Saint-Domingue: Le dialogue avec les cultures (231092)
Sévère constatation de l’évêque péruvien José Antonio Dammert Bellido
Les évêques demandent pardon aux Indiens pour les cruautés de la conquête
Saint-Domingue, 23octobre(APIC) Depuis le commencement de la propagation
de l’Evangile sur le continent américain, "le dialogue avec la culture indigène n’a jamais commencé". C’est ce qu’a affirmé l’évêque José Antonio
Dammert Bellido, président de la Conférence des évêques du Pérou, devant
les participants à la IVe Conférence générale de l’épiscopat latino-américain qui se déroule actuellement à Saint-Domingue. Vendredi, au cours d’une
messe, les évêques ont demandé pardon aux Indiens pour les cruautés qui ont
été commises il y a 500 ans dans le cadre de la conquête et de l’évangélisation du continent américain.
Notons que la célébration de pénitence, demandée par les évêques brésiliens, soutenus notamment par leurs confrères du Guatemala et de Bolivie,
avait suscité des polémiques de la part de représentants de l’aile conservatrice de l’Eglise latino-américaine, en particulier du cardinal Nicolas
de Jesus Lopez Rodriguez, président du CELAM et archevêque de Saint-Domingue. Selon le correspondant du "Monde", Henri Tincq, le cardinal Lopez Rodriguez n’a pas voulu ouvrir sa cathédrale pour une telle demande de pardon
publique, estimant que l’Eglise doit cesser de battre sa coulpe, car elle
n’est pas la seule à avoir commis des péchés, les Indiens pré-colombiens
n’étant pas aussi innocents qu’on veut bien le dire.
Au cours de la messe - ouverte aux journalistes - les évêques ont publiquement demandé pardon pour les fautes commises et pour le fait que "du
sang innocent ait été versé sur notre terre". Ils reconnaissent également
qu’on a fait peu de cas des ancienne cultures indigènes et que "l’Eglise
s’est tue alors qu’elle aurait dû parler". Considérant la situation actuelle en Amérique latine, les évêques dénoncent la réalité inhumaine de pauvreté dans laquelle des millions de personnes doivent vivre en Amérique latine.
Une des priorités de la IVe Conférence générale de l’épiscopat latinoaméricain est consacrée aux Amérindiens et aux Afro-Américains, mais Mgr
Dammert considérait en début de semaine qu’ils n’étaient pas assez pris en
compte dans les discussions et il a plaidé pour qu’ils soient davantage
présents dans le document final.
Au nom de la Commission 26 et comme évêque d’un pays fortement marqué
par les traditions des Indios, l’évêque de Cajamarca s’est étonné que tant
les Indiens que les Afro-Américains, qui sont tout de même quelque 150 millions en Amérique latine et aux Caraïbes, n’aient pas du tout été mentionnés dans un important exposé sur la culture chrétienne présenté aux évêques
réunis à Saint-Domingue. Il a relevé que cela va contre les orientations
données par le pape Jean Paul II dans ses messages aux Indigènes et aux
Afro-Américains, faisant de la dimension culturelle de ces peuples l’une
des priorités de la IVe Conférence générale.
Mgr Dammert a déploré que depuis le début de l’évangélisation du continent, l’on n’ait pas cherché à connaître la mentalité des Amérindiens. Il
en a été de même avec les esclaves amenés d’Afrique: "ils ont été baptisés
aussitôt qu’ils descendaient des bateaux, car on voulait les enregistrer
sous un nom qui se trouvait dans le calendrier des saints catholiques". Au
cours des siècles, on n’a pas cherché à connaître leur façon de penser ou à
comprendre leur vision du cosmos, a-t-il déploré. Ils ont été classés comme
primitifs et barbares, comme inférieurs aux Blancs. Et l’évêque de Cajamarca de plaider pour l’inculturation de l’Eglise, un thème qui n’est pas
d’ordre purement intellectuel, mais bien davantage un "problème humain qui
exige de nombre de personnes parmi nous une authentique conversion".
Les 360 participants à l’Assemblée générale de Saint-Domingue devraient
terminer ce week-end le projet de "Document de Saint-Domingue", un texte
qui devra ensuite être "toiletté" et adopté. Ce document devrait comprendre
près d’une centaine de pages. (apic/kna/com/be)