Rome: Visite du président russe Boris Eltsine au Vatican (221291)
Rome, 22décembre(APIC) Le président russe Boris Eltsine, qui a été reçu
par Jean Paul II vendredi soir avec les honneurs dûs à un chef d’Etat - il
a été accueilli dans la cour St-Damase du Vatican par une formation d’honneur de la Garde suisse, comme ce fut le cas pour Mikhaïl Gorbatchev en
1989 et en 1990 - a promis de nouvelles réformes pour garantir la pleine
liberté religieuse dans la République de Russie. Eltsine n’a pas renouvelé
l’invitation faite au pape de se rendre en URSS qu’avait faite Mikhaïl
Gorbatchev lors de sa visite historique au Vatican il y a deux ans.
Vendredi soir, Boris Eltsine et Jean Paul II ont eu un entretien privé
d’une durée d’une heure et cinq minutes dans la bibliothèque privée du pape, en compagnie de deux seuls traducteurs. Durant la rencontre au sommet,
le ministre russe des Affaires étrangères Andrei Kozirev s’est entretenu
des futures relations entre la Russie et le Saint-Siège avec le cardinal
Secrétaire d’Etat du Vatican Angelo Sodano. Il faut noter que Eltsine, comme il l’a confirmé au cours d’une conférence de presse, n’a pas renouvelé
au pape l’invitation de se rendre en Russie. Eltsine a expliqué qu’il n’a
pas invité le Souverain pontife parce Mikhaïl Gorbatchev l’avait déjà fait
au cours de sa visite d’il y a deux ans, et que cette invitation "est encore valable".
Une visite du pape en Russie actuellement pas opportune
On peut cependant supposer que le président russe n’a pas invité le pape
à cause des vives tensions actuelles entre les catholiques et les orthodoxes du patriarcat de Moscou, qui avaient d’ailleurs refusé d’envoyer des
"délégués fraternels" à Rome au récent Synode sur l’Europe. Il semble qu’un
voyage de Jean Paul II en Russie - où l’immense majorité des croyants sont
orthodoxes - n’est pas opportun à l’heure actuelle.
Le président russe s’est, selon ses propres dires, offert comme médiateur entre les catholiques et les orthodoxes russes. Avant de se rendre à
Rome, il s’était d’ailleurs entretenu avec le patriarche Alexis II, et il a
rapporté au pape les reproches des orthodoxes russes concernant le "zèle
missionnaire" des catholiques. Eltsine a encore déclaré avoir discuté avec
Jean Paul II comment il était possible de donner plus d’importance à
l’Eglise en Russie et d’accorder les mêmes droits aux croyants qu’aux noncroyants.
Une atmosphère de cordialité
Selon un communiqué de la salle de presse du Vatican, la rencontre s’est
déroulée "dans une atmosphère de cordialité". Le Vatican note qu’Eltsine a
"tenu à assurer que la nouvelle Constitution de la République fédérative de
Russie garantira la pleine liberté religieuse à toutes les confessions,
sans distinction". On ajoute que le pape a souligné l’importance de la liberté religieuse pour "un développement social harmonieux", en souhaitant
que l’on progresse vers une collaboration plus étroite et fraternelle entre
toutes les Eglises chrétiennes, et en particulier avec l’Eglise orthodoxe
russe.
Jean Paul II a ensuite "assuré l’engagement des communautés catholiques
pour aider à surmonter les difficultés actuelles". La déclaration du Vatican précise encore que Eltsine a parlé de la "situation interne de l’exUnion soviétique", en mettant en relief la contribution particulière du
président Mikhaïl Gorbatchev au renouveau, "les difficultés du moment et
l’espoir que la nouvelle communauté d’Etats indépendants puisse parvenir à
la stabilité, en assurant la reprise économique et en dissipant graduellement les craintes surgies en Occident". Les deux interlocuteurs ont également traité de la politique internationale, en particulier de la paix. A ce
propos, le président russe a abordé le délicat problème du contrôle des armes nucléaires.
Notons encore que durant le coup d’Etat conservateur qui a tenté de
prendre le pouvoir en août dernier, Jean Paul II avait envoyé de Hongrie,
où il était en visite, un télégramme à Gorbatchev. Le pape avait alors
exprimé le souhait que le leader soviétique "puisse continuer l’énorme
oeuvre de renouvellement matériel et spirituel des peuples de l’Union
soviétique".
Le président russe, qui a considéré cette rencontre comme un "événement
historique", a offert au pape une icône de saint Nicolas ainsi qu’un oeuf
de Pâques en bois peint. "Pâques sera pour toujours un jour de fête en Russie", a-t-il souligné à cette occasion. (apic/jt/kpr/be)