"Accompagnement pastoral des couples - préparation au mariage"
Réaffirmer le primat de la personne sur l’institution
Saint-Maurice, 5novembre(APIC) Quelle préparation au mariage proposer
dans l’Eglise? Comment accompagner les jeunes couples? Ce thème a interpellé les délégués présents à la 7e rencontre des Conseils de pastorale de
Suisse réunis à Saint-Maurice les 25 et 26 octobre derniers autour de Mgr
Gabriel Bullet, évêque auxiliaire de Lausanne, Genève et Fribourg. Exposés
et échanges d’expériences ont permis de mieux partager les préoccupations
pastorales de chaque diocèse et de réaffirmer le primat de la personne sur
l’institution dans une Eglise appelée à être plus attentive aux besoins et
aux attentes du monde. Les délégués ont rappelé la nécessité de faire redécouvrir le sens du sacrement de mariage et formulé le souhait d’une continuité dans la formation chrétienne. Une messe présidée par l’évêque de
Sion, le cardinal Henri Schwery, a clôturé la rencontre.
Le thème de cette année, "Accompagnement pastoral des couples - préparation au mariage", prolongeait la réflexion amorcée depuis trois ans au sein
de la Coordination interdiocésaine, qui s’était penchée en 1989 sur les
jeunes et la famille et en 1990 sur la pastorale des divorcés remariés.
Deux exposés ont permis à chacun d’aborder les aspects théorique et pratique de la question de Bernhard Liss, responsable de la pastorale Mariage et
Famille du diocèse de Linz (Autriche) et le couple Sotta (Genève).
Quelle parole de l’Eglise pour les couples aujourd’hui? Quelle réponse
pastorale aux défis du monde? Pour Bernhard Liss, l’Eglise doit commencer
par porter son regard sur la société qui l’entoure, marquée par la forte
augmentation des communautés hors mariage et des divorces: le nombre de mariages à l’essai est passé en 20 ans de 33% à 70%, 15% des partenaires n’en
sont pas à leur premier essai, sont veufs ou divorcés et 10% rejettent systématiquement le mariage, estimant que l’amour est strictement privé; 1/3
des couples divorcent. Des chiffres qui interrogent, si l’on sait que 80%
des jeunes de 16 à 30 ans sont partisans du mariage à l’essai et que celuici est conseillé par plus de la moitié de personnes ayant dépassé 50 ans.
C’est une réalité, la vie familiale est devenue pluraliste, et l’Eglise
doit dépasser l’image traditionnelle d’une union pour la vie brisée par la
mort des conjoints, a affirmé le conférencier.
L’Eglise invitée à un regard positif sur le couple
Pour cela, l’Eglise doit évoluer dans son approche du couple, aidée par
le concile Vatican II, qui définit le mariage non plus simplement comme un
contrat, mais comme une alliance, soulignant la place centrale de l’amour:
"Il ne faut pas en rester à l’ordre juridique, il faut créer de nouvelles
relations. Le mariage est avant tout signe de l’amour de Dieu pour l’homme", a relevé Bernhard Liss. Toute l’Eglise est invitée à un changement de
regard pour enter dans une dynamique nouvelle qui part des besoins réels:
"Les questions des couples doivent être le point de départ de toutes les
activités dans l’Eglise", a-t-il ajouté.
Ce n’est pas céder à une modernité quelquonque que d’affirmer la valeur
égale de la vie commune des conjoints, adopter une attitude positive face à
la sexualité, reconaître la valeur du mariage en tant que tel, même s’il
n’aboutit pas à une famille, agir en parent responsables: il suffit de relire les textes de Vatican II. Des orientations fondamentales, qu’il faut
mettre en oeuvre par une communication plus authentique, une gestion des
conflits digne de l’homme, en acceptant la différence de l’autre et en cultivant l’attachement du conjoint.
L’Eglise doit gagne la confiance des hommes dans l’accompagnement des
couples en acceptant de se former et de se "convertir en permanence". Elle
doit partir des besoins des gens et faire naître l’espoir malgré l’échec
des relations, pour que les divorcés remariés ne se sentent pas séparés
d’elle. Enfin - et le conférencier, fort de son expérience, a énuméré de
nombreuses possibilités -, elle doit soutenir les couples par la création
de lieux d’accueil et de réflexion à tous les niveaux.
Porter la souffrance des couples et ses conséquences
Mariés depuis 35 ans, Monique et Laurent Sotta accompagnent des couples
dans le canton de Genève. Ils ont partagé leur expérience avec des centaines d’entre eux, leur offrant des lieux d’écoute et un soutien. Convaincus
que les crise font partis de la vie du couple et peuvent être un processus
de développement et de renouvellement, ils ont crée avec d’autres "couple
et famille", le service de consultation conjugale et familiale de l’Eglise
de Genève ainsi que les mouvements "Renaissance" et "Espérance": des lieux
où les couples en difficulté et les personnes séparées, divorcées ou remariées sont accueillies et aidées.
La rencontre des Conseils de pastorale de Suisse a été l’occasion de mesurer l’engagement des laïcs dans les différents diocèses et l’attention
portée à la pastorale des familles: si le diocèse de Sion se trouve au coeur du problème en vivant actuellement un Triennat de la famille, les autres diocèses restent attentifs à cette problématique. Des thèmes nouveaux,
inspirés de l’actualité, mobiliseront à l’avenir les Conseils de pastorale:
l’intégration de la Suisse à l’Europe et la nouvelle évangélisation. Les
délégués présents ont dit leur volonté d’une intégration qui prennent en
compte les valeurs humanitaires et chrétiennes et leur désir du monde moderne. Ils ont jusqu’en décembre pour décider du thème de 1992. Ceux proposés soulignent l’attention qu’ils désirent porter à l’évangélisation et à
la nouvelle pauvreté en Suisse.
Le mariage, un sacrement à redécouvrir
Les délégués des Conseils de pastorale de Suisse ont insisté sur la nécessité de faire redécouvrir le sens du sacrement du mariage et d’assurer
la continuité de la formation chrétienne et de l’accompagnement pour combler les lacunes laissées après la confirmation et le marriage. Ils ont émis
le souhait que se constitue dans chaque diocèse des équipes de couples formés à l’accompagnement et engagés auprès des jeunes mariés.
Dans son homélie, prononcée lors de la messe de clôture, le cardinal
Schwery a rappelé à chacun que les Conseils pastoraux sont "la conscience
de la communauté ou le coeur. Non pas la conscience morale qui juge, mais
le lieu où l’on prend conscience de son être. Il est à la Communauté comme
l’organe qui permet de prendre conscience de soi et de vivre d’amour". Il a
terminé sur cet appel: "Aidez-nous à entendre d’une part la parole de Dieu
pour notre temps et d’autre part les espoirs de notre temps exprimés à voix
basse dans la communauté. Aidez-nous à être attentifs à l’homme concret et
e particulier à lui venir en aide dans les domaines où il se trouve le plus
démuni". (apic/id/ap)