Salvador: deux ans après le tremblement de terre (101088)
Lucerne, 10octobre(APIC) Il y a deux ans, le 10 octobre plus exactement,
un violent tremblement de terre ébranlait le Salvador. Il faisait plus de
1.500 victimes et laissait plus de 60.000 sans abris. Selon Caritas Suisse,
"curieusement pourtant, dans ce petit Etat d’Amérique centrale, les choses
n’ont pas beaucoup changé depuis. Les Salvadoriens en situation de guerre
ont en effet bien d’autres maux à combattre, et c’est tout juste s’ils se
souviennent encore de ce terrible événement".
La guerre entre la guerilla et l’armée, qui dure maintenant depuis 8
ans, a déjà fait 65.000 morts, parmi lesquels 12.000 civils. Avec plus de
40% du budjet de l’Etat consacré aux dépenses militaires, c’est cette guerre, précisément, qui fait le malheur du Salvador. Il s’ajoute à celui
qu’entraîne la crise économique qui accule les deux tiers de la population
au bord de la pauvreté la plus extrême.
Selon des chiffres avancés par Caritas Suisse, à San Salvador, la capitale, ou le séisme a causé de très gros dégâts, la situation est particulièrement précaire. Plus d’un demi-million sur les 1,2 million d’habitants
que compte la ville, se sont vus contraints d’abandonner leurs terres en
raison de la guerre. Parmi eux, de nombreuses veuves et des orphelins vivent dans des conditions difficiles dans les bidonvilles de la capitale.
Des mesures importantes
Grâce aux dons versés par la population suisse, Caritas Suisse, ainsi
que sa partenaire salvadorienne, a pu disposer de quelque 2 millions de
francs. Elles ont cherché à prendre des mesures d’envergure afin d’endiguer
une misère aussi vaste. Et de l’avis de l’évêque José Ricardo Uriote, vicaire général de l’archidiocèse de San Salvador, la "construction de maisons n’est pas un but en soi, mais un moyen seulement qui permet la mise
sur pied de communautés vivantes".
Contrairement à la situation de Mexico, également touchée par un séisme
en 1985, l’Etat du Salvador n’a accordé aucun terrain à bâtir. Qui voulait
construire, dénonce Caritas, était contraint d’acheter aux riches propriétaires des terrains à des prix devenus exhorbitants. Un scandale qui alla
jusqu’à provoquer une violente controverse au sein de l’Eglise du pays. A
ces abus, et face aux carences de l’Etat, s’ajoutèrent encore les entraves
administratives ainsi que le manque de matériaux pour la construction en
raison de la guerre et de la crise.
Ces raisons, explique Caritas Suisse, font que les bénéficiaires de la
reconstruction ne sont que peu nombreux aujourd’hui à disposer de leur propre maison. Alors que des sommes considérables confiées au gouvernement ont
été englouties dans les dédales de la corruption d’une lourde machine administrative, il n’en demeure pas moins que les moyens mis en oeuvre par les
organismes d’entraide commencent à porter leurs fruits. "Sur les 1.200
unités d’habitations programmées avec Caritas, 534 sont actuellement en
chantier", rapporte le Père Octavio Cruz, directeur du secrétariat social
de l’archidiocèse de San Salvador. Surtout, relève-t-il, le fait d’avoir su
attendre a valu la peine: "Les programmes mis sur pied dépassent de loin la
construction pure et simple des maisons, des centaines de Salvadoriens sans
moyens participent aux travaux. Parmi les paroisses actives, on ne se contente pas seulement d’échanger des machines, mais on s’échange également
les expériences réalisées en la matière".
Reconstruction sociale
En dépit des difficultés et des entraves admnistratives, Caritas a en
outre travaillé à la reconstruction d’un hôme pour personnes âgées, parallèlement, quelques douzaines de sans-abris ont pu obtenir des logements.
D’autres projets sont en cours, au sens d’une reconstruction également perçue sur un plan social global, tel qu’il a démarré en 1987. Ces projets visent notamment à la formation d’animateurs sociaux, à l’installation d’un
atelier sanitaire voire à la production de chaises roulantes.
Pour Caritas, compte tenu des conditions très complexes sur place, le
retard accumulé par rapport à son plan n’est nullement regrettable. Au contraire, dit-elle. Sur les 2 millions en provenance des dons suisses, seuls
800.000 francs ont à ce jour été dépensés. Une situation peu habituelle
pour Caritas, précise l’oeuvre d’entraide, qui ajoute: "Ce retard, qui a
favorisé une patiente sensibilisation puis une sérieuse organisation de la
base, a permis de lancer un processus de reconstruction solide".
(apic/bb/pr)