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    Echos de l’Assemblée

    Saint-Domingue: questions après la venue du pape (211092)

    Saint-Domingue, 21octobre(APIC) Au lendemain de la visite du pape à

    Saint-Domingue, la presse latino-américaine épluche les discours prononcés

    par Jean Paul II devant les évêques latino-américains dans l’espoir d’y

    trouver la ou les clés du document que la 4e Conférence générale de l’épiscopat du continent proposera à l’issue de ses travaux, le 28 octobre.

    D’ici là va se livrer ce que d’aucun n’hésitent pas à appeler la "bataille" de Saint-Domingue. Une bataille qui s’annonce rude, écrit le journaliste dominicain Saturnino Rodriguez, et dont l’enjeu est l’acquis des

    Assemblées de Medellin et de Puebla. Celles-ci n’ont rien instauré, ajoutet-il, mais n’ont fait qu’appliquer en Amérique latine ce qui commençait à

    être monnaie courante depuis Vatican II. Ce qui inquiétait, c’est que c’est

    "une Eglise de second ordre, créée sur le modèle européen, qui tentait

    d’être originale et autochtone".

    Beaucoup s’interrogent aujourd’hui sur la marge de manoeuvre dont disposent encore les tenants d’une théologie latino-américaine qui, il n’y a pas

    si longtemps encore, lors de conflits pourtant plus aigus qu’aujourd’hui,

    avaient amené la pape à affirmer que l’option préférentielle pour les pauvres était "non seulement convenable, mais utile et nécessaire". Alors qu’à

    Saint-Domingue le discours du pape a été prononcé dans un contexte de grave

    crise sociale, on a peine à y trouver, observe S. Rodriguez, ne serait-ce

    qu’une insinuation sur les causes des difficultés actuelles. Quant aux cultures, ajoute-t-il, dans un continent "chargé de cultures millénaires", et

    dans le cadre d’une Conférence dont un des piliers est précisément le thème

    des cultures et de leurs relations avec l’Evangile, le pape s’est contenté

    "de répéter les poncifs habituels".

    Un Synode pour quoi faire?

    L’idée de convoquer un Synode continental laisse perplexe le Père Ignace

    Berten, supérieur provincial des dominicains de Belgique-Sud. Il s’interroge dans un article publié dans "O Sao Paulo": "Mais pour quoi faire? Afin

    d’engager l’Eglise dans un véritable débat Nord-Sud où afin de permettre à

    Rome de contrôler davantage encore les épiscopats, en mettant fin à l’expression de la voix proprement latino-américaine?".

    Dans son article, le Père Berten relève que la Conférence de Saint-Domingue s’est ouverte dans un certain malaise, à cause de la tension qui a

    marqué toute la préparation. Malgré des sensibilités et des options théologiques et pastorales différentes, les évêques, très majoritairement, ont le

    sens de leur responsabilité épiscopale, responsabilité collective par rapport à l’ensemble du sous-continent. Mais il y a aussi, ajoute le dominicain belge, "les instances romaines, prenant appui sur certains secteurs du

    CELAM, pour lesquels la Conférence n’a d’autre objectif que d’être la mise

    en oeuvre de la nouvelle évangélisation telle qu’elle est définie dans ses

    options et ses priorités à partir de Rome".

    Selon le Père Berten, le document de consultation a cherché à imposer ce

    point de vue centralisateur et autoritaire. Et c’est grâce à une réaction

    vigoureuse des Conférences épiscopales que le second rapport et le document

    de travail réaffirment les grandes options de Medellin et de Puebla.

    Et les laïcs? les femmes? les théologiens?

    Du discours du pape, d’autres organes de presse, comme le SEC (Servicios

    Especiales de Communicacion), ont aussi retenu "une perspective eurocentrique qui se présente comme la perspective de l’Eglise universelle": c’est

    d’Europe qu’est venu le message du salut, et cela mérite l’action de grâce

    de l’Eglise universelle, Ce qui, pour les latino-américains, revient à donner à la "nouvelle évangélisation" une perspective bien étroite, comme si

    l’Eglise devait "inculturer" sans rien recevoir des cultures dans lesquelles elle accomplit sa mission.

    D’autres médias s’étonnent de constater que le pape n’a pratiquement

    rien dit du rôle des laïcs et que, en lisant son discours, il a omis un

    passage faisant référence à la situation de la femme, qui se trouvait pourtant dans le texte remis à la presse.

    Plusieurs interrogations portent en outre sur le rôle dévolu aux théologiens. Si la valeur du travail théologique pour l’évangélisation est reconnue, certains entrevoient dans le discours du pape quelque chose qui ressemblerait davantage à sa disqualification et à la possibilité de sa totale

    subordination au magistère. L’appellation de "magistère parallèle", utilisée par le cardinal Trujillo à la veille de l’Assemblée de Puebla et appliquée particulièrement à la vie religieuse, a refait son apparition, visant

    cette fois les théologiens.

    Echos de Saint-Domingue

    30 Commissions. Le 18 octobre, les participants ont entamé leur deuxième

    semaine de session par une réflexion sur l’avenir de l’Eglise en Amérique

    latine. Les évêques, les prêtres et les laïcs qui les accompagnent travailleront au sein de 30 Commissions comptant chacune une quinzaine de membres.

    Ces Commissions se pencheront sur les thèmes les plus divers: la réalité

    historique, la sainteté dans l’Eglise, le prophétisme, la famille et la démographie, les communautés d’Eglise, les paroisses, la femme, les migrations, la misère, l’écologie, les droits de l’homme, le dialogue des cultures, l’éducation...

