Salvador: les jésuites dénoncent la justice et l’armée (131190)
San Salvador, 13novembre(APIC) Le Père José Maria Tojeira, provincial des
jésuites d’Amérique centrale, a sévèrement accusé lundi la justice et l’armée salvadoriennes lors de l’ouverture de la semaine à la mémoire des six
jésuites et des deux femmes abattus à l’Université UCA le 16 novembre 1989.
Au cours d’une conférence de presse à San Salvador, il a déclaré qu’avec
cet assassinat perpétré il y a un an, les forces armées salvadoriennes sont
plus que jamais compromises dans "la série de meurtres impunis" commis par
les militaires.
Le Père Tojeira a en outre souligné que dans le cas de l’assassinat des
jésuites on connaît pour la première fois les meurtriers. Il a ajouté que
non seulement les principaux suspects de ce massacre ne sont pas en prison,
mais encore que les protocoles du tribunal révèlent au grand jour les contradictions évidentes au sein des plus hautes sphères du commandement de
l’armée.
Le provincial a accusé la justice salvadorienne d’avoir tout fait, depuis un an que dure l’enquête, pour ne pas charger les véritables coupables. Il se déclare néanmoins optimiste, espérant que les "contradictions
éclatantes" qui apparaissent dans les affirmations des accusés conduiront à
une "victoire de la vérité".
L’attention que porte l’opinion publique internationale à l’assassinat
du 16 novembre dernier met en cause la mentalité des forces de sécurité.
Elles ont toujours cru qu’il suffisait de tuer impunément les gêneurs pour
résoudre les conflits, a relevé le Père Tojeira. Il a de plus estimé que la
réduction de l’aide militaire des Etats-Unis au Salvador et la mobilisation
de l’opinion publique internationale sont des moyens de pression efficaces
sur le gouvernement salvadorien. Des sanctions économiques supplémentaires
ne sont pas nécessaires actuellement, mais l’opinion publique internationale doit absolument rester vigilante, a-t-il ajouté.
Les organisateurs des célébrations destinées à commémorer l’assassinat
du 16 novembre dernier attendent des délégations de nombreux pays. La plus
importante sera celle envoyée par le parlement espagnol: cinq des six jésuites massacrés étaient en effet citoyens espagnols. (apic/kna/cor)