Salvador: un an après le massacre de 6 jésuites et de deux femmes (131190)
Commémoration le 16 novembre à Fribourg
Fribourg, 13novembre(APIC) Le 16 novembre 1989 - il y aura un an vendredi
- un détachement de l’armée salvadorienne pénétrait de nuit dans l’Université Centro-américaine (UCA) de San Salvador pour y massacrer six jésuites,
dont le recteur, le Père Ignacio Ellacuria, ainsi que leur cuisinière et sa
fille. Pour marquer ce triste anniversaire, un groupe de théologiennes et
de théologiens suisses, en collaboration avec le Comité de solidarité avec
l’Amérique centrale ont mis sur pied une célébration commémorative qui aura
lieu vendredi soir à Fribourg. Une commémoration à laquelle participeront
le professeur Edgar Jimenez, auteur de plusieurs livres et co-fondateur du
CINAS (Centre de recherche et d’action sociale du Salvador) et le Père jésuite Nikolaus Klein, de Zurich, co-rédacteur de la revue jésuite de langue
allemande "Orientierung".
Ce nouvel acte de violence, demeuré impuni puisque les auteurs intellectuels, connus pour la plupart, sont toujours en liberté, s’ajoute à une liste déjà longue de victimes, assassinées pour avoir, à l’instar de Mgr Oscar Romero, dénoncé l’injustice et la violence. Le massacre des jésuites de
l’UCA avait fait grand bruit dans la presse internationale et remué l’opinion publique. Neuf militaires avaient été inculpés en ce début d’année
alors que l’un des principaux instigateurs, le général Guillermo Alfredo
Benavides, directeur de l’école militaire de San Salvador au moment des
faits, vit aujourd’hui à l’abri dans une maison de repos pour officiers.
Dans une interview accordée en août dernier à Radio Vatican, le nouveau
recteur de l’UCA, le Père jésuite Francisco Estrada, estimait qu’il serait
difficile de trouver la vérité sur la mort des six jésuites et des deux
femmes: "On touche les intérêts de personnes et de groupes très puissants
dans le pays, ce qui empêche toute recherche et toute explication de la justice, que la victime soit un évêque ou un jésuite quelconque, une religieuse ou simplement des centaines de citoyens salvadoriens", devait-il déclarer.
Preuves brûlées
La volonté du pouvoir et des militaires de tuer dans l’oeuf toute vélléité d’aboutir à la vérité est manifeste, en dépit des déclarations du
président Alfredo Cristiani "qui ne contrôle en somme rien du tout", pour
reprendre les termes du Père Estrada. Dans un rapport publié au mois de
mai dans la capitale salvadorienne, la Cour suprême du Salvador révélait
que d’importantes preuves avaient été détruites dans le procès des meurtriers présumés; elle mettait en cause le vice-directeur de l’Académie militaire, le major Carlos Camilo Hernandez, en l’accusant d’avoir chargé le
colonel Yusshy René Mendoza, l’un des principaux accusés, de brûler le registre des présences pour la nuit du 15 au 16 novembre 1989.
Une année après ce massacre, malgré l’action de la justice salvadorienne
menée dans des conditions difficiles: témoins éloignés, documents brûlés..., aucun des véritables responsables de cet acte n’a été inquiété.
Alors même que la Commission Moackley, du nom d’un parlementaire des EtatsUnis, conclut à la responsabilité de militaires salvadoriens et incrimine
directement le colonel Benavidez, tout en laissant ouverte la question de
responsabilité à un niveau plus élevé. Responsabilité que la revue "Carta a
las Iglesias", éditée par l’UCA, n’hésite pas à imputer au Colonel Ponce,
nommé ministre de la défense le 1er septembre dernier.
La CIA en cause
La revue de l’UCA est tout aussi catégorique en écrivant qu’il est à
présent établi que des conseillers nord-américains étaient présents à
l’Etat Major lorsque l’attentat fut décidé: "Peut-être est-ce ce qui explique que les agences de renseignements des Etats-Unis reconnaissent posséder
des informations, mais refusent de les révéler". Une accusation qui rejoint
celles de Mgr Rivera Damas, archevêque de San Salvador et du Père José Maria Tojeira, provincial des Jésuites en Amérique centrale qui avait publiquement mis en cause la CIA dans ce massacre. (apic/pr)
La commémoration de l’assassinat des six jésuites aura lieu vendredi 16
novembre à la chapelle St.-Hyacinthe, à Fribourg. La cérémonie comencera
par une messe et sera suivie des témoignages du Père jésuite Nikolaus Klein
et d’Edgar Jimenez.