Saint-Domingue: déportation des Haïtiens (060991)
Genève, 6septembre(APIC) Depuis le 7 février 1991, date de l’élection du
président Jean-Bertrand Aristide, les relations entre Haïti et la République Dominicaine, pays voisins, deviennent de plus en plus tendues. A l’origine de ce conflit, la décision du gouvernement de la République dominicaine d’expulser une catégorie des travailleurs haïtiens des bateys (plantation de canne à sucre) en République dominicaine. Ce qui risque de mettre
en péril la jeune démocratie haïtienne instaurée par Aristide en raison des
problèmes que pose ce retour massif.
Tout a commencé en juin dernier lorsque le président de la République
dominicaine Joaquin Balaguer avait prit la décision d’expulser les Haïtiens
de moins de 16 ans ou de plus de 60 ans.
Plusieurs centaines de milliers d’Haïtiens vivent depuis quelques décennies en République Dominicaine. La plupart y sont allés comme travailleurs
dans les plantations de canne à sucre, d’autres pour y exercer des métiers
agricoles divers. D’autres, par contre, y sont entrés vendus par les buscones (trafiquants de main-d’oeuvre), à la suite du contrat signé entre le
CEA (Conseil d’Etat du sucre, organisme para-gouvernemental dominicain) et
le gouvernement haïtien de Duvalier, en 1978; d’autres enfin, à cause de
l’instabilité politique causée par les "Tontons macoutes".
Selon une mission de l’Organisation internationale du Travail (OIT),
mais aussi de Pax Christi et de plusieurs organisations américaine et canadienne de défense des droits de l’homme, les conditions de vie et de travail des braceros haïtiens sont extrêmement pénibles et précaires. De son
côté, la chaîne de TV américaine ABC, dans une vidéo, accuse certaines compagnies américaines d’être complices de l’exploitation des braceros haïtiens, et surtout des enfants de 8 à 12 ans vendus pour 30 francs afin de
compenser le manque de main-d’oeuvre.
En réaction, le gouvernement dominicain, sous prétexte de répondre aux
exigences du Fonds Monétaire International (FMI) a mis en place un certain
nombre de mesures. Parmi celles-ci figure le décret no 233.91 par lequel le
président Joaquin Balaguer a décidé la mise en oeuvre d’un plan de déportation des immigrants haïtiens en situation irrégulière, "qui résident dans
les bateys et qui ne sont pas en condition physique de réaliser des travaux
aussi durs, aussi pénibles que la coupe et le transport de la canne".
Deux autres motifs ont en outre été avancés : "Il s’agit pour le pays
d’une question de survie, déclarait le Président Balaguer. Nous perdrions
notre identité nationale si la même politique était maintenue".
Il s’agit également, souligne-t-il, de protester contre "la campagne injuste menée contre la République dominicaine, accusée de réduire les Haïtiens en esclavage".
D’où la vague d’expulsions commencée les 18 et 22 juin dernier. Selon
certaines informations, entre 5’000 et 20’000 personnes seraient rentrées
précipitamment afin d’éviter la déportation massive sanglante.
Cependant, il n’y a pas que cela pour expliquer ces déportations. Les
politiciens et hommes d’Etat de la République dominicaine ont toujours une
arrière pensée contre les Haïtiens. La corvée qui est donc imposée à ces
derniers n’est qu’un moyen pour se venger du passé. C’est cela également
qui avait présidé au massacre contre 20’000 Haïtiens ordonné en 1937 par le
dictateur Trujillo au nom du concept d’hispanité, de christianisme et de
race blanche, opposé à l’africanité, au vaudou et à la race noire des Haïtiens.
Le drame de ce problème réside encore dans le fait que la plupart de ces
Haïtiens ont quitté le pays il y a dix, vingt, trente, quarante ans; certains sont nés en République dominicaine. Ils n’ont plus d’attache familiale en Haïti. On comprend dès lors les problèmes que cela pose non seulement
au gouvernement haitien qui a déjà du mal à résister aux pressions des
grands financiers internationaux, mais aussi pour le Haut commissariat des
Nations Unies pour les réfugiés qui doit trouver une solution immédiate à
la question. Dans l’intérêt des deux peuples frères, il est nécessaire et
urgent qu’une solution pacifique soit trouvée. (apic/com/sjb)