Salvador : les communautés de base dans la tourmente (171088)
San Salvador, 17octobre(APIC) Selon Enrique Ramirez, secrétaire exécutif
de la Coordination des communautés chrétiennes du Salvador - une organisation qui a pris le relais de la Coordination des Eglises Populaires du Salvador (CONIP-Mgr Romero) condamnée par les évêques salvadoriens au début
des années 80 - Mgr Rivera y Damas, Archevêque de San Salvador, a fermé le
département qui s’occupait de la pastorale des communautés de base. A l’Archevêché, on répond que cette fermeture est provisoire, et qu’elle est due
à "l’attitude sectaire" de certaines organisations de communautés de base.
On précise également que les communautés de base sont légitimes dans
l’Eglise et qu’il n’est pas question de les remettre en cause.
Dans une interview accordée à l’Agence APIC, un prêtre responsable d’une
des oeuvres d’entraide dépendant de l’Archevêché de San Salvador - il a
voulu garder l’anonymat pour des raisons de sécurité - a précisé que le Père Miguel Cabada, chargé par Mgr Rivera y Damas du Département des communautés de base a donné l’an dernier sa démission en raison de divergences
et de tensions entre certaines communautés de base. Il y a également des
tensions entre quelques unes de ces communautés et les paroisses ou elles
se trouvent, pour des raisons de conceptions idéologiques et de ligne pastorales. Des communautés, dans la pratique, ne suivent pas les directives
pastorales de l’archevêque, parce qu’elles sont regroupées dans des coordinations (non-officielles) qui dépassent largement le territoire du diocèse.
Dans les faits, Mgr Rivera y Damas a seulement décidé de ne pas nommer
de remplaçant avant d’avoir bien étudié la situation. Il devrait cependant
créer dans le futur une équipe diocésaine de promotion de communautés de
base. Pour ce prêtre - qui fut un collaborateur de Mgr Roméro - les communautés de base visées par cette mesure sont quelque peu "sectaires", car
elles ne reconnaissent comme vraies communautés de base que celles qui suivent des consignes politiques précises. D’autres, qui ont un autre type
d’engagement et de service à la communauté, ne sont pas considérées comme
des communautés authentiques par ce groupe. A l’Archevêché, affirme cet interlocuteur, on ne conteste pas le fait que les chrétiens s’engagent politiquement en fonction de leur foi, mais cela ne doit pas être un engagement
partisan de la communauté en tant que telle. Il estime que l’attitude sectaire affaiblit ces communautés et les isole du reste de l’Eglise.
Développement des communautés de tendance "conservatrice"
En réaction à ce phénomène, précise cette source, des communautés de base de tendance plus "conservatrice", (celles d’obédience "charismatique ou
néo-catéchuménale"), se développent actuellement. Ainsi en est-il du programme "Sine" (Système intégral d’évangélisation) qui vise l’organisation
de la paroisse en communautés, inspiré de l’expérience du Père Alfonso Navarro, au Mexique. Notre informateur souligne que ces communautés n’ont pas
de vision de libération, mais une vision plus paternaliste. Elles considèrent que la justice sociale relève plutôt d’un changement de la personne, d’une conversion individuelle que de changements structurels. Ces nouvelles communautés plus "spirituelles" comblent le vide laissé par
l’affaiblissement des communautés de base engagées socialement.
La répression continue
La répression contre l’Eglise - les "Escadrons de la Mort" liés aux forces de sécurité ont assassiné dans les années 77/80 une dizaine de prêtres
et l’archevêque de San Salvador, Mgr Roméro - s’est faite plus discrète depuis quelques années, affirme notre interlocuteur. Mais elle continue :
dans la campagne, les communautés, surtout les catéchistes, les leaders,
sont toujours la cible de mauvais traitements ou d’assassinats. Les perspectives sont plutôt sombres, affirme-t-il, car il y a de nouveaux massacres de populations civiles : le 21 septembre dernier, des soldats du bataillon Jiboa, de la 5ème Brigade d’infanterie de San Vicente, ont arrêté
puis mitraillé 12 paysans sans raison.
L’armée, relève-t-il, persécute également tous les étrangers qui se
trouvent dans les communautés. Elle ne veut pas de témoins et a expulsé ou
interdit l’entrée à de nombreux religieux américains dans les zones de
guerre. En ce qui concerne la mort du théologien bâlois Jurg Weis, le
prêtre précise que cela n’a pas fait tellement de bruit au Salvador, "parce
de nombreux étrangers ont déjà été assassinés, ce n’est, malheureusement,
qu’un parmi tant d’autres; mais les gens ne croient pas la version officielle..." (apic/be)