Sao Paulo: conférence latino américaine (240293)
Des mouvements de prostituées exigent leurs droits
Sao Paulo, 24février(APIC) "Près de de 50’000 jeunes femmes sont maintenues sous un régime de prison dans des bordels dans le Nord-Est brésilien".
Ces données rapportées par Jean Fernand Laurent, représentant de l’ONU, ont
été au centre des discussions de la Conférence latino-américaine qui s’est
achevée samedi à Sao Paulo sur "Violence-Pouvoir, esclavage sexuel". 150
femmes d’Amérique latine et des Caraïbes et des représentantes d’Afrique,
d’Amérique du Nord et d’Asie ont participé à cette session organisée conjointement avec "Le Service à la femme marginalisée" (SMM) de Sao Paulo, la
Fédération abolitionniste internationale (FAI) et le Bureau international
catholique de l’Enfance (BICE)
Lors du débat public sur la prostitution, l’historienne Margareth Rago a
démontré les conceptions presque uniquement "sanitaire et policière" de
l’Etat brésilien envers la prostitution durant la période 1870- 1960. Puis
dès cette dernière date, l’Etat s’est beaucoup moins préoccupé de cette
question, laissant aller les choses en commençant à avoir un discours abolitionniste, en accord d’ailleurs avec une convention internationale que le
Brésil avait signé déjà en 1919.
La sociologue Eleonora Memicucci a mis en évidence le fait que beaucoup
de Brésiliennes vivent dans l’illusion de la famille traditionnelle (blanche, riche, hétérosexuelle, féconde) et ont de la peine à affronter pas les
conflits et les contradictions de la réalité d’aujourd’hui. Elles ne font
pas nécessairement le lien entre les droits de reproduction et d’une sexualité assumée avec le thème des droits de la femme. Après avoir rappelé que
sur 10 personnes, 9 connaissent une personne qui a subi un avortement, une
autre qui est porteuse du virus du sida et une autre qui a eu un membre de
sa famille prisonnier politique, la sociologue a invité les participantes à
se lancer dans la lutte pour une éducation et information sexuelle cohérente. "Engagez-vous aussi dans la lutte pour le révision de la Constitution
qui débute en octobre 1993, en exigeant des formations politiques une action véritable en faveur des droits de la femme, encore largement bafoués",
a-t-elle insisté.
Mouvements de prostituées
Durant la discussion, plusieurs femmes, représentantes de mouvements de
prostituées venant de plusieurs Etats, ont pris la parole. Gabriella Silva
Leite, coordinatrice du "Mouvement national des prostituées" a rappelé que
la "professionnalisation" des prostituées est "une épine dans le pied" de
l’Eglise, puisqu’elle va à l’encontre de sa position moraliste envers la
sexualité". Lourdes Barreiro, qui est prostituée depuis 25 ans, a tenu à
donner un point de vue différent. "Le Mouvement des prostituées de l’Etat
de Para dont je fais partie, ne lutte pas pour la légalisation de la profession, mais il souhaite agir pour les droits et pour l’exercice de la citoyenneté de toutes les prostituées". Une position que réclament depuis
longtemps les prostituées affiliées au "Ninho", un mouvement lié à la pastorale des communautés ecclésiales de base, qui demandent que l’on respecte
la dignité de ces femmes, bien davantage victimes que coupables. Victimes
d’une société injuste et encore profondément machiste et qui les oblige
souvent à se prostituer pour survivre. (apic/em/ba)