Saint-Domingue: Le Prix Nobel de la Paix à Rigoberta Menchu (181092)
Saint-Domingue, 18octobre(APIC) C’est sous un tonnerre d’applaudissements
qu’a été accueillie par les évêques latino-américains réunis à Saint-Domingue la nouvelle de l’attribution du Prix Nobel de la paix 1992 à l’indienne
guatémaltèque Rigoberta Menchu.
Les participants à la IV Conférence générale de l’épiscopat latino-américain ont salué cette distinction pour la jeune descendante des Mayas,
âgée de 33 ans, qui milite pour les droits de l’homme et des peuples
amérindiens. Ils ont estimé que c’est une "bonne nouvelle pour les peuples
indigènes d’Amérique latine et pour tous les pauvres et les peuples marginalisés du monde"
Le président de la Conférence épiscopale catholique du Guatémala s’est
réjoui de ce choix d’une inestimable signification pour les peuples indigènes du continent. Mgr Gerardo Flores Reyes, évêque du diocèse guatémaltèque
de Vera Paz, qui connaît Rigoberta Menchu depuis son enfance, a salué le
courage et la clarté avec lesquels elle s’est engagée à travers le monde
pour la cause des peuples indigènes , "sans perdre pour autant sa simplicité".
Fête du peuple et scepticisme des dirigeants guatémaltèques
Les fusées pleuvaient autour de l’église de San Pedro Sacatepequez, dans
le district de San Marcos, à l’Ouest du Guatémala, lorsque les centaines de
paysans indiens - qui, en compagnie de Rigoberta Menchu attendaient
fiévreusement l’annonce du Prix Nobel - ont reçu la nouvelle. "J’aurais
seulement souhaité, a-t-elle lancé les larmes aux yeux, que mes parents
soient là pour vivre ce moment". Nombreux sont en effet les membres de la
famille de Rigoberta Menchu qui ont subi la torture et qui ont perdu la vie
dans les assassinats et les massacres perpétrés par l’armée guatémaltèque
ou les "escadrons de la mort".
Si l’Eglise et les organisations populaires et indigénistes ont fait
éclater leur joie, d’autres secteurs de la société guatémaltèque - en particulier les forces armées et l’élite conservatrice au pouvoir - sont beaucoup moins contents. La veille encore de la nomination, le ministre des Affaires étrangères Gonzalo Menendez Park avait dénoncé Rigoberta Menchu comme membre de "certains groupes" qui font du tort à l’image du Guatémala à
l’étranger. Même son de cloche chez Augusto Alvarado, porte-parole de la
présidence: Hier, elle était en lien avec la lutte armée, aujourd’hui, elle
cherche plutôt le développement pacifique des Indiens".
Quant à Rigoberta Menchu, elle estime qu’il est nécessaire de mettre sur
pied au Guatémala "un modèle totalement nouveau" afin de garantir une réelle participation des Indiens dans la société guatémaltèque où ils restent
marginalisés, tout en étant majoritaires. (apic/kna/kpr/be)