sécularisée, où ces dernières années
les vocations et la pratique religieuse ont chuté de manière très nette et
où l’Eglise a encore du mal à s’adapter à une société laïque et pluraliste,
le pape a déclaré venir comme "pèlerin de l’amour et de l’espérance". Au
cours de l’adoration eucharistique, Jean Paul II a insisté sur le lien entre l’eucharistie et la nouvelle évangélisation. "Dieu veuille, a-t-il dit,
que de l’intimité avec le Christ Eucharistie, on voie naître beaucoup de
vocations d’apôtres, de missionnaires, pour apporter l’Evangile du salut
jusqu’aux confins de la terre".
Le pape a demandé aux prêtres et aux religieux espagnols d’être, comme
en d’autres temps, disponibles pour servir fraternellement les Eglises
soeurs d’Amérique latine "dans la tâche urgente de l’évangélisation selon
l’esprit et les réflexions de la 4e Conférence générale de l’épiscopat latino-américain tenue à Saint-Domingue en octobre dernier". Jean Paul II a
encore rappelé l’importance, dans la société actuelle, "toujours plus sécularisée", de promouvoir le renouveau de la célébration eucharistique dominicale et l’expérience chrétienne du dimanche, "pour créer un monde meilleur, plus riche en valeurs morales, plus solidaire et moins axé sur la
consommation".
Dimanche après-midi, dans la Cour des Orangers de la cathédrale, le pape
a rencontré les délégués nationaux qui ont participé au Congrès eucharistique et a rappelé à nouveau le lien entre l’Eucharistie et la promotion de
la dignité inaliénable de tout homme, de la justice, de la paix et de la
concorde, "pour que tous soient réellement unis dans l’amour du Christ". En
fin de journée, le pape s’est rendu à Dos Hermanas, près de Séville, pour
inaugurer une oeuvre sociale du Congrès eucharistique. Il a déclaré que
l’on ne peut pas fermer les yeux devant les graves problèmes sociaux d’aujourd’hui. Il a finalement exhorté les travailleurs et les entrepreneurs à
une solidarité réelle et à "mettre la personne humaine avec sa dignité et
ses droits au-dessus des égoïsmes d’intérêts sectoriaux". (apic/cic/sv/be)
Encadré
Congrès eucharistiques internationaux: une longue tradition
Les Congrès eucharistiques sont nés à la fin du siècle passé, fruits de
l’initiative d’une laïque, Emilie Tamisier (1834-1910), et du Père Antoine
Chevrier (1826-1879), fondateur de l’Institut du Prado à Lyon. Cette initiative se situe dans un courant spirituel très actif, fondé sur l’adoration de la personne du Christ présent sous les apparences de l’hostie pour
renouveler sur l’autel l’unique sacrifice du calvaire et se donner tout entier en nourriture spirituelle aux hommes.
La grande intuition, dans le contexte de l’époque, était de favoriser la
rénovation sociale par l’eucharistie. Le premier Congrès eucharistique international a eu lieu à Lille en 1881. Les derniers se sont déroulés à
Lourdes en 1981 (le pape, victime d’un attentat, ne put y participer), à
Nairobi en 1986, à Séoul en 1989. Le Congrès eucharistique international de
Séville, cette année, est intitulé "Le Christ, Lumière des peuples". Les
précédents Congrès de ce type tenus en Espagne eurent lieu à Madrid en 1911
et à Barcelone en 1952. (apic/be)