Séminaire à Olten: l’Etat complice de proxénétisme? (230992)
Olten, 23septembre(APIC) Le commerce des femmes existe aussi en Suisse,
dénonce une récente étude commandée par Caritas Suisse, la Ligue suisse de
femmes catholiques (SKF) et le Centre d’information pour femmes du tiersmonde (FIZ). L’Etat joue même le rôle d’une sorte de proxénète, ont affirmé
lundi les participantes à la journée d’étude mise sur pied par les trois
organisations à Olten.
L’Etat en ne protégeant pas suffisamment, par la législation du travail,
les femmes employées dans l’industrie du strip-tease en Suisse, joue un rôle de "proxénète", a expliqué Kathrin Spring auteur de l’étude intitulée
"La traîte du malheur - le trafic de femmes en Suisse". L’Etat rend ces
femmes "extrêmement dépendantes de ce commerce et s’accomode du fait que la
plupart finissent dans la prostitution". Les contrats de travail, bien que
contrôlés par les instances cantonales, ne contiennent pas de protection
contre le licenciement ni de garantie de paiement du salaire en cas de maladie, précise l’auteur. Les "danseuses" sont le plus souvent engagées pour
un mois. Si elles ne parviennent pas à faire un chiffre d’affaires suffisant en faisant boire du champagne à leurs clients, elles risquent de perdre leur travail. Selon Kathrin Spring, les contrats n’accordent aucune sécurité sociale aux "danseuses". Elles ruinent en outre leur santé en étant
souvent contraintes de boire de l’alcool avec les clients. Souvent elles
sont forcées à des mariages blancs avec des Suisses pour pouvoir continuer
leur travail, par exemple dans les salons de massage.
Mariages sur catalogue
La situation des femmes des pays pauvres proposées en mariage à des
Suisses contre du bon argent n’est guère plus enviable, estiment les organisations. Si une femme ne correspond pas aux voeux du mari ou à la description de l’agence matrimoniale: "tendre, soumise, obéissante, et zèlée",
elle en assumera seule les conséquences. Le nouveau droit matrimonial suisse prévoit que les épouses étrangères pour obtenir la nationalité suisse
doivent être mariées avec un Suisse au moins pendant trois ans. Leurs maris
les tiennent donc complètement en mains. Souvent l’argent et l’idée d’avoir
sauvé une femme de la misère donnent à l’homme un sentiment de pouvoir sur
l’épouse.
Le marché d’acquisition de femmes ne se limite plus depuis quelques
temps aux seuls pays exotiques. Des femmes d’Europe de l’Est, polonaises et
roumaines apparaissent actuellement. "Le marché exige de nouveau des peaux
blanches", commente Kathrin Spring.
Tourisme du sexe et esclavage
Ruth Gaby Vermont-Mangold, ethnologue et sociologue avait intitulé son
exposé "Le commerce des femmes: le plus audacieux commerce de l’hémisphère
sud". Ce n’est pas par hasard que ce commerce au détriment des femmes est
en mains d’Européens, d’Américains du nord ou en partie de Japonais, a-telle souligné. Les femmes qui sont amenées également en Suisse se trouvent
pour la plupart dans une situation de détresse sans issue. En Europe la
"matière première" féminine en provenance des pays défavorisés n’a aucune
chance, estime la sociologue. "Avec de mauvais trucs on fait admettre aux
femmes qu’elles n’ont aucun droit et qu’elles doivent être à disposition
sans condition". L’industrie du sexe ne craint pas non plus de "consommer
des enfants et d’abuser sexuellement d’eux". "Le tourisme du sexe est un
nouvel esclavage" affirme l’ethnologue qui met en cause la politique du FMI
qui ne laisse aucun espoir aux pays endettés. Les premières concernées sont
les femmes qui cherchent à améliorer leur situation par la prostitution,
notamment en Suisse. Ces femmes sont réduites à de simples marchandises
dans le commerce international", a-t-elle ajouté.
En fin de journée les participantes ont voté une résolution demandant
l’abolition des discriminations, notamment en changeant les autorisations
de travail comme artistes d’une durée de huit mois en autorisations de séjour annuelles; d’encourager en outre les possibilités de travail pour ces
femmes en dehors de l’industrie du sexe. (apic/gs/mp)