Salvador: L’Eglise opposée à une amnistie générale (210192)
San Salvador, 21 janvier(APIC) Après les récents accords de paix entre le
gouvernement salvadorien et la guérilla du Front Farabundo Marti de libération nationale (FMLN), l’Eglise catholique se prononce contre l’éventualité
d’une amnistie générale, qui empêcherait de faire la lumière sur les nombreux crimes commis au Salvador. Mgr Rivera Damas, archevêque de San Salvador, réclame que l’on fasse la lumière sur les auteurs de l’assassinat en
1980 de son prédécesseur, Mgr Oscar Arnulfo Roméro, et estime qu’il est impossible que les responsables de massacres puissent se promener librement
dans le pays.
Evêque auxiliaire de San Salvador, Mgr Gregorio Rosa Chavez souligne que
le processus actuel de réconciliation ne doit pas être séparé de la recherche de la vérité et de la justice. Le Congrès national doit se prononcer
ces jours prochains sur une loi d’amnistie, dans le sillage des accords de
Mexico, qui ont mis un terme à 12 ans de guerre civile sanglante dans ce
petit pays d’Amérique centrale.
Selon l’évêque auxiliaire de la capitale salvadorienne, une amnistie générale empêcherait les enquêtes sur les crimes de guerre. Mgr Rosa Chavez a
exprimé son inquiétude du fait que malgré les accords de paix, on a déploré
la semaine dernière quatre nouvelles victimes de la violence politique.
Mgr Rivera Damas, élu récemment à la présidence de la Conférence épiscopale salvadorienne, a déclaré qu’il est "impossible que les têtes d’organisations terroristes, qui ont ordonné les exécutions, puissent se déplacer
librement dans le pays". L’archevêque a rappelé dimanche dernier, à l’issue
d’une messe qu’il venait de célébrer, les nombreux assassinats de civils,
et il a notamment mentionné des massacres d’envergure comme celui d’El Mozote. A cette occasion, 794 civils désarmés furent massacrés dans le département de Morazan en 1981, selon une longue enquête de la Tutela Legal de
l’archevêché de San Salvador, par une unité spéciale de lutte antiguérilla,
le bataillon d’élite "Atlacatl". Cette unité de l’armée est également impliquée dans l’assassinat des 6 jésuites de l’UCA en novembre 1989.
Mgr Rivera y Damas pense qu’un "grand pardon n’aura pas pour conséquence
que la paix sera sûre". En effet, avant une amnistie, il faut que les causes de la violence qui a coûté la vie à des milliers de personnes dans le
pays soient étudiées. De toute façon, estime-t-il, une amnistie générale
n’aura pas l’assentiment du FMLN, des partis de gauche et des démocrateschrétiens. Il propose que les enquêtes sur les crimes politiques soient
confiés à la Commission chargée de rechercher la vérité, dont la mise sur
pied est prévue dans l’accord de paix entre le gouvernement et la guérilla
qui vient d’être signé à Mexico. (apic/cic/kna/be/mp)