Le recteur de l’Université catholique UCA parmi les victimes
San Salvador/Rome, 16novembre(APIC) Des hommes en uniforme militaire ont
assassiné jeudi matin six prêtres membres de la communauté jésuite de San
Salvador, dont le recteur de l’Université catholique centro-américaine "José Simeon Canas" (UCA), le Père Ignacio Ellacuria, un théologien d’origine
espagnole connu en Europe pour son engagement en faveur de la justice et de
la paix au Salvador, et le vice-recteur Ignacio Martin Baro.
Les autres prêtres assassinés, également d’origine espagnole, sont Segundo Montes, directeur de l’Institut des Droits de l’homme de l’UCA, Juan
Ramon Moreno, Amando Lopez et Joaquin Lopez y Lopez. La communauté jésuite
de San Salvador estime que les assaillants, qui ont également abattu à la
mitraillette la cuisinière de la communauté, Elba Julia Ramos, et sa fille
de 15 ans Celina, font partie des forces gouvernementales. Les jésuites de
San Salvador ont déjà été souvent la cible d’attentats à la bombe et de menaces de mort de la part des sinistres "Escadrons de la mort", dont Amnesty
International vient de souligner à nouveau leurs liens étroits avec les
forces de sécurité gouvernementales.
Le prestige intellectuel dont jouissait le Père Ellacuria et le rôleclef qu’il avait joué dans le "dialogue national" mis sur pied à la suite
des Accords d’Esquipulas d’août 1987, le désignaient comme un interlocuteur
possible dans des négociations entre la guérilla du Front Farabundo Marti
de libération nationale (FMLN) et le gouvernement d’Alfredo Cristiani. Le
fait d’ailleurs que la guérilla voyait en lui un médiateur éventuel - bien
que ne partageant pas ses options, notamment quant à l’usage des armes pour
changer un système social et économique injuste - l’avait évidemment placé
dans le collimateur des forces hostiles à tout changement social. Il
n’avait cependant pas ménagé la guérilla non plus : il lui demandait une
plus grande ouverture et flexibilité idéologique et l’abandon d’un certain
nombre de stéréotypes qui favorisent la polarisation de la société salvadorienne.
"Des martyrs à l’instar de Mgr Romero", estime le P. Emonet
Encore sous le choc de la nouvelle, le Père Pierre Emonet, provincial
des jésuites suisses à Zurich, ne tient pas à commenter l’information avant
d’avoir plus de détails. Certains de ses confrères à Zurich connaissaient
bien les jésuites assassinés. Le P. Emonet les considère cependant comme
des "martyrs, comme tant d’autres là-bas, à l’instar de Mgr Romero, qui
sont morts pour la justice et pour avoir défendu les droits des plus pauvres". Il relève que le P. Ellacuria est connu pour sa modération et qu’il
était un homme de dialogue. Dans un communiqué, la curie des jésuites à Rome qualifie le massacre de "violence barbare" et espère "que le sang de nos
frères n’a pas été versé en vain". (apic/cic/be)