Salvador : polémique dans l’Eglise après l’attaque (180288)
San Salvador, 18février(APIC) Une polémique s’est développée dans l’Eglise salvadorienne après l’attaque en janvier par l’armée gouvernementale du
camp de réfugiés de Calle Real, près de San Salvador. Calle Real est un
camp administré par l’Archevêché et est situé à Apopa, non loin de la capitale. Cette polémique risque d’être mise à profit pour affaiblir la protection que l’Eglise offre aux réfugiés.
Peu avant l’attaque, Mgr Rivera y Damas, archevêque de San Salvador,
avait déclaré qu’il pensait "supprimer le refuge de Calle Real". Quelques
jours plus tard, le 17 janvier, selon l’agence ACAN-EFE Mgr Rosa Chavez,
évêque auxiliaire de la capitale, aurait précisé qu’il y avait dans le camp
une vingtaine de guerilleros blessés de guerre qui n’avaient pu quitter le
pays. L’armée avait à plusieurs reprises accusé Calle Real d’abriter des
membres de la guérilla et semblerait avoir profité de la conjoncture pour
monter son opération, présentant son action comme une riposte à des tirs
venant du camp, qui abrite 580 Salvadoriens, essentiellement des femmes,
des enfants et des vieillards ainsi que 6 volontaires étrangers.
La veille, quelque 200 soldats des Forces Armées Salvadoriennes (FAS)
après avoir encerclé le camp, avaient pénétré dans le refuge "à la recherche d’armes". En fait, ils avaient pour objectif de capturer des gens et
ils avaient une liste de noms. Des hommes, le visage recouvert de peinture
de camouflage et d’un foulard, désignaient les personnes à arrêter. Quand
la population du camp s’est rendu compte qu’il ne s’agissait pas d’une
fouille, mais d’arrestations, elle s’est rassemblé pour empêcher les soldats de mener à bien leur opération. Des représentants de la Tutela Legal,
l’organisme de défense des droits de l’homme de l’Archevêché, furent rapidement sur place en compagnie de Mgr Urioste, vicaire général de San Salvador.
Ces représentants de l’Eglise dialoguèrent alors avec le colonel Oscar
Campos Anaya, responsable de la Première Brigade d’Infanterie, tout en refusant de lui livrer les personnes qu’il désirait arrêter, "car l’Eglise
n’a jamais fait cela". Pendant ce temps, des groupes de soldats ont commis
des vols dans le camp. Comme ils n’arrivaient pas à leurs fins, les soldats
ont promis de revenir. C’est ce qu’ils ont fait le dimanche suivant, en encerclant le camp et tirant pendant plusieurs heures des rafales de mitrailleuses et des obus de mortier sur les baraques des réfugiés, blessant plusieurs personnes. Cette action a alors été dénoncée par Mgr Rivera y Damas
le dimanche 24 janvier, dans une lettre adressée au colonel Juan Orlando
Zepeda, de l’Etat-Major conjoint. Il a réfuté l’affirmation que les réfugiés avaient ouvert le feu sur les soldats. Néanmoins, "Orientacion",
l’hebdomadaire de l’Archevêché dans son éditorial du même jour affirmait
qu’ "il était normal désormais de ne plus maintenir en vie les camps de
réfugiés" et qu’il fallait au contraire les fermer dans le laps de temps le
plus bref possible.
Il y a en effet à l’intérieur de l’Eglise salvadorienne des secteurs qui
estiment que le moment est venu de fermer les camps, car les conditions politiques, sociales, économiques, la situation militaire et des droits de
l’homme qui sont à l’origine de l’exode des campagnes ont disparu. Cette
analyse politique est vivement contestée par les secteurs de l’Eglise
catholique qui s’occupent des plus pauvres et des victimes de la répression, comme la "Tutela Legal" ou le "Secrétariat social" de l’Archevêché.
Car, font-ils remarquer, si les FAS osent s’attaquer à un camp de réfugiés
de l’Eglise devant de nombreux témoins, qui peut garantir la sécurité de la
population civile dans la campagne éloignée? Dans le dernier numéro de la
"Lettre aux Eglises" du Centre pastoral de l’Université catholique d’El
Salvador (UCA), l’éditorialiste déplore ces controverses qui ont paru
affaiblir la défense que l’Eglise offre aux réfugiés. (apic/be)