Roumanie : l’Eglise uniate interdite sort des catacombes (291289)
Bucarest/Rome, 29décembre(APIC) Vivant dans la clandestinité - à l’instar
des "uniates" d’Ukraine - les catholiques roumains de rite byzantin sortent
désormais des catacombes à la faveur des soubresauts révolutionnaires qui
secouent depuis quelques jours la Roumanie. Mgr Justin Pavel, "évêque clandestin" de cette Eglise grecque-catholique qui comptait près d’un million
et demi de fidèles avant son intégration forcée à l’Eglise roumaine-orthodoxe en 1948, a exprimé à la télévision roumaine libre sa joie qu’après "41
ans de souffrances, le ciel a répondu à notre souhait de liberté". L’une
des figures de proue de la dissidence roumaine, Doïna Cornea, est membre de
cette Eglise catholique clandestine persécutée par la sinistre "Securitate".
L’Eglise catholique de rite oriental commence à se réorganiser en plein
jour dans sa région d’origine, la Transylvanie, a confirmé Mgr Ioan Robu,
administrateur apostolique de Bucarest, dans une interview accordée à
l’agence catholique autrichienne "Kathpress". Il n’y a cependant actuellement aucune indication que le gouvernement provisoire va abroger le décret
de dissolution de l’Eglise uniate de décembre 1948, en pleine période stalinienne. Mgr Robu espère également la restauration des relations diplomatiques entre Bucarest et le Vatican, "gelées" depuis 1950, suite à l’expulsion en juillet de cette année-là du responsable intérimaire de la nonciature apostolique, l’archevêque américain O’Hara. Au Vatican, on ne veut
faire aucun commentaire à ce stade, mais on est dans une expectative
optimiste.
Le pape Jean Paul II, depuis le début de son pontificat, s’est prononcé
pour la relégalisation de l’Eglise uniate en Roumanie. En 1945, la Roumanie
comptait l’Eglise grecque-catholique la plus importante d’Europe centrale,
avec un million et demi de membres, un peu plus que l’Eglise catholique de
rite latin. Elle venait au deuxième rang dans ce pays à l’époque à 80 % orthodoxe. Ses relations avec l’Eglise orthodoxe étaient très étroites; elle
avait décidé, lors du Synode d’Alba Julia (Transylvanie) en 1698, une union
avec Rome, tout en préservant sa liturgie particulière et son clergé marié
dans les paroisses. Elle résista vigoureusement aux tentatives ultérieures
de romanisation.
Lors du synode de Cluj du 1er octobre 1948 - considéré par les catholiques comme canoniquement invalide - fut décidée sous la contrainte la réunion avec l’Eglise orthodoxe. Le refus de cette décision fut payé par la
prison pour les six évêques de cette Eglise, un demi-millier de prêtres et
des centaines de laïcs et religieux, affirme l’"Aide à l’Eglise en détresse". Le seul évêque qui survécut à la captivité, Mgr Juliu Hossu, fut nommé
secrètement ("in pectore") cardinal par le pape Paul VI en 1968. La reconnaissance légale de l’Eglise grecque-catholique, comme cela se passe en
Ukraine, va certainement entraîner des tensions au niveau oecuménique :
l’Eglise roumaine-orthodoxe devra dans ce cas rendre les propriétés et les
édifices religieux qui lui ont été attribués lors de la dissolution de
l’Eglise uniate en 1948. (apic/kpr/be)