Elles ont déjà occupé la cathédrale à 50 reprises
San Salvador, 3février(APIC) Depuis le commencement de la guerre au Salvador, il y a bientôt dix ans, il y a plus de 7’000 personnes "disparues",
c’est-à-dire enlevées par les forces de sécurité et les "Escadrons de la
mort" et jamais réapparues vivantes. C’est pour dénoncer cette situation
que "Comadres", le Comité des Mères de prisonniers, disparus et assassinés
politiques du Salvador, a déjà "occupé" la cathédrale métropolitaine à plus
de cinquante reprises, malgré les menaces d’excommunication qu’ont entraînées de telles actions impopulaires.
Mgr Arturo Rivera y Damas, archevêque de la capitale salvadorienne, a
déjà menacé d’excommunier les mères de disparus si elles persistaient à manifester dans la cathédrale. Il a déclaré qu’après deux avertissements, le
pas suivant serait l’excommunication de la direction du "Comadres". De leur
côté, les militantes des droits de l’homme salvadoriennes sont déterminées
à poursuivre "si nécessaire" ce type d’actions réprouvées par bon nombre de
catholiques salvadoriens.
Dans le dernier numéro de "Proceso", le bulletin hebdomadaire du Centre
d’information et de documentation de l’UCA, l’Université catholique de San
Salvador dirigée par les jésuites, les mères de disparus ont la parole. A
la question de savoir pourquoi elles sont si indifférentes aux admonestations de l’archevêque de San Salvador, elles répondent : "L’indifférent,
c’est lui! Nous croyons en Dieu, oui; nos parents nous ont parlé d’un Dieu
juste. Dieu sait bien que nous occupons son temple par nécessité et non par
caprice".
Un Comité créé à l’initiative de Mgr Romero
Le "Comadres" est né le 24 décembre 1977 à l’initiative de Mgr Oscar Arnulfo Romero, l’archevêque assassiné de San Salvador. Voyant le grand
nombre de mères salvadoriennes à la recherche d’un mari ou d’un fils enlevé
par les forces de sécurité gouvernementales, il leur a demandé de s’unir.
C’est d’ailleurs la raison pour laquelle le Comité porte le nom de "Comadres" Mgr Oscar Arnulfo Romero. Quand la répression s’est faite plus aiguë
est né, le 9 septembre 1981, le "Codefam", le Comité pour la liberté des
prisonniers et disparus politiques "Marianella Garcia Villas", du nom de la
présidente de la Commission salvadorienne des droits de l’homme assassinée
par l’armée le 14 mars 1983. Le 10 mai 1985, naît du sein même des communautés ecclésiales de base du Salvador le "Comafac", Comité de mères et parents de disparus et assassinés politiques "Père Octavio Ruiz-Soeur Silvia". Ces différentes organisations de défense des droits de l’homme se
sont unies le 10 mai 1987 dans la Fédération de Comités de mères et parents
de prisonniers, disparus et assassinés politiques d’El Salvador, "Fecmafam
- Mgr Oscar Arnulfo Romero".
"L’Eglise ne remplit pas sa tâche", affirme "Comadres"
Les mères de disparus sont chrétiennes, elles demandent des messes pour
leurs parents assassinés et disparus; pourquoi ont-elles alors besoin d’
occuper des églises ? La réponse est cinglante : "Parce que l’Eglise ne
remplit pas sa tâche, l’Eglise est bien partiale!" "Pour nous, poursuivent
les mères de disparus, l’Eglise n’est pas le temple, nous sommes nous mêmes
l’Eglise, nous sommes tous l’Eglise!". Malgré tout, relève la revue, même
si la répression contre la population civile a à nouveau augmenté durant
l’année 1987, ce type de manifestations militantes, comme l’occupation
répétée d’édifices religieux, crée de l’animosité auprès d’une partie des
fidèles. A l’instar des manifestations de rue, avec des sprayages de slogans sur les murs, ce type d’action, au lieu d’attirer l’attention de la
population sur une réalité dramatique, peut avoir des résultats contraires.
(apic/uca/be)