Entre 10 et 25 % des capitaux en fuite du tiers monde sont en Suisse
Berne, 19octobre(APIC) La part des capitaux en fuite en provenance du
tiers monde et qui trouvent refuge en Suisse se monte, selon les sources, à
10 % (d’après Hans Mast, du Crédit Suisse) voire à 25 % de la totalité (selon une étude de la firme Mc Kinsey, Zurich). Pour les organisateurs de la
semaine d’action nationale contre la fuite des capitaux, lancée lundi à
Berne, ce sont près de 50 millions de francs suisses qui arrivent en moyenne chaque jour en provenance du tiers monde.
Les organisateurs de la campagne demandent la révision de la loi d’entraide judiciaire pour l’élargir à certains délits typiques en matière de
fuite des capitaux. Il s’agit dans cette affaire de sommes considérables entre 250 et 300 milliards de francs, gérés par les banques suisses - soit
énormément plus que la Suisse offre comme crédits aux pays du tiers monde,
des sommes qui leur font défaut pour financer leur développement.
L’initiative de cette semaine nationale de sensibilisation et d’information est soutenue par plus de 150 organisations d’aide au développement,
des Eglises et divers milieux politiques et syndicaux. Lisa Schmuckli, de
l’"Action Place Financière Suisse", a affirmé à Berne que "la Suisse est la
plus importante plaque tournante pour les capitaux en fuite du tiers monde". Les banquiers n’étaient pas là pour la contredire.
Ils avaient certes été invités à un "hearing" public lundi matin pour
discuter avec diverses personnalités suisses des responsabilités de notre
pays dans ce grave problème dont les conséquences sont l’appauvrissement
croissant des populations du tiers monde. Les banques ont préféré boycotter
les débats et toutes les autres manifestations de cette semaine (soirées,
conférences et tables-rondes organisées dans diverses villes de Suisse).
"Et pourtant, nous aurions bien aimé discuter avec elles", a lancé Thierry
Pellet, secrétaire de la Déclaration de Berne.
Présentant les revendications de la campagne, il a déploré que la législation suisse "protège" l’évasion fiscale et certains délits économiques et
financiers. Il a souhaité également que l’aide, même passive, des banques à
la fuite des capitaux soit interdite. La révision de la loi d’entraide judiciaire, qui sera soumise prochainement au Conseil fédéral, ne remplit pas
pour l’instant les revendications de la campagne qui aimerait inscrire à
son palmarès "la fin du paradis suisse pour les capitaux en fuite". Mais
aujourd’hui encore, après plus de six ans de procédure, les quelque 500
millions des Marcos dorment toujours dans les coffres des banques
suisses...
Les organisateurs de cette semaine d’action souhaitent qu’à l’avenir,
une procédure d’entraide judiciaire ne dure pas plus de six mois, que pour
les cas délicats de fortunes de chefs d’Etat déchus, le Conseil fédéral
soit directement compétent pour mener la procédure d’entraide judiciaire.
En matière de prévention de la fuite des capitaux, la Convention de
diligence des banques - accord volontaire entre les banques - devrait être
inscrite dans la loi. (apic/be)
Encadré
A l’occasion de cette conférence de presse, le professeur Denis von der
Weid, directeur d’Antenna Internationale à Genève, une organisation de défense des droits de l’homme non gouvernementale, a livré un bel exemple de
fuite des capitaux: en novembre 1991, le gouvernement "de facto" de Haïti,
moins de deux mois après avoir renversé le gouvernement démocratiquement
élu du président Aristide, transférait secrètement 2 millions de dollars
par le truchement d’une banque des Iles Caïman. Ce montant a été crédité
sur un compte à numéro au Crédit Suisse à Zurich. Des hauts fonctionnaires
de la Banque Nationale d’Haïti ont fourni des informations détaillées dont
dispose Antenna Internationale, notamment le numéro du compte du Crédit
Suisse.
L’embargo décrété par la communauté internationale contre la dictature
de Port-au-Prince interdit toute transaction de ce type. Le gouvernement
constitutionnel d’Haïti compte sur les autorités judiciaires fédérales et
cantonales ainsi que sur le Crédit Suisse pour que le blocage et la saisie
de cette somme soient réalisés. Une procédure vient d’être ouverte auprès
du Parquet de Zurich par le biais d’un avocat de Zurich. Le Crédit Suisse à
Zurich, interrogé par l’APIC, a dit ne pas avoir connaissance de cette
affaire. (apic/be)