Saint-Domingue: Radio Enriquillo (101192)
Muselée et baillonnée parce qu’elle avait "trop d’ennemis"
Saint-Domingue/Bruxelles, 10novembre(APIC) Radio Enriquillo, un émetteur
installé à Tamayo, en République Dominicaine, et qui diffusait en direction
d’Haïti, a cessé d’émettre, informe le missionnaire scheutiste belge Pierre
Ruguoy. "Nous avions trop d’ennemis", explique-t-il. Après la mise au pas
de l’émetteur catholique Radio Soleil (Port-au-Prince) et la mise à l’écart
de son fondateur et animateur, le Père Hugo Triest, un autre scheutiste
belge, c’est l’unique relais favorable à la cause du président Aristide qui
se trouve ainsi baillonné.
"Vendredi dernier, nous avons pris la décision de suspendre nos émissions vers Haïti, écrit Pierre Ruguoy dans un message, en qualifiant la décision de "douloureuse qui nous a coûté énormément". "Haïti a été condamné
à mort et les puissants sont en train d’exécuter cette sanction. Ceux qui
veulent accompagner de près ce peuple moribond sont aussi condamnés à
mort", écrit-il.
Selon lui, Radio Enriquillo pressentait sa mort prochaine, car les coups
commençaient à pleuvoir. "Depuis plusieurs semaines, je ne pouvais pas dormir deux nuits de suite dans le même lit. J’étais suivi par la police secrète. Lors de la visite du pape, avec trois autres membres de la Radio, je
figurais sur la liste des gens dangereux pour la vie du pape... Un terroriste, quoi!"
Menaces en vrac
Le missionnaire belge parle aussi de la protestation adressée par le
nonce apostolique à Saint-Domingue à l’évêque local. Radio Enriquillo ayant
retransmis le discours prononcé par Aristide à la tribune des Nations Unies
le 29 septembre dernier, un an jour pour jour après avoir été chassé par un
coup d’état militaire. Un discours dans lequel le président déchu n’avait
pas ménagé le Vatican. Le Père Ruguoy invoque en outre les menaces des autorités dominicaines de priver la radio de sa fréquence, des plaintes des
évêques haïtiens, qui reprochaient à la radio de créer un climat d’insécurité en Haïti. "Nous avions trop d’ennemis: les autorités dominicaines, les
évêques, les militaires haïtiens..."
Cela ne signifie pas que l’équipe de Radio Enriquillo abandonne "le combat". Des contacts sont pris avec la Conférence des religieux dominicains,
les autres radios catholiques et d’autres personnalités.
Radio Enriquillo était devenue, au lendemain du coup d’Etat qui a chassé
Jean-Bertrand Aristide, le porte-parole privilégié des partisans du président destitué, en dénonçant notamment les violations des droits de l’homme
et les massacres en Haïti. En février dernier, les autorités dominicaines
avaient interdit à l’émetteur catholique d’émettre en créole à destination
d’Haïti. La radio avait auparavant reçu la visite musclée d’un commando de
tontons macoutes haïtiens, qui avaient pu opérer en toute impunité.
Après l’interdiction de diffuser des nouvelles en créole à destination
d’haïti, l’équipe de Radio Enriquillo les avait... chantées. "C’est le seul
programme d’information au monde qui soit chanté", expliquait à l’époque le
Père Ruguoy au "Washington Post". Son imagination avait séduit une organisation américaine de défense des droit de l’homme, le Comité d’Avocats du
Minnesota, qui lui décerna un prix. (apic/cip/pr)