"Et les églises détruites !"
Bucarest, 9avril(APIC) Le retour du patriarche Teoctist, chef de l’Eglise
orthodoxe roumaine, suscite des remous et des sentiments mitigés parmi la
population, et non seulement parmi les fidèles orthodoxes. Rappelé par un
vote unanime du Saint-Synode réuni la semaine dernière à Bucarest en présence du nouveau ministre des cultes, Nicolae Stoicescu, Teoctist ne sera
donc pas le "bouc émissaire" d’une hiérarchie orthodoxe accusée par les médias roumains d’avoir "collaboré" dans son ensemble avec le régime Ceausescu.
Il n’empêche que le quotidien indépendant "Romania Libera" rappelle que
le Synode "a oublié les églises détruites sous la dictature, les prêtres
chassés pour avoir refusé de prier pour le dictateur, le simulacre de la
Grande Assemblée à laquelle participait le patriarche...". D’autres voix,
comme celle de l’archimandrite Anania Bartolomeu, initiateur d’un groupe de
réflexion pour le renouveau de l’Eglise orthodoxe, se sont élevées contre
le rappel de Teoctist.
Il était en fait prévu que le patriarche, libéré de ses fonctions le 18
janvier par le Saint-Synode de l’Eglise, officiellement "pour raison
d’âge", serait rappelé à la tête de l’Eglise orthodoxe roumaine, "quand la
situation se sera décantée", déclarait il y a quelques jours à l’agence
APIC Mgr Daniel Lugojanu, nouvel évêque auxiliaire orthodoxe de Timisoara.
Evoquant les prises de position "diplomatiques" du patriarche louant le
régime dictatorial de Ceausescu et parlant de la liberté religieuse régnant
en Roumanie, Mgr Daniel affirmait à cette occasion qu’il s’agissait d’un
"langage diplomatique imposé" et qu’il peut citer "des centaines de cas de
positions pareilles du Vatican". Ainsi, soulignait-il, il y a le cas de Mgr
Ioan Robu, administrateur apostolique de Bucarest : "il a toujours dit à
l’étranger que nous sommes libres; il a reconnu qu’il a été obligé de le
dire et le pape ne l’a pas déposé, il vient même de le nommer archevêque de
Bucarest !".
Mgr Daniel révélait alors que Mgr Teoctist rependrait bientôt ses
fonctions, "car il a dû se retirer pour des raisons politiques, (...) mais
le peuple maintenant veut avoir le patriarche..." "Il n’a fait que signer
quelques télégrammes que tout le monde était obligé de signer", a-t-il relevé en faisant allusion au télégramme de soutien à Ceausescu après les
massacres de Timisoara des 16 et 17 décembre. "Lorsqu’il y aura la paix, il
reviendra ! Il va revenir, car il y a un grand mouvement, des pétitions,
pour le rappeler", déclarait à cette occasion l’évêque auxiliaire de Timisoara. (apic/be)