Rwanda: des intellectuels rwandais accusent le président (250291)
L’armée régulière de l’Ouganda directement mise en cause
Kigali, 25février(APIC) Des intellectuels rwandais accusent Yoweri Kaguta
Museveni, président de la république ougandaise et président en exercice de
l’OUA (Organisation de l’Unité Africaine) d’être à l’origine des récents
événements qui ont endeuillé le Rwanda. Dans une lettre adressée au président Museveni, lettre parvenue à l’agence APIC par le canal de la revue
catholique "Dialogue" diffusée à Kigali, une cinquantaine d’intellectuels
affirment que ces événements ont été provoqués par une attaque armée perpétrée par des "rebelles irresponsables en provenance de l’Ouganda appuyés
par des éléments de l’armée régulière de l’Ouganda (NRA)".
Selon les signataires, l’Ouganda et son président sont derrière ces
troubles. Il a été annoncé officiellement que l’armée qui attaque le Rwanda
depuis le 1er octobre 1990 en provenance de l’Ouganda est composée de réfugiés rwandais qui voulent rentrer dans leur pays. "Nous en convenons bien,
Monsieur le président, écrivent-ils, mais ce qui est déplorable, c’est qu’à
partir du territoire ougandais, ils ont voulu rentrer par la force en assaillant le Rwanda juste au moment où leur problème s’acheminait vers
l’étape finale de son règlement pacifique et définitif".
A ce propos, les signataires évoquent les rencontres tenues entre des
représentants de l’Ouganda et du Rwanda en novembre 1989 à Kampala et en
juillet 1990 à Kigali. Ils rappellent les résolutions prises alors en vue
d’un règlement rapide du problème: rappatriement volontaire de tous les réfugiés rwandais qui le désirent; naturalisation volontaire possible dans
les pays d’accueil; libre établissement dans les pays d’accueil avec leur
accord tout en gardant la nationalité rwandaise; installation volontaire
dans les pays de leur choix.
Accords non respectés
Or, soutiennent les intellectuels rwandais, "ce qui est vraiment étonnant et tout à fait décevant, c’est que non seulement deux mois après la
prise de ces résolutions, une armée de plus de 10’000 hommes, entraînés et
armés sur le sol ougandais, allait envahir le Rwanda dès le 1er octobre
1990 par le Nord-Est sur la frontière rwando-ougandaise". Immédiatement
après cette première attaque, rappellent-il, "vous avez rencontré à plusieurs reprises le président rwandais et vous avez alors affirmé à ce dernier
que ces assaillants avaient échappé à votre vigilance mais que désormais
vous alliez verrouiller votre frontière pour empêcher l’infiltration de
nouvelles troupes".
A ce jour, constatent cependant les signataires, le Rwanda continue de
subir des attaques armées des Inyenzi-Inkotanyi en provenance du territoire
ougandais. Et de demander comment une armée de 10’000 hommes a pu traverser
le territoire ougandais en plein jour pour attaquer le Rwanda. Selon les
intellectuels rwandais une bonne partie des assaillants est composée d’éléments d’origine proprement ougandaise, tous portent l’uniforme de l’armée
régulière de l’Ouganda: ils affirment que les réfugiés rwandais qui ont attaqué le Rwanda faisaient partie de la NRA, après avoir aidé à prendre le
pouvoir à Kampala en 1986". Et de citer parmi les assaillants les noms de
militaires et autres personnalités ayant occupés de hautes fonctions civiles.
Autre accusation lancée sous forme de question au président Museveni:
"Faut-il croire que depuis votre prise du pouvoir à Kampala, aidé par les
réfugiés rwandais, vous nourrissez les ambitions d’établir un empire
"hamite" (tutsi/kima) en Afrique centrale qui engloberait, outre l’Ouganda,
le Rwanda, le Burundi, une partie de la Tanzanie et la partie orientale du
Zaïre et que pour cela, il fallait d’abord aider les réfugiés rwandais à
installer à Kigali un régime minoritaire d’obédience tutsi?"
Et les signataires de conclure: "Ni le peuple rwandais qui vit actuellement dans les affres de la peur et de la désolation, ni le peuple ougandais
entraîné malgré lui dans cette sale guerre, ni l’Afrique toute entière
n’ont rien à gagner dans ces affrontements fratricides". (apic/di/pr)