Sécheresse et famine en Afrique: les Eglises se mobilisent (250692)
Nairobi/Genève, 25juin(APIC) La sécheresse qui frappe actuellement une
douzaine de pays africains, la plupart d’Afrique australe, pourrait être la
plus grave que le continent ait connue depuis le début du siècle. Peu "médiatisée", voire ignorée, cette catastrophe pourtant menace de mort 30 millions de personnes dans une région qui compte quelque 115 millions d’habitants. Les Eglises, les grandes institutions bénévoles et les ONG se mobilisent désormais et coordonnent aujourd’hui leurs efforts.
Les divers secteurs à même d’apporter une aide, notamment les Nations
Unies et la Communauté européenne, prennent conscience de l’ampleur de la
catastrophe. Les Eglises, de leur côté, ne sont pas en reste: une réunion
conjointe du Conseil oecuménique des Eglises (COE) et de la Conférence des
Eglises de toute l’Afrique (CETA) s’est tenue du 16 au 19 juin à Nairobi,
au Kenya. Elle a permis d’évaluer les programmes de secours mis sur pied
par les Conseils chrétiens nationaux des pays touchés. Les appels au secours se multiplient, comme celui lancé à la communauté internationale en
début de semaine par le président de la Conférence épiscopale de la Zambie,
Mgr Dennis Harold De Jong : "La récolte de cette année en Zambie n’atteindra pas la moitié de la moyenne enregistrée durant ces dernières années".
Mobilisations tous azimuts
Mobilisation en Afrique, mais en Suisse également. Le 30 juin prochain,
à Genève, une conférence sur la coordination de l’action des Organisations
non gouvernementales (ONG) et des Eglises face à la grave sécheresse et à
la famine qui frappent le continent africain permettra aux représentants du
Comité directeur de l’action humanitaire, de Caritas Internationalis, des
services de secours catholiques (Catholic Relief Services), de la Fédération des sociétés de la Croix-Rouge et du Croissant-Rouge, de la Fédération
luthérienne mondiale, d’Oxfam et du COE, de faire le point de la situation.
Quant aux oeuvres suisses d’entraide, elles ont d’ores et déjà lancé un
vaste programme de secours avec le soutien de la Chaîne du bonheur. Lors
d’une conférence de presse donnée le 15 juin à Berne, elles ont décrit les
besoins prioritaires, en relevant qu’elles entendaient concentrer leurs efforts sur les groupes de populations particulièrement exposés: enfants,
femmes enceintes, malades, personnes âgées. Un soutien qui ne se limite pas
à une aide alimentaire d’urgence, puisqu’il comprend aussi divers programmes de reconstruction avec la fourniture d’outils agricoles et de semences,
notamment.
Manque de pluie: 10 millions de tonnes de céréales sont nécessaires
La sécheresse affecte principalement les pays de l’Afrique australe
(Zimbabwe, Zambie, Swaziland, Namibie, Lesotho, Malawi, Mozambique, Angola,
Botswana, Afrique du Sud, Kenya, Tanzanie). Mais dans la corne de l’Afrique, la sécheresse continue de sévir en Ethiopie, en Somalie et au Soudan.
Elle progresse maintenant vers le Nord, en passant par le Kenya, pour englober toute la moitié Est du continent, du Cap de Bonne-Espérance jusqu’au
Caire, en Egypte. Selon les estimations de l’Organisation des Nations Unies
pour l’alimentation et l’agriculture (FAO), le Programme alimentaire mondial, la Banque mondiale et l’Agence pour le développement international
(Etats-Unis), 10 millions de tonnes de céréales seront nécessaires pour remédier à la pénurie de vivre engendrée par le manque de pluie.
Face à cette catastrophe, les Eglises et les grandes institutions bénévoles, qui comprennent le Comité directeur de l’action humanitaire, lancent
elles aussi des appels spécifiques par pays. Elles espèrent réunir 50 millions de dollars. Pour les membres du comité directeur, il est important
d’atteindre les villages et les districts où les ressources de toutes sortes font défaut: nourriture, semences, outils, engrais, camions et essence.
Le personnel formé fait lui aussi cruellement défaut.
Les Eglises et institutions, qui constatent avec satisfaction les actions entreprises récemment par les gouvernements membres des Nations Unies
et de la Communauté européenne, regrettent pourtant que l’appel commun lancé par les Nations Unies et les dix pays regroupés au sein de la Conférence
de coordination du développement de l’Afrique australe (SADCC) - qui visait
à répondre "uniquement aux besoins nécessaires à la survie" -, n’a donné
lieu, à ce jour, en termes financiers, qu’à des promeses s’élevant à environ 60% des besoins. Elles plaident enfin en faveur de subventions nouvelles pour l’agriculture et d’un changement des programmes d’ajustements
structurels pour aider à faire baisser les prix des aliments.
Les avis concordent sur ce point: les besoins sont immenses et l’aide
urgente. Selon Nico Keulemans, responsable de l’aide d’urgence au sein de
l’Unité IV "Partage et service" du COE, l’action des Eglises dépend des
estimations faites par les gouvernements des pays touchés. Dès février, at-il déclaré, la FAO et d’autres organismes ont envoyé des missions dans 12
pays pour évaluer l’étendue de la sécheresse. Les conclusions ont donné
lieu à une réunion des Nations Unies et de la SADCC à Genève les 1 et 2
juin. Une réunion qui a permis de récolter quelque 800 millions de francs
demandés par les pays affectés. Mais combien d’autres seront nécessaires
pour empêcher la mort de millions d’êtres humains? (apic/spi/com/spp/pr)