"Accompagnement pastoral des couples - préparation au mariage"
Réaffirmer le primat de la personne sur l’institution
Saint-Maurice, 27octobre(APIC/Geneviève Cornet) Quelle préparation au mariage proposer dans l’Eglise ? Comment accompagner les jeunes couples ? Ce
thème a été au centre de la 7e rencontre des Conseils de pastorale de Suisse (Coordination interdiocésaine) réunie au Foyer franciscain à Saint-Maurice les 25 et 26 octobre autour de Mgr Gabriel Bullet, évêque auxiliaire
de Lausanne, Genève et Fribourg.
Exposés et échanges d’expériences ont permis de mieux partager les préoccupations pastorales de chaque diocèse et de réaffirmer le primat de la
personne sur l’institution dans une Eglise appelée à être plus attentive
aux besoins et aux attentes du monde. Les délégués ont rappelé la nécessité
de faire redécouvrir le sens du sacrement du mariage et formulé le souhait
d’une continuité dans la formation chrétienne, pour combler les lacunes
laissées après la confirmation et la mariage. Une messe présidée par le
cardinal Schwery a clôturé la rencontre.
Le thème de cette année, "Accompagnement pastoral des couples - préparation au mariage", prolongeait la réflexion amorcée depuis trois ans au sein
de la Coordination interdiocésaine, qui s’était penchée en 1989 sur les
jeunes et la famille et en 1990 sur la pastorale des divorcés remariés.
Deux exposés ont permis à chacun d’aborder les aspects théoriques et pratiques de la question avec Bernhard Liss, responsable de la pastorale "Mariage et Famille" du diocèse de Linz, en Autriche, et le couple Sottas, de Genève.
Quelle parole de l’Eglise pour les couples aujourd’hui ?
Quelle parole de l’Eglise pour les couples aujourd’hui ? Quelle réponse
pastorale aux défis du monde ? Pour Bernhard Liss, l’Eglise doit commencer
par porter son regard sur la société qui l’entoure, marquée par une forte
augmentation de la vie en commun hors mariage et des divorces : le nombre
des mariages à l’essai est passé en vingt ans de 33 % à 70 %; 15 % des partenaires n’en sont pas à leur premier essai, sont veufs ou divorcés, tandis
que 10 % rejettent systématiquement le mariage, estimant que l’amour est
une affaire strictement privée. Un tiers des couples divorcent.
Des chiffres qui interrogent, si l’on sait que 80 % des jeunes de 16 à
30 ans sont partisans du mariage à l’essai et que celui-ci est conseillé
par plus de la moitié des personnes ayant dépassé 50 ans. C’est une réalité, la vie familiale est devenue pluraliste, et l’Eglise doit dépasser
l’image traditionnelle d’une union pour la vie brisée uniquement par la
mort d’un des conjoints, a affirmé le conférencier.
L’Eglise invitée à un regard positif sur le couple
Pour cela, l’Eglise doit évoluer dans son approche du couple, aidée par
le Concile Vatican II, qui définit le mariage non plus simplement comme un
contrat, mais comme une alliance, soulignant la place centrale de l’amour :
"Il ne faut pas en rester à l’ordre juridique, il faut créer de nouvelles
relations. Le mariage est avant tout signe de l’Amour de Dieu pour l’homme", a encore relevé Bernhard Liss. Toute l’Eglise est invitée à un
changement de regard pour entrer dans une dynamique nouvelle qui part des
besoins réels : "Les questions des couples doivent être le point de départ
de toutes les activités dans l’Eglise", a-t-il ajouté.
Ce n’est pas céder à une modernité quelconque que d’affirmer la valeur
égale de la vie commune des conjoints, adopter une attitude positive face à
la sexualité, reconnaître la valeur du mariage en tant que tel, même s’il
n’aboutit pas à une famille, agir en parents responsables : il suffit de
relire les textes de Vatican II. Des orientations fondamentales, qu’il faut
mettre en oeuvre par une communication plus authentique, une gestion des
conflits digne de l’homme, en acceptant la différence de l’autre et en cultivant l’attachement au conjoint.
L’Eglise doit gagner la confiance des hommes dans l’accompagnement des
couples en acceptant de se former, de "se convertir en permanence". Elle
doit partir des besoins des gens et faire naître l’espoir malgré l’échec
des relations, pour que les divorcés remariés ne se sentent pas séparés
d’elle. Enfin - et le conférencier, fort de son expérience, a énuméré de
nombreuses possibilités - elle doit soutenir les couples par la création de
lieux d’accueil et de réflexion à tous les niveaux.
Porter la souffrance des couples et ses conséquences
Mariés depuis 35 ans, Monique et Laurent Sottas accompagnent des couples
dans le canton de Genève. Ils ont partagé leur expérience avec des centaines d’entre eux, leur offrant des lieux d’écoute et un soutien. Convaincus
que les crises font partie de la vie du couple et peuvent être un processus
de développement et de renouvellement, ils ont créé avec d’autres "Couple
et famille", le service de consultation conjugale et familiale de l’Eglise
à Genève ainsi que les mouvements "Renaissance" et "Espérance" : des lieux
où les couples en difficulté et les personnes séparées, divorcées ou remariées sont accueillis et aidés.
Mieux répondre en Eglise aux défis du monde moderne
La rencontre des Conseils de pastorale de Suisse a été l’occasion de mesurer l’engagement des laïcs dans les différents diocèses et l’attention
portée à la pastorale des familles. Si le diocèse de Sion se trouve au
coeur du problème en vivant actuellement un "Triennat de la famille", les
autres diocèses restent également attentifs à cette problématique. Des thèmes nouveaux, inspirés de l’actualité, mobiliseront à l’avenir les Conseils
de pastorale : l’intégration de la Suisse à l’Europe et la nouvelle évangélisation. Les délégués présents ont dit leur volonté d’une intégration européenne qui prenne en compte les valeurs humanitaires et chrétiennes et
leur désir de mieux répondre en Eglise aux défis du monde moderne.
Dans son homélie, prononcée lors de la messe de clôture, le cardinal
Schwery a rappelé a chacun que les Conseils pastoraux sont "la conscience
de la communauté ou le coeur. Non pas la conscience morale qui juge, mais
le lieu où l’on prend conscience de son être. (...) En somme, le Conseil
pastoral est pour la communauté comme l’organe qui permet de prendre conscience de soi et de vivre d’amour". Il a terminé sur cet appel : "Aideznous à entendre d’une part la parole de Dieu pour notre temps et d’autre
part les espoirs de notre temps exprimés à voix basse dans la communauté.
Aidez-nous à être attentifs à l’homme concret et en particulier à lui venir
en aide dans les domaines où il se trouve le plus démuni!". (apic/id/corbe)