    Les femmes. "L’Eglise ne peut pas ignorer plus longtemps les femmes, qui

    sont ses principales mobilisateurs", a déclaré à l’agence catholique américaine CNS Ana Maria Campero, éditeur de "Presencia", le quotidien catholique le plus lu en Colombie. "L’Eglise a beau rester incroyablement machiste, dans la société, le temps du patriarcat est révolu", a-t-elle déclaré.

    Sur les 361 participants à la Conférence de Saint-Domingue, 14 seulement

    sont des femmes, à savoir 9 religieuses et 5 laïques, ce qui, selon Campero, "représente déjà un énorme progrès"...

    Hôtels de luxe. Les évêques présents à Saint-Domingue sont hébergés dans

    les meilleurs hôtels de la capitale, et il serait mal venu de faire injure

    à l’Eglise qui nous offre l’hospitalité, a averti Mgr Calderon Polo, viceprésident de la Commission pontificale pour l’Amérique latine. Il répondait

    ainsi à un évêque brésilien, Mgr Hermoso Azcona, qui a dénoncé ce "scandale" et ce "contre-témoignage", en conseillant à ses confrères de trouver à

    se loger dans des maisons religieuses. Avec un groupe de confrères brésiliens, Mgr Azcona a annoncé qu’il quittera dès que possible l’Hôtel Ambassador, où sont logés également des évêques argentins, des représentants de

    la curie romaine et des représentants d’organisations nationales d’aide à

    l’Amérique latine. L’Hôtel Ambassador dispose d’un casino, d’un night-club,

    de terrains de tennis, d’une piscine, d’un sauna et d’un terrain de golfe.

    Le prix des nuitées va de 85 à 154 dollars. Les autres hôtels où sont logés

    les participants disposent des mêmes facilités et coûtent entre 60 et 157

    dollars la nuitée.

    Conspiration. La mise sous tutelle de l’épiscopat latino-américain remonte à de nombreuses années et est le fait des secteurs romains les plus

    conservateurs, qui n’ont jamais digéré Vatican II, explique le théologien

    Enrique Dussel. Selon lui, ces mêmes secteurs n’ont cessé depuis de "conspirer" pour faire échec aux évêques favorables à l’ouverture, à ceux-là

    même qui ont insufflé son dynamisme à une Eglise latino-américaine affranchie de Rome, qui sont aussi les partisans de l’option préférentielle pour

    les pauvres affirmée à Medillin et à Puebla et de la théologie de la libération. Et Dussel d’affirmer: "la stratégie a consisté à infiltré peu à peu

    le CELAM pour regagner le terrain perdu". Cette infiltration, assure-t-il,

    "a pu réussir grâce à un jésuite belge, Roger Vekemans. Chassé du Chili par

    le triomphe de l’Unité Populaire, ce dernier aurait ’pistonné’ la nomination de Mgr Alfonso Lopez Trujillo comme évêque auxiliaire de Bogota, ce

    qui lui a permis de devenir ensuite secrétaire général (1972), puis président du CELAM, puis un cardinal influent à Rome (1992), où il est un membre

    très écouté de la Commission pontificale pour l’Amérique latine".

    Document final. Le document de Saint-Domingue devrait être nettement

    plus bref que celui de Puebla, "ce qui ne veut pas dire qu’il sera de moindre qualité", a indiqué Dom Serafim Fernandes de Araujo (Belo Horizonte),

    troisième président de la Conférence.

    Le souvenir de Mgr Romero. L’Assemblée de Saint-Domingue a prié pour Mgr

    Oscar Roméro, l’archevêque assassiné de San Salvador, et pour Mgr Sergio

    Mendez Arceo, évêque mexicain connu pour son engagement social, récemment

    décédé. Tous deux étaient présents à Puebla. C’est lors d’une eucharistie

    célébrée par les membres de la Conférence que Mgr Gerardo Flores, évêque de

    Vera Cruz, au Guatémala, a salué "ces deux grands évêques qui ont une place

    irremplaçable dans la vie et la mémoire de l’Eglise latino-américaine".

    Veillée de pardon. Une "veillée de pardon et de réconciliation" au cours

    de laquelle l’Eglise demanderait pardon pour les erreurs commises aux débuts de l’évangélisation aura lieu à Saint-Domingue. Mgr Fernandes de Araujo l’a confirmé aux journalistes, sans être en mesure de préciser où et

    quand elle sera organisée. Selon d’autres sources, les promoteurs de cette

    initiative avaient pensé à la cathédrale de Saint-Domingue, mais ils n’ont

    pas obtenu l’accord de l’archevêque de la capitale et président du CELAM et

    de la Conférence, Mgr Jésus Lopez Rodriguez.

    Doléances des journalistes. Une centaine de journalistes d’une vingtaine

    de pays se sont plaint de ne recevoir que "peu d’aide, voire aucune" pour

    couvrir la Conférence. David Patente s’est fait l’interprète de tous les

    travailleurs des médias. "Nous avons été ahuris de constater l’inexactitude

    de l’information du bulletin de presse quotidien remis aux travaux de l’Assemblée". Ce qui a surtout suscité la colère des journalistes, c’est la

    contribution qui leur a été demandée pour avoir accès à l’information. Les

    journalistes venus d’autres continents ont dû payer 250 dollars, les latino-américains 100 dollars. L’accès était par contre gratuit pour les médias

    dominicains, avec un maximum de cinq reporters. La colère de ceux-ci est

    d’autant plus grande que lors de la rencontre du pape avec des représentants des communautés indigène et noire à la nonciature, ils ont été écartés sans ménagement par les agents chargés de la sécurité, alors que leurs

    confrères de la presse internationale étaient admis. (apic/cip/pr)

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