Les évêques des sept diocèses catholiques du Sénégal ont exhorté leurs compatriotes à «faire preuve de raison, de sagesse et de civisme», dans l’intérêt du pays alors que de violentes manifestations ont suivi l’arrestation d’un opposant politique au président Macky Sall.
Les violences ont éclaté après l'arrestation, le 3 mars dernier, du principal adversaire du président Macky Sall. O. Sonko, Ousmane Sonko, arrivé troisième aux élections présidentielles de 2019.
Inculpé dans une affaire de viol présumé, à l’encontre d’une jeune employée d’un salon de beauté de Dakar, qu’il nie farouchement, il a finalement été placé le 8 mars en liberté sous contrôle judiciaire. Son arrestation a embrasé les rues de Dakar et de plusieurs grandes villes du pays, faisant au moins 5 morts selon le bilan officiel, 11 selon l’opposition.
Accusation de manœuvre politique
Pour ses partisans, cette accusation est seulement une manœuvre politique semblable à celles qui ont porté ces dernières années à l'élimination par voie judiciaire de deux autres grands rivaux du Président: Karim Wade, fils de l'ancien Président Abdoulaye Wade, et Khalifa Sall, le maire de Dakar.
Selon la ministre du Commerce et des Petites et moyennes entreprises (PME), Assome Aminata Diatta, 21 grandes et moyennes surfaces ont été saccagées et pillées. Au moins, deux d’entre elles et 12 stations-services ont été incendiées. En outre de nombreux biens publics (sous-préfectures, brigades ou poste de gendarmerie, résidences officiels), et privés dont des domiciles de personnalités et de l’avocat de la plaignante ont été incendiés. Le ministre de l’Intérieur, Félix-Antoine Diome, a accusé une main étrangère derrière ces troubles.
Dans une déclaration datée du 8 mars, les évêques ont indiqué que ces «événements graves», dans le contexte de pandémie de la Covid-19, ont montré comment le Sénégal peut «basculer dans une violence aveugle, susceptible de menacer la cohésion sociale», si la population se laisse dominer par la passion et les intérêts personnels.
Violences verbales, physiques et immorales
«La tentation de la violence se tapit en chacun de nous. Elle peut prendre différentes formes: de la violence verbale qui embrase et attise le feu, à la violence physique qui blesse et tue, jusqu’à la violence immorale qui dévie les intelligences et manipule les consciences», ont-ils rappelé.
Pour le clergé sénégalais, la «spirale de violence» dans laquelle est entrée le pays, témoigne d’une «crise profonde» au sein de la société. Cette crise, a-t-il estimé, est «un miroir de ce qui se tapit ou de ce qui sommeille en nous». Elle appelle chaque sénégalais à et à tous les niveaux, du sommet de l’État au citoyen, en passant par toutes les Institutions étatiques, les structures économiques, sociales, culturelles, religieuses, à mesurer ses responsabilités et à se ressaisir. Elle appelle aussi au respect de la vie humaine et du bien commun.
Allègement du couvre-feu
Pour calmer les esprits, le Président Macky Sall a annoncé un allègement du couvre-feu instauré pour endiguer le Covid-19 dans les régions de Dakar et de Thiès, qui frappe durement les travailleurs de l'économie informelle et a promis de rediriger les ressources financières en faveur des jeunes.
Pour le moment, une trêve précaire est en vigueur dans le pays mais de nouvelles violences sont à craindre à cause des manifestations organisées par les partisans d'Ousmane Sonko pour le 13 mars, lesquelles se sont unies sous le nom de Mouvement de défense de la démocratie. (cath.ch/ibc/fides/bh)