Roumanie: l’Eglise orthodoxe se repent de son long silence (110190)
Roumanie, 11janvier(APIC) Dans sa première déclaration depuis la chute de
Ceaucescu, intitulée "L’heure de vérité", le Saint-Synode de l’Eglise orthodoxe de Roumanie regrette la compromission de certains évêques avec le
régime communiste. "Dans un esprit de repentir évangélique, nous regrettons
que sous la dictature, certains d’entre nous n’aient pas toujours eu le
courage des martyrs, et n’aient pas reconnu publiquement la douleur cachée
et les souffrances du peuple roumain", écrivent les évêques orthodoxes.
"Délivrée de la terreur provoquée par la répression du régime ainsi que
de l’obligation de glorifier le dictateur mégalomane, oppresseur de son
propre peuple et destructeur d’églises et de villages", la hiérarchie orthodoxe remercie les fidèles qui par leur dévouement l’ont aidée dans des
conditions extrêmement difficiles à maintenir vivante la foi chrétienne.
"Le tribut des louanges obligatoires au dictateur"
Les évêques regrettent que pour ses nombreuses réalisations positives,
l’Eglise ait dû "payer le tribut des louanges obligatoires et artificielles
adressées au dictateur". Tout en se réjouissant de la fin de la terreur engendrée par le régime Ceausescu, le Père Daniel Ciobotea, ancien directeuradjoint de l’Institut oecuménique de Bossey (GE), appelle également le peuple roumain au repentir pour toutes les lâchetés commises sous la dictature. Une telle attitude est nécessaire à la renaissance spirituelle du pays,
affirme-t-il dans l’éditorial du premier numéro du nouveau mensuel du Patriarcat de Roumanie "Le Messager de l’orthodoxie roumaine".
Le Père Ciobotea, professeur à la Faculté de théologie de Bucarest et
conseiller aux affaires oecuméniques internationales du Patriarcat de Roumanie, demande à chacun "un repentir non seulement pour le mal que chacun
d’entre nous a fait pendant ces années de dictature mais aussi pour le bien
que nous aurions pu faire et que nous n’avons pas fait, soit par crainte,
soit par manque de foi..." Pour lui, la renaissance spirituelle implique un
examen de conscience personnel et libérateur, un refus du silence et de
l’hypocrisie pratiqués sous la dictature et la reconnaissance de Dieu "qui
avait été renié par peur ou par conformisme dans les années d’athéisme
imposé à l’école et dans les institutions".
Le Saint Synode de l’Eglise orthodoxe annonce la mise sur pied d’un programme de reconstruction très riche : édification d’églises nouvelles, catéchèse des enfants, des adolescents et des adultes, remise en marche des
organisations caritatives de l’Eglise (hôpitaux, orphelinats, maisons de
retraite, aumôneries des armées, des écoles et des prisons), intensification de l’activité missionnaire de l’Eglise, réforme de l’enseignement
théologique, renouveau spirituel des paroisses et des monastères, recherche
d’un souffle nouveau pour les activités oecuméniques de l’Eglise.
Qualifiant cette décision "d’acte de justice et de réconciliation", il
annonce encore l’annulation des sanctions et interdits qu’il a été forcé
par le régime communiste à appliquer à des membres de son propre clergé et
à des Eglises (il s’agit ici certainement de l’interdiction en 1948 de
l’Eglise grecque-catholique "uniate", dont les biens lui ont été attribués)
pour des raisons politiques. (apic/sop/kpr/cor)