d’une désinformation systématique organisée de l’extérieur"
Bruxelles, 2janvier(APIC) L’image du Rwanda a été déformée afin qu’"on le
condamne et qu’on cesse de lui venir en aide". Ce constat amer, les évêques
du Rwanda le font dans une lettre adressée en leur nom à l’épiscopat belge
par Mgr Joseph Ruzindana, évêque de Buymba et président de la Conférence
épiscopale. Les évêques rwandais dressent en outre le "bilan tragique" de
l’aggression venue de l’Ouganda dont leur pays a été victime le 1er octobre
dernier, par une armée "constituée en majeure partie de réfugiés rwandais,
mais aussi par des soldats authentiquement ougandais".
La lettre des évêques rwandais, qui vient de parvenir en Belgique, est
datée du 5 décembre 1990. Elle est accompagnée d’un message des évêques du
Rwanda et du Burundi adressée aux chrétiens et à tous les hommes de bonne
volonté au lendemain d’une rencontre qu’ils ont tenue à Kigali mi-décembre. Le message est destiné à éclairer les évêques de Belgique "sur la situation réelle de notre pays, surtout que beaucoup de nos missionnaires et
de nos coopérants laïcs viennent de chez vous et aussi parce que vos puissants médias ont souvent été induits en erreur par une campagne de désinformation".
Les blessures infligées au Rwanda sont "encore loin d’être cicatrisées",
écrivent les évêques. Selon eux, "des milliers de vies humaines, même d’enfants et de jeunes gens ont été sacrifiées; toute une région du pays a été
saccagée, maisons détruites, récoltes brûlées et anéanties...; l’union nationale entre les ethnies et les régions, prônée et déjà bien réalisée par
les efforts des autorités et de la population, a été ébranlée et les inimitiés séculaires refont surface...; l’économie déjà bien fragile - le Rwanda
compte parmi les pays les plus pauvres du globe - a souffert et souffrira
encore longtemps des suites de la guerre qui nous a été imposée; les gens
démunis, ceux de la campagne surtout, seront encore plus pauvres; le désoeuvrement et le chômage des jeunes iront en augmentant. Le tourisme, qui
constituait une source importante de revenus pour le pays, risque d’être
compromis pour longtemps... Et tous ces malheurs qui nous frappent coïncident avec un effondrement de la valeur des principaux produits rwandais..."
Réfugiés: un dialogue franc et fraternel
Le monde des affaires, enchaînent les évêques rwandais, "n’en fera peutêtre pas grand cas car notre pays est pauvre; celui-ci risque même d’être
mal jugé suite à la campagne de désinformation organisée par les assaillants". Pour les évêques, "l’aggression dont le Rwanda a été la victime a
été présentée à travers les médias occidentaux comme une tentative des réfugiés de revenir dans leur pays d’origine et d’y instaurer un nouveau régime".
Les conséquences de cette désinformation "systématique organisée de
l’extérieur sont très graves", estime la Conférence épiscopale. Elle souligne qu’"on a déformé l’image du Rwanda afin qu’on le condamne et qu’on
cesse de lui venir en aide". Heureusement, dit-elle, "que certains pays ont
réagi contre cette campagne et ont résolu de continuer leur aide..."
Les évêques rwandais évoquent de plus le problème des réfugiés. "Nous
dissocions absolument, disent-ils, le problème des réfugiés rwandais établis en Ouganda depuis 30 ans de celui de l’ambition suicidaire d’un groupe
armé de reprendre le pouvoir au Rwanda et de risquer par leurs tentatives
de mettre le pays à feu et à sang et de rendre insoluble le problème luimême des réfugiés".
Les évêques écrivent avoir "une conscience très vive" du problème des
réfugiés établis en Ouganda. Ils souhaitent "qu’il soit résolu le plus tôt
possible dans un dialogue franc et fraternel et par des moyens pacifiques,
avec la collaboration des pays voisins et l’aide internationale. Un souhait
déjà émis par les évêques du Rwanda et du Burundi - les Conférences épiscopales des deux pays forment une association qui a pour but de favoriser une
concertation régulière -, lors de leur réunion tenue à Kigali mi-décembre.
"Nos différences ethniques devraient et doivent non pas nous polariser et
nous séparer, mais nous enrichir pour souder et conjuger les efforts des
deux pays", écrivent-elles dans une déclaration commune publiée à l’issue
de leur rencontre. (apic/cip/pr)