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    Objectif: récolter plus d’un million de signatures

    Sénégal: Un mouvement intégriste musulman lance une campagne contre la laïcité

    Dakar, 24 octobre 2000 (APIC) Un mouvement islamiste sénégalais opposé au caractère laïc de l’Etat a lancé une campagne pour récolter plus d’un million de signatures dans le but d’obtenir une révision constitutionnelle. Son but: favoriser l’islamisation du Sénégal en changeant la Constitution laïque. Les militants islamistes viennent de créer à Dakar un "Groupe d’Initiative Populaire pour un Référendum sur l’Application de la Loi Islamique au Sénégal" (GIPRALIS).

    Mohamed Niang, coordonateur du groupe, a qualifié de "Constitution judéo-chrétienne" la loi fondamentale en vigueur actuellement au Sénégal. Selon lui, celle-ci est d’inspiration française. Or, a-t-il ajouté, la France a vécu un référendum constitutionnel de ce type avec le passage de la IVème à la Vème République, en 1958. "Nous ne voyons donc pas pourquoi le Sénégal ne le peut pas sur une question aussi importante que la laïcité", a-t-il souligné, estimant que l’Etat sénégalais, officiellement laïc, n’est pas neutre dans les questions religieuses.

    La religion écartée de la sphère politique

    A ses yeux, l’Etat accorde trop de faveurs aux chrétiens qui ne représentent qu’environ le 4% de la population totale du pays, estimée à 9,5 millions d’habitants. Il cite en exemple le Code de la famille, plus proche de la religion chrétienne que de la musulmane, alors que les musulmans sont le groupe religieux le plus important du pays. Mohamed Niang affirme que la politique religieuse de l’Etat sénégalais repose sur un système d’exclusion qui écarte la religion de la sphère politique et la confine à un rang inférieur.

    Une large partie de la population sénégalaise souhaite l’organisation du référendum constitutionnel sur la laïcité, insiste M. Niang, relevant que cette question se posera tôt ou tard. "Que le Sénégal soit si laïc au point d’en faire la disposition numéro 1 de notre Constitution devrait émaner logiquement d’une consultation populaire préalable", a-t-il poursuivi, tout en affirmant que son mouvement est soutenu par les grandes confréries islamiques du pays qui "prient pour la réussite de la pétition".

    Montée des tendances islamistes

    Le GIPRALIS envisage de déposer sur la table du président Abdoulaye Wade, un musulman de la puissante confrérie des mourides dont l’épouse est française, l’ensemble des signatures collectées pour l’amener, hypothèse très peu envisageable, à organiser un référendum sur la révision de la laïcité de l’Etat. Par ailleurs, un petit parti politique proche du président Wade s’est lui aussi prononcé en faveur d’une remise en cause de la neutralité de l’Etat dans les affaires religieuses.

    Dans communiqué adressé à la presse, le bureau politique du Parti pour le Progrès et la Citoyenneté (PPC) a préconisé une révision constitutionnelle pour que la notion de laïcité soit en conformité avec "nos réalités et le processus historique ayant conduit à la naissance du Sénégal". "Le président de la République devrait ainsi prêter serment devant les hommes et devant Dieu, s’il est croyant (ndlr: musulman), laissant son homologue non croyant (ndlr: chrétien) se limiter à ne prêter serment que devant les hommes", ajoute le PPC.

    Ces différentes remises en cause de l’article premier de la Constitution sénégalaise renforcent de plus en plus la position des islamistes sénégalais, tout en menaçant à terme l’équilibre religieux dans le pays. Il y a près de deux mois, l’organisation islamiste "Jamra" organisait des manifestations de rues à Dakar pour protester contre la diffusion d’images "obscènes" à la télévision nationale. (apic/ibc/be)

    Centre catholique des médias Cath-Info

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