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    Le Père Pomerleau témoigne du drame des populations déplacées

    Rwanda: les combats sanglants se poursuivent (060591)

    Kigali, 6mai(APIC) La population rwandaise est la première victime des

    combats qui se poursuivent au Rwanda depuis le 1er octobre dernier, opposant des réfugiés rwandais venus d’Ouganda aux indigènes. Dans les régions

    frontalières du nord du pays, ce sont des dizaines de milliers de personnes

    qui sont déplacées pour quelques jours ou quelques semaines et dépouillées

    de leurs biens, a affirmé lundi à l’agence APIC le Père dominicain Yvon Pomerleau, président de la Conférence des Supérieurs majeurs du Rwanda (COSUMA), de passage en Suisse. Les bases psychologiques et sociales du pays se

    dégradent et les tensions ethniques s’aiguisent, nourrissant au Rwanda une

    instabilité chronique.

    Problèmes ethniques, difficultés économiques et politiques, mesures de

    sécurité renforcées qui entretiennent la peur: le Rwanda, petit pays

    d’Afrique centrale, n’échappe pas à ces réalités angoissantes. L’attaque

    d’octobre 1990 - quelque 200’000 rfugiés rwandais venus d’Ouganda - n’a

    fait qu’augmenter la gravité de la situation, estime le Père Pomerleau. Il

    est convaincu que les troubles qui déchirent le pays ne se limitent pas aux

    problèmes des réfugiés et des atteintes aux droits de l’homme subies par

    les prisonniers, analyses trop souvent présentées par les médias occidentaux : ils s’étendent à l’ensemble de la population, déséquilibrant l’économie et modifiant sensiblement les styles de vie. Cette "guerre venue de

    l’extérieur, qui n’est pas d’abord une guerre civile", les Rwandais, s’ils

    ont appris à vivre avec elle, s’en lassent: attaqués, volés, provoqués, ils

    "ont développé une réaction d’hostilité, d’opposition" qui se manifeste

    dans les rapports quotidiens entre les ethnies Hutu (la majorité au pouvoir) et Tutsi.

    Ce qui préoccupe le plus au Rwanda, ce sont ces dizaines de milliers de

    "réfugiés mobiles" près de la frontière avec l’Ouganda: l’attaque méthodique d’octobre a fait place à des raids sporadiques le long de cette frontière, obligeant la population à quitter ses terres et à abandonner tous

    ses biens et créant des situations de misère, précise le Père Pomerleau. Au

    Rwanda on s’interroge: les réfugiés venus d’Ouganda veulent-ils simplement

    rentrer dans leur pays, alerter l’opinion internationale ou visent-ils le

    pouvoir ? Pour le dominicain de Kigali, ces raisons se mêlent et s’ajoutent

    au désir du président ougandais Yoweri Museveni de se débarrasser d’officiers rwandais trop influents dans le pays et d’honorer la dette de reconnaissance qu’il a contractée envers le Rwanda.

    Un pays en marche vers le multipartisme

    La situation n’est cependant pas sans issue, a ajouté le Père Pomerleau:

    le pays est résolument en marche vers le multipartisme, témoins la nouvelle

    Charte constitutionnelle qui sera présentée sous peu au Conseil national de

    développement et la récente liberté de la presse qui a permis la parution

    d’une vingtaine de journaux de toutes tendances. Une instruction ministérielle datée du 20 mars dernier relative à l’examen des dossiers des détenus et à la libération des prévenus dont la détention n’est pas justifiée a

    permis la libération de la majorité des personnes arrêtées au mois d’octobre. Des élections sont prévues avant la fin de l’année. La solution est

    politique, affirme le dominicain: ce n’est que dans la mesure où l’on permettra aux groupes d’opposition de s’exprimer que les tensions pourront

    s’apaiser.

    La tâche de l’Eglise: aider et dénoncer

    Face à cette situation, l’Eglise ne reste pas les bras croisés: dès le

    début des combats elle a réagi, tentant de rester présente aux populations

    les plus touchées. Les 80 Congrégations et les 2’000 religieuses et religieux du Rwanda se sont réunis afin de mieux répondre aux besoins et de fixer des priorités: faire un effort de vérité, notamment dans l’information,

    prier pour l’unité et la réconciliation et surtout poser des gestes concrets en lien avec le Comité international de la Croix-rouge (CICR) et les

    ONG: approvisionnement en nourriture, en vêtements et en médicaments.

    Cet appui matériel se double d’une participation au processus de reconstruction morale du pays. Des démarches de l’ASUMA (association des Supérieurs majeurs du Rwanda) auprès du président Habyarimana Juvenal et du

    ministre de la Justice lui ont permis de dénoncer les conditions de détention des prisonniers - qu’elle a visités -, les mesures de sécurité trop

    restrictives, la dégradation des conditions économiques et "la psychose

    ethnique" qui s’installe dans le pays. Pour l’Eglise catholique, majoritaire au Rwanda - elle rassemble plus de 50% de la population -, le multipartisme, s’il veut être crédible, doit porter un projet de société.

    Le Père Pomerlau, dominicain canadien, vit au Rwanda depuis de nombreuses années. Il est supérieur des Dominicains pour le Rwanda et le Burundi

    et conseiller au niveau de l’Afrique pour les Dominicains (environ 200 répartis dans plusieurs pays). Il préside la COSUMA (Conférence des Supérieurs majeurs du Rwanda) qui avec l’USUMA (Union des Supérieures majeures

    du Rwanda) représente les religieux rwandais au sein de l’ASUMA Il a dirigé

    pendant plus de 5 ans un centre de formation et de recherche pour les coopératives locales au Rwanda. Il est en outre membre du comité de rédaction

    de la revue des dominicains "Dialogue" à Kigali. (apic/cor)

